Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 22:33

Le jour de son 53e anniversaire, le Docteur Frederick Starks, psychanalyste de renom, installé depuis des années à New York, reçoit une étrange lettre composée de ces mots aussi menaçants qu'énigmatiques : "Heureux 53e anniversaire, docteur. Bienvenue au premier jour de votre mort". D'abord décontenancé, Ricky Starks se met très vite à prendre cette lettre au sérieux, lorsqu'un homme se faisant appeler Rumpelstiltskin menace explicitement de tuer l'un après l'autre les membres de la famille du thérapeute, à moins que celui-ci ne se suivide ou ne parvienne à découvrir l'identité de son ennemi et les raisons de sa haine. Rumpelstilstkin est loin d'être du genre à plaisanter, et il semble prendre un malin plaisir à détruire minutieusement la vie de celui qu'il a décidé de prendre pour cible : l'un des patients de Ricky se jette sous un métro, alors qu'il ne présentait aucune tendance suicidaire ; une jeune femme, qui prétend être une ancienne patiente du docteur Starks, porte plainte contre lui pour viol ; ses comptes bancaires sont vidés, apparemment sur son ordre, et son appartement est détruit par une gigantesque inondation. Désormais, le temps de Ricky est compté, et pour parvenir à découvrir le nom de Rumpelstiltskin dans le délai imparti, il va devoir se livrer à sa propre analyse et accepter de voir s'effondrer tout ce qu'il a bâti pour pouvoir repartir de zéro...

 

Avec ce roman, John Katzenbach vous entraîne dans une séance d'analyse démesurée durant près de 700 pages et, comme chez les bons analystes, on ne voit pas le temps passer. Ce thriller est en effet d'une efficanalyste.jpgacité redoutable, nous plongeant, avec Ricky, dans le jeu cruel et angoissant concocté par Rumpelstitskin et ses deux acolytes, la flamboyante Virgil et l'exaspérant Merlin. Le rythme est soutenu, les chapitres et les bouleversements s'ench aînent, à mesure que la tension augmente, à l'approche de l'expiration du délai fixé au thérapeute. La construction du récit est parfaitement maîtrisée, dans un jeu du chat et de la souris qui va trouver un second souffle après un rebondissement inattendu, nous entraînant avec le docteur Starks dans une course-poursuite machiavélique où tous les coups sont permis. Les personnages sont particulièrement soignés, et les multiples jeux d'identité ne font que brouiller les pistes et accroître en permanence le suspense. Loin des polars désormais trop calibrés de Coben, Grangé et autres, Katzenbach nous plonge dans une intrigue vertigineuse qui nous change des habituels tueurs en série aux délires pseudo-ésotériques. La métamorphose progressive du héros est l'un des atouts majeurs de ce livre, qui décrit finalement comment un homme que tout semblait accabler et qui paraissait réduit à la dernière extrémité trouve le courage et l'intelligence de se révolter contre son bourreau, quitte à échanger pour un temps les rôles du chasseur et du chassé. Malgré quelques (rares) longueurs, la narration est rondement menée et l'intérêt du lecteur ne faiblit pas, dans cette variation pleine de talent sur l'histoire du comte de Monte-Cristo. Un polar qui vaut vraiment le détour, et qui vous garantit de nombreuses heures de frissons et d'angoisse, dans une analyse qui n'a vraiment rien de conventionnel.    4 étoiles

Par Elizabeth Bennet - Publié dans : Critique littéraire - Communauté : Salon Lecture
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 21:20

14 avril 1912. Le Titanic, parti de Souhtampton pour rejoindre New York, lors de son voyage inaugural, heurte un iceberg et sombre dans l'Atlantique nord. Environ 1500 personnes, passagers et membres d'équipage, disparaissent avec le navire, faute de place sur les canaux de sauvetage. Parmi eux, se trouvent les sept musiciens du bateau, dont la légende assure qu'ils ont joué jusqu'au dernier moment, afin d'empêcher les passagers de céder à la panique. De ces musiciens, on ne sait pratiquement rien, sinon leur nom et leur nationalité. Erik Fosnes Hansen choisit de leur donner une histoire et un visage, et de raconter le naufrage du Titanic d'un point de vue plutôt inhabituel. Voici donc l'histoire de Jason, le chef d'orchestre, fils de médecin devenu orphelin très jeune, ayant décidé de consacrer sa vie à la musique, au lieu de suivre la voie de son père, après une rencontre bouleversante avec une jeune fille transie de froid ; Alex, quant à lui, a fui Saint-Pétersbourg après avoir été entraîné malgré lui dans de sombres histoires de cambriolage, et a rencontré Jason dans un pub londonien plusieurs années avant la traversée ; Spot, le pianiste allemand, a pour sa part été exhibé par ses parents comme un singe savant depuis son plus jeune âge, véritable Mozart en herbe parti poursuivre des études de musique à Paris, mais ayant sombré dans la drogue après une rupture sentimentale ; David, le plus jeune du groupe, a décidé de fuir Vienne après avoir lui aussi été quitté par sa bien-aimée, qui lui a préféré un acteur de renom, faisant de lui la risée de la ville ; enfin, Petronius, contrebassiste italien, le plus mystérieux des cinq, qui sombre peu à peu dans la folie, obligeant ses compagnons à avoir en permanence l'oeil sur lui, ce qui est loin d'être évident sur l'immense paquebot...

 

Avec la commémoration du centenaire du naufrage le plus célèbre de l'Histoire, les romans évoquant peu ou prou (hahaha) le Titanic ont allègrement fleuri sur les rayons des librairies. Mais celui-ci prend le contre-pied du film de James Cameron ou des autres fictions écrites sur le paquebot : le navire n'a qu'un rôle très secondaire dans le roman, qui s'intéresse avant tout au destin de ses personnages, à travers leur histoire personnelle, celle-ci se déroulant tour à tour à Paris, Vienne, cantique.jpgLondres, Saint-Pétersbourg, ou sur les routes italiennes. Avec son titre chargé de poésie et de noblesse, cette oeuvre nous fait voyager à la fois dans l'Europe du début du siècle et dans le monde de la musique, au fil des histoires de ses cinq personnages. La transition est habilement réalisée, d'un chapitre à l'autre, entre les flash-backs des différents musiciens et l'histoire commune se déroulant sur le paquebot, rythmée par les longues journées de travail et les rares moments de repos, si bien que l'on a l'impression de lire à la fois un roman dans son ensemble et cinq nouvelles fondées sur les vies de chaque personnage et possédant leur unité propre. Et même si les destinées des musiciens peuvent sembler assez inégales, celle de Jason et de David se détachant par rapport aux autres, le dernier chapitre, qui nous conduit inexorablement vers le récit du naufrage proprement dit, est si magistral qu'il emporte définitivement l'adhésion du lecteur, le laissant encore sous le choc des dernières phrases du roman. Le style est sobre et épuré, mais ne manque pas de poésie, même si l'on peut regretter que l'auteur ne s'intéresse pas davantage à la passion des musiciens pour leur art, car ils semblent pour la plupart avoir finalement choisi cette voie par défaut et non par goût. Certes, l'auteur ne répond pas aux questions les plus courantes concernant les musiciens : pourquoi ont-ils choisi de rester sur le navire au lieu de chercher à monter sur un canot de sauvetage, et quel est le dernier morceau qu'ils ont joué ? (cette dernière étant restée très controversée depuis un siècle et ayant déchaîné les passions), mais finalement, ce n'est peut-être pas ce qui importe le plus, dans un roman bouleversant qui nous emporte dans un tourbillon d'aventures et de coups de théâtre, alors même que l'on croyait déjà tout connaître de l'histoire.    3 étoiles

Par Elizabeth Bennet - Publié dans : Critique littéraire - Communauté : partageons nos lectures
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 17:56

Depuis son enfance, Annabelle Granger s'est habituée à devoir changer d'identité au fil des déménagements successifs de sa famille. Nouveau nom, nouvelle maison, nouvelle histoire familiale... Et tout cela sans que ses parents lui donnent la moindre explication, même après plusieurs années de déménagements. Avec le suicide de sa mère et la mort accidentelle de son père quelques années plus tard, Annabelle a renoncé à essayer de comprendre la raison de cette fuite perpétuelle, et s'est persuadée que son père avait développé une paranoïa aiguë qui le poussait à enseigner à sa fille les techniques d'auto-défense les plus efficaces. Mais un jour, la découverte d'une cave souterraine aménagée dans le parc d'un hôpital psychiatrique désaffecté de Boston vient bouleverser l'existence morne et terne dans laquelle Annabelle se complaisait : la cave abrite en effet les cadavres de six petites filles inconnues, dont le corps s'est momifié naturellement, rendant toute identification impossible. Or, l'une d'elles porte un médaillon inscrit au nom d'Annabelle Granger... Aussitôt, la véritable Annabelle, bien vivante, décide de sortir de l'ombre et de se manifester auprès de la police. Mais elle n'imaginait pas que le tueur l'attendait, tapi dans l'ombre, depuis vingt-cinq ans, et que son existence serait à nouveau menacée...

 

Avis aux amateurs de polar et de suspense, ce roman est fait pour vous : de la première à la dernière page, impossible de le lâcher avant de savoir le fin mot de l'histoire. Ce livre présente également plusieurs originalités : pas de recours à un serial-killer comme on pourrait s'y attendre au début (on découvre vite que les six victimes ne sont en réalité que très secondaires par rapport à l'intrigue principale), ressort habituellement utilisé par les auteurs pour maintenir une certainesauver.jpg tension, pas de délire érotico-mystique (ce qui semble être très à la mode dans les thrillers contemporains, alors pour une fois qu'un auteur nous épargne cet élément, ne boudons pas notre plaisir), pas de grosses ficelles ou de twist sorti de nulle part, l'intrigue est assez bien construite pour être cohérente sans être complètement prévisible non plus. Outre le fait, donc, de réussir à maintenir le suspense pendant près de 500 pages à partir d'un seul meurtre, Lisa Gardner a réussi a créer des personnages attachants et complexes, notamment l'enquêteur principal, ancien tireur d'élite reconverti dans la police d'Etat à la suite d'une intervention ayant mal tourné, souvenir qui le hante encore des années plus tard. Certes, le style, quant à lui, n'a rien d'exceptionnel, mais cette écriture ordinaire ne gâche pas le plaisir de la lecture, d'autant que la traduction est plutôt bonne. Un autre aspect intéressant de ce roman est qu'il s'amuse à décevoir les attentes du lecteur, comme un chat jouant avec une souris : ainsi, on attend en vain les résultats des analyses ADN des cadavres, à la fois parce que, comme on l'a dit, les petites filles, à l'exception de celle qui porte le médaillon d'Annabelle, n'ont rien à voir avec cette dernière, et parce que l'auteur a choisi de respecter les délais réels de ce genre d'investigation, prenant le contre-pied de toutes les séries télévisées où les enquêteurs obtiennent résultats ADN, relevés téléphoniques ou bancaires et autres données en quelques minutes. Avec son intrigue palpitante et ses personnages originaux, Sauver sa peau est un bon roman policier, qui certes ne marquera pas son lecteur pour des années, mais est suffisamment bien construit pour nous entraîner plusieurs heures durant dans son univers oppressant. 3,5 étoiles

Par Elizabeth Bennet - Publié dans : Critique littéraire - Communauté : Salon Lecture
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 21:45

Ce roman s'ouvre le 23 août 1572, à la veille de la Saint-Barthélémy, alors que Catherine de Médicis et son fils Henri d'Anjou, futur Henri III, et de nombreux conseillers, persuadent Charles IX, le souverain, âgé de vingt-deux ans, d'autoriser le massacre de tous les chefs protestants, juste après une tentative d'attentat manquée contre Gaspard de Coligny, un noble connu pour son attachement à la Réforme. Le monarque, d'abord réticent, finit par signer l'ordre royal autorisant le massacre, à la condition d'épargner son médecin, Ambroise Paré, sa nourrice huguenote, son beau-frère Henri de Navarre, futur Henri IV, et quelques autres nobles protestants. Mais alors que sa mère, son frère et tous les autres conseillers lui avaient annoncé quelques centaines de morts tout au plus, Charles IX découvre effaré que ce sont plusieurs milliers de protestants qui ont péri, dans la nuit du 23 au 24 août, ou dans les jours qui ont suivi. Aussitôt, il prend des mesures pour arrêter le massacre, mais le mal est fait, et la Saint-Barthélémy se poursuit plusieurs jours durant en Province. Le monarque semble alors plonger lentement mais inexorablement dans la folie, se mettant à chasser le cerf au beau milieu du Louvre ou à tirer à l'arbalète sur les servantes et espionnes de sa mère lorsqu'elles se cachent derrière les tapisseries pour épier ses faits et gestes. Mais sa folie le conduit également à prendre des initiatives désastreuses, pensant racheter sa faute envers le peuple et envers Dieu : le voilà qui forge de la fausse monnaie pour renflouer les caisses de l'Etat, ou offre au peuple affamé des brins de muguet censés leur porter bonheur, mais qui causent une hécatombe chez ceux qui ont essayé de se nourrir de la fleur mortelle. Haï de tous, menacé par les complots de ses proches, Charles IX n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même, et une ombre sanglante, qui, atteinte d'hématidrose, se met à suer du sang par tous les pores de sa peau...

 

Disons-le d'emblée, ce roman est une biographie très romancée du souverain, certes documentée, mais qui ne saurait prétendre à l'exactitude d'un ouvrage historique véritable. Ne serait-ce que par son titre, délicieusement décadent, on voit que Jean Teulé ne s'est pas fixé pour but de raconter le règne réel de ce souverain méconnu, assimilé par la postérité à un Néron sanguinaire. Les approximations, voire les déformations historiques sont légion, notamment en ce qui concerne l'implication de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélémy : alors qu'elle a longtemps été considérée charly.jpgcomme l'instigatrice de la tuerie, aidée de son fils Henri, il est apparu qu'elle avait en réalité probablement joué davantage un rôle de médiatrice entre les deux religions, tentant d'apaiser les tensions au lieu de les exacerber. Néanmoins, s'il a le mérite de décaper un peu l'Histoire (sans doute jugée poussiéreuse par un auteur qui ne s'embarrasse pas de subtilités), ce roman se révèle très rapidement décevant : les personnages sont affreusement caricaturaux, entre un Charles IX complètement dépassé par les événements et ne pensant qu'à chasser et à honorer sa femme ou sa maîtresse, une Catherine de Médicis castratrice et volontiers cabaleuse, un Henri d'Anjou grande folle à la limite du travesti de la place Clichy, perpétuellement recouvert de dentelles, de maquillage et de frous-frous, ou encore un Henri de Navarre paillard, grossier et répugnant. Seuls les personnages secondaires sont relativement épargnés par cette déformation, et l'on regrette que Ronsard ou Ambroise Paré soient si peu présents dans l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs bien mince, et l'on se demande si Jean Teulé a lui-même écrit son roman dans un TGV tant l'ouvrage se prête bien à une lecture en 2h à peine. Autant dire que le style est fort peu soigné (et c'est une litote !), mélangeant allègrement les anachronismes et faisant voisiner des tournures argotiques ou familières du XXe siècle (quelle horreur que ce "Ben" qui commence chaque réplique de dialogue, sans doute pour le rendre plus vivant...) avec des expressions directement tirées de Rabelais. Ce mélange, loin d'être harmonieux, est de plus agaçant, artificiel et n'apporte absolument rien au roman : Jean Teulé se veut subversif et iconoclaste, mais faire jurer Charles IX comme un charretier n'est pas dépoussiérer l'Histoire, simplement la massacrer. Si encore l'humour et les situations saugrenues rattrapaient l'ensemble, mais ce n'est souvent qu'une succession de gags sans grand intérêt. Une grosse déception que cette version de "L'Histoire pour les Nuls" à la sauce démago.   1,5 étoiles

Par Elizabeth Bennet - Publié dans : Critique littéraire - Communauté : Un max de buzz !
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Samedi 7 avril 2012 6 07 /04 /Avr /2012 20:50

A El Idilio, petit village situé à l'orée de la forêt amazonienne, les anciens colons cohabitent tant bien que mal avec les chercheurs d'or, les aventuriers partis à la recherche de l'Eldorado et avec les Jivaros, des Indiens rejetés par leur propre peuple et hantant le port en quête d'alcool. La bourgade est administrée par un maire obèse suant continuellement à grosses gouttes et surnommé "La Limace" par les habitants du village. En dehors d'un bateau qui le ravitaille quelques fois par an, El Idilio vit coupé du monde. Mais un jour, les Indiens Shuars, qui vivent non loin de là, repliés dans la forêt, rapportent au village le cadavre d'un chasseur blanc atrocement mutilé. Le maire s'empresse d'accuser les Indiens mais Antonio José Bolivar, un vieil homme veuf habitant le village depuis des années, et grand lecteur de romans d'amour, attribue le meurtre non à une main humaine mais à la griffe d'un fauve. Une femelle jaguar, précisément, qui cherche à venger la mort de ses petits, cruellement abattus par le chasseur. Le maire, qui ne supporte pas d'être publiquement contredit, est bien décidé à faire payer à Bolivar cet affront, et l'occasion ne va pas tarder à se présenter, car les morts se multiplient : le jaguar ne cessant de faire davantage de victimes et se rapprochant de plus en plus du village, il devient urgent de le retrouver et de l'abattre afin de mettre un terme à son implacable appétit de vengeance. Bien évidemment, Bolivar est tout désigné pour cette tâche, lui qui connaît la forêt comme sa poche et qui a vécu durant de longues années auprès des Shuars, dont il a appris de nombreuses techniques de chasse. Mais l'adversaire, cette fois-ci, est l'un des plus redoutables qu'il ait eu à affronter, et le vieil homme n'est pas certain d'en revenir vivant...

 

Roman le plus célèbre de Sepulveda, qui lui assura une renommée internationale, cet ouvrage a très - trop - vite été rangé dans la catégorie des romans de gare, en raison de son petit nombre de pages et de l'apparente simplicitésepulveda de son intrigue et de son style. Certes, ces aspects sont indéniables, mais Sepulveda surpasse largement, et à plus d'un titre, tous les Marc Levy, Anna Gavalda et autres Amélie Nothomb, sans parler de Paolo Coelho lui-même, à qui on l'a souvent comparé, notamment pour les thèmes qu'il aborde dans ses romans (la quête de soi, le sacré, l'honneur, la lutte...). D'abord parce que ce roman, sous son aspect simple, voire simpliste, est en réalité plus profond qu'il n'y paraît, et ne se résume pas à une banale leçon pseudo-écologique sur la barbarie des hommes et sur la nécessité de protéger l'Amazonie : il s'agit d'un récit palpitant, dont l'humour n'est pas absent, loin s'en faut (et les descriptions du maire sont particulièrement amusantes, quoique un peu faciles), qui transporte véritablement son lecteur dans ces contrées sauvages de l'Amazonie, où la présence d'une femelle jaguar assoiffée de vengeance peut mettre en péril tout un village. Le style de cet ouvrage apparaît simple et subtil à la fois, d'une densité parfaite pour rendre compte des réalités décrites, majestueux sans faste ni ostentation, comme si les mots coulaient naturellement sous la plume de l'auteur, et les personnages sont plutôt bien campés, en général loin des clichés (même le maire ventripotent et perpétuellement en sueur n'est pas aussi ridicule qu'il n'en a l'air, notamment par le côté inquiétant qu'il révèle dans certaines scènes). Le seul bémol concernant cet ouvrage est sa longueur : il est beaucoup trop court pour satisfaire tout lecteur digne de ce nom, et nous immerge dans un univers qu'on ne quitte qu'à contrecoeur. Une grande leçon d'humanité, paradoxalement donnée lors d'une lutte à mort contre un animal, ce qui ne peut manquer de faire penser à un autre classique de la littérature au titre très proche, Le Vieil Homme et la Mer, et comparer Sepulveda à Hemingway est sans doute l'un des plus beaux compliments que l'on pourrait lui faire. 3,5 étoiles

Par Elizabeth Bennet - Publié dans : Critique littéraire - Communauté : Chronique de nos lectures
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