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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 20:43

Paris, 2058. Une nouvelle technologie, la rétrovision, permet désormais à certains chercheurs de visionner le passé : de l'assassinat de Kennedy à la construction des pyramides, en passant par la mort de Socrate ou celle d'Hitler, tous les événements du passé peuvent à loisir être visionnés, décortiqués, analysés.

 

Christian K., malgré ses origines libanaises, n'a jamais connu le pays de ses parents. À 45 ans, alors qu'il vient de connaître une rupture amoureuse, il décide de quitter sa ville, Montréal, et de se rendre en Europe. Dans un train, par hasard, il tombe sur un ouvrage d'ethnologie expressionnelle, une nouvelle discipline à la mode, et se passionne aussitôt pour ce domaine d'étude, au point de se lancer, quelques mois plus tard, dans une thèse sur le sujet. Son domaine d'étude : le Liban, et plus particulièrement Beyrouth, de 1973 à 2012.

 

Mais très vite, à mesure que les images de la capitale libanaise défilent, il oublie son projet de thèse et se concentre de plus en plus sur des scènes où apparaissent des membres de sa famille, et en particulier ses parents. Ces images prennent une saveur particulière pour Christian, lui qui n'a jamais connu son père, mort avant sa naissance.

 

Aussi lorsque ce dernier, par-delà les années, semble établir avec son fils une curieuse correspondance privée, Christian sent ses certitudes vaciller. Comment est-ce possible ? À vouloir à tout prix trouver la réponse à cette question, Christian va se lancer dans une entreprise à la limite du voyeurisme... au risque de découvrir une vérité qu'il préférerait peut-être ignorer.

 

 

Avec sa couverture rose métallisée, évoquant l'emballage d'un préservatif, et son titre suggestif, Petites morts à Beyrouth surprend d'entrée de jeu, d'autant que la quatrième de couverture, plutôt sobre, semble contraster avec ce côté sulfureux et tape-à-l'œil.

 

C'est bien un ouvrage atypique que ce premier roman écrit par Youssef S. Germanos. Mêlant récit intimiste, science-fiction, enquête policière et satire de la société, croisant les époques et les intrigues, il surprend par sa complexité narrative et son réseau de personnages. Néanmoins, si l'idée d'une nouvelle technologie permettant de visionner le passé est plutôt ingénieuse et intéressante, l'exploitation qu'en fait l'auteur est un peu décevante.

 

En effet, la narration, bien que portée par un style travaillé et original, a tendance à se perdre dans des intrigues secondaires qui sont trop superficiellement abordées pour être véritablement dignes d'intérêt : par exemple, l'enquête policière sur un terroriste ayant décidé de saboter le Centre de Rétrovision, après un début plutôt prometteur, est quasiment abandonnée, et finalement résolue en deux pages, de manière invraisemblable et peu convaincante. De même, l'intrigue amoureuse entre le héros et une jeune femme nommée Ilona est trop convenue pour apporter un véritable relief au récit.

 

C'est finalement l'impression majeure qui se dégage de ce roman, celle d'avoir dans les mains un ouvrage inabouti. Les personnages, eux aussi, sont trop rapidement esquissés, trop simples, trop évanescents pour être entièrement convaincants : Ilona, Jawad, Darine, Thierry Moulin, Abdallah Rivenstein, tous ne font qu'apparaître épisodiquement, sans jamais vraiment prendre corps, comme s'ils n'étaient en définitive que des images sur un écran, insaisissables, fantomatiques. Même le héros, avec sa manie désagréable de nous livrer ses pensées à grands renforts de doubles guillemets, n'emporte pas entièrement l'adhésion du lecteur, tant certaines de ses motivations et de ses réflexions nous échappent.

 

Enfin, et c'est peut-être le point le plus frustrant, l'auteur peine à véritablement donner vie à Beyrouth, cette capitale si particulière, son atmosphère à la fois festive et inquiétante, où la vie tente à chaque instant de prendre le dessus sur la mort. Elle semble malheureusement bien éteinte, cette ville où se croisent tant de personnages et d'intrigues, où naissent et meurent tant d'histoires d'amour et d'amitié.

 

En somme, Petites morts à Beyrouth constitue un premier roman prometteur, mais laissant une impression d'inachevé. En étoffant un peu son intrigue et ses personnages, et en approfondissant son sujet principal, l'auteur aurait pu donner corps à un ouvrage qui ne manque pas de qualités par ailleurs2 étoiles

 

Ouvrage généreusement envoyé par l'auteur. Merci à Youssef S. Germanos et aux éditions Tamyras.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 22:46

    Scout est une petite fille pas comme les autres. Depuis la mort de sa mère, elle grandit avec son frère Jem sous le regard ferme et bienveillant de leur père, Atticus Finch, avocat réputé à Maycomb, petite ville d'Alabama.

 

    Elle aime grimper aux arbres, jouer dehors avec Jem et leur ami, Dill, goûter les gâteaux de la voisine, discuter avec Calpurnia, la cuisinière noire qui lui sert de mère de substitution, et imaginer des stratagèmes pour faire sortir de chez lui Boo Radley, leur drôle de voisin, qui vit reclus dans sa maison depuis des années. Elle n'aime pas l'école, les injustices, ni qu'on l'oblige à porter des robes. Comme une fleur sauvage, elle grandit bon gré mal gré, suscitant parfois, par son impertinence et son caractère bagarreur, l'exaspération de sa tante Alexandra et des dames comme il faut de Maycomb, qui désespèrent de la voir devenir une jeune fille de la bonne société.

 

    Un jour, Atticus est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Dans cette Amérique des années 30, et a fortiori en Alabama, État du Sud, encore très marqué par le racisme, c'est un crime passible de la peine de mort. Très vite, la petite ville s'embrase, et les tensions ressurgissent. Scout, confrontée aux préjugés et à la bêtise des adultes, a bien du mal à ne pas utiliser ses poings pour faire taire ceux qui traitent son père de "sale ami des Nègres". Pour Jem et Scout, ce procès controversé marque la fin de l'enfance et de l'insouciance...

 

 

    Récompensé par le prix Pulitzer, salué par la critique et le public, et devenu un classique de la littérature jeunesse anglo-américaine, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur jouit d'une solide réputation dans le monde littéraire, au même titre que des titres aussi prestigieux que L'Attrape-coeur de Salinger.

 

    Les romans d'apprentissage sont monnaie courante en littérature, et ont par essence une faculté à fasciner et à toucher leur lecteur, mais peu d'ouvrages parviennent à retranscrire, aussi bien que le fait Harper Lee, la légèreté de ces jours d'été où le temps semble s'arrêter, ces longues heures virevoltantes passées à vivre mille et une aventures sans se préoccuper du regard des adultes et de la course du monde.

 

    En choisissant de faire de son héroïne une petite fille, avec son regard ingénu et innocent, Harper Lee donne une véritable force à son roman, car c'est précisément cette candeur qui permet de mettre en lumière, bien plus que ne le ferait le regard lucide d'une femme devenue grande, toutes les compromissions, les lâchetés et l'hypocrisie des adultes. Bien sûr, ce point de vue enfantin permet aussi de laisser se déployer le caractère doux, discret et intègre d'Atticus, la personnalité déroutante de Jem, plongé dans cet entre-deux délicat qu'est l'adolescence, la fantaisie riante de Dill...

 

    Même les personnages secondaires, plus ou moins rapidement esquissés, trouvent dans les yeux de Scout une véritable épaisseur : elle pointe ainsi, avec beaucoup d'humour et de malice, le côté un peu rigide de Tante Alexandra, engoncée dans ses principes, mais qui se montre aussi loyale envers Atticus lors du procès, la sévérité toute maternelle de Calpurnia, les médisances incessantes de Stephanie Crawford, la générosité et l'ouverture d'esprit de Maudie Atkinson... Harper Lee excelle à donner vie à ce quartier de Maycomb, brossant avec finesse le portrait de ses habitants. Et même si certains points de l'histoire demeurent mystérieux, comme la maladie qui a frappé la mère de Scout ou la vérité sur les parents de Dill, cela fait partie du charme du livre, et du caractère partiel, fragmentaire, nébuleux des souvenirs d'enfance, par définition vagues et imprécis.

 

    Alternant anecdotes pleines d'humour et moments plus graves, où la dénonciation du racisme se fait plus nette, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est un roman complexe, envoûtant, servi par une traduction élégante et un style plaisant et délicat, plein de la grâce naïve de l'enfance. 4 étoiles

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 12:26

     Dans le monde du strass et des paillettes, Léo Rivière n'est pas n'importe qui. C'est une star, une icône, une diva. Acclamée partout où elle passe, elle a l'habitude que le monde se plie à ses moindres désirs. Perpétuellement entourée de fans, d'assistants et de producteurs, elle a tout pour être heureuse.
 

    Pourtant, une terrible solitude, une profonde tristesse la rongent, surtout depuis la mort sordide de son ami d'enfance Alban, dont elle vient de recevoir, comme un coup de poignard au cœur, le rapport d'autopsie, froid, clinique, sinistre. Chaque soir, devant des milliers d'admirateurs, elle doit afficher un sourire sans faille, mais elle n'est plus qu'une coquille vide, dévorée par son mal-être.
 

    Alors qu'elle entame une nouvelle tournée de quatre-vingt dates, elle prend conscience, à quarante ans, du vide de sa vie : peu d'amis, pas d'enfants, une famille avec laquelle elle a pratiquement coupé les ponts, de l'argent dont elle ne sait que faire, et un système dont les conventions et les faux-semblants l'oppressent. Et cette lucidité nouvelle pourrait bien la conduire au bord du gouffre...

 

 

     Pour apprécier un roman, doit-on nécessairement s'identifier à son héros ? Au-delà du sujet de dissertation classique, voilà une question que l'on peut se poser en ouvrant ce roman car, autant le dire tout de suite, Marinette Lévy excelle à rendre son personnage détestable dès les premières lignes. Imbue d'elle-même, tyrannique envers son assistante, méprisante envers son coiffeur, elle semble prendre plaisir à martyriser son entourage de la manière la plus abjecte qui soit. Cependant, au fil des pages, cette carapace odieuse se fissure lentement, et laisse apparaître une héroïne fragilisée par la mort d'un ami qu'elle a vu, impuissante, se détruire à petit feu, et le lecteur finit par éprouver une certaine compassion à l'égard de cette Léo Rivière si exécrable de prime abord.

 

          Même si, à la lecture de la quatrième de couverture, on pouvait redouter un énième roman sur la crise de la quarantaine et les problèmes de riches d'une Stella Spotlight vieillissante qui redécouvre l'eau tiède en pointant les dérives du star-système, ce roman acquiert finalement une profondeur qui, sans en faire un ouvrage métaphysique non plus, lui confère tout de même un certain charme et le rend sympathique.

 

     Bien sûr, tout n'est pas parfait dans ce premier roman, et certains éléments paraissent convenus, voire forcés : le stéréotype de l'assistante au nom prédestiné, éternelle souffre-douleur des caprices d'une star qu'elle exècre autant qu'elle l'idolâtre et lui consacre sa misérable vie ; la caricature du présentateur télé décrépit interviewant chaque dimanche sur son canapé rouge constellé de poils de chien des stars qui n'en ont plus que le nom ; le passage dans l'unité pour enfants cancéreux qui, par une rencontre inattendue, permet à l'héroïne d'ouvrir les yeux sur la vanité de la vie... Toutefois, l'ensemble fonctionne et se laisse lire agréablement, en nous emportant dans les vertiges et les pensées tumultueuses de Léo Rivière. Même le style, au départ simple et banal, gagne en épaisseur au fil des pages, et connaît quelques envolées poétiques assez remarquables, en particulier dans les dernières pages.

 

    En somme, un premier roman prometteur, pas exempt de défauts, mais plutôt rafraîchissant sur un thème maintes fois rebattu, et qui touche par moments à l'universel, faisant écho à nos propres préoccupations sur les désillusions, la solitude, la quête de sens et les regrets parfois mordants d'une vie que l'on a davantage subie que véritablement choisie.   3.5 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions Plon.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 11:06

Ils sont vingt-trois. Vingt-trois hommes et femmes, formés depuis l'enfance à affronter le vent, à l'analyser, à exploiter ses variations pour mieux avancer. Leur but : remonter jusqu'en Extrême-Amont, là où se trouverait l'origine du vent. Comme les trente-quatre hordes précédentes, ils ne vivent que pour cet objectif, atteindre le bout du monde, quitte à affronter tous les dangers : tempêtes, marécages, déserts, glaciers, sans compter les pirates qui risquent à tout moment de les attaquer.

 

Derrière le charismatique et terrifiant Golgoth, traceur de la horde et chargé de déterminer le chemin à suivre, se pressent des personnages aux fonctions bien définies : le timide scribe Sov, qui gagne en maturité au fil des jours, l'exubérant troubadour Caracole, dont la personnalité joyeuse et inventive dissimule un passé bien plus sombre, la sage aéromaître Oroshi, le redoutable Erg chargé d'assurer la protection du groupe, ou encore le prince Pietro Della Rocca, diplomate et clairvoyant.

 

Chacun à leur tour, ils racontent, page après page, ce voyage qu'ils accomplissent contre le vent depuis plus de vingt ans, sans jamais perdre l'espoir de toucher un jour cet Extrême-Amont qui semble reculer sans cesse devant eux. Et après tout, ils ont toutes les raisons d'y croire, car ils constituent une horde exceptionnelle, plus rapide et puissante que toutes les précédentes. Mais avant d'arriver aux confins du monde, il leur faudra affronter les plus grands dangers, et aller jusqu'au bout de leurs forces pour triompher des éléments naturels toujours plus hostiles, tout en faisant face à une menace grandissante, celle de possibles poursuiveurs lancés à leurs trousses pour les éliminer et les empêcher d'atteindre leur but...

 

 

Il y a des livres qui ne se laissent pas apprivoiser facilement. Des livres dont les premières pages intriguent, voire rebutent le lecteur. La Horde du Contrevent fait partie de ces romans déroutants, difficiles à apprécier au début : trop de personnages aux noms et aux fonctions mystérieuses, trop de changements de point de vue, trop de vocabulaire technique et incompréhensible, trop de sous-entendus concernant l'intrigue...

 

Et pourtant, lorsqu'on fait l'effort de s'accrocher, de dépasser cet inconfort initial, de se familiariser un peu avec les personnages et leur style de narration, on découvre un univers d'une richesse incroyable, une intrigue maîtrisée de bout en bout, des personnages complexes et attachants... Très rapidement, le lecteur se retrouve happé par cette histoire originale, qui suscite dès le début plus de questions qu'elle n'apporte de réponses : pourquoi ce système de hordes ? pourquoi ce besoin de trouver l'origine du vent ? pourquoi ces neufs formes du vent à identifier, dont seulement six sont connues ? Peu à peu, au fil des tourbillons de mots, de phrases et de péripéties, certains éléments s'éclaircissent, et contribuent à renforcer l'engouement du lecteur pour cette histoire décidément atypique.

 

Après quelques chapitres, nous voilà, nous lecteur, 24e membre de cette horde, à suivre leurs progrès, à trembler pour eux lorsqu'ils affrontent les plus grands périls, à rire avec eux des trouvailles langagières de Caracole, à craindre pour leur survie lorsque la nourriture se fait rare, à pleurer avec eux lorsqu'ils perdent l'un des leurs, à endurer avec eux la faim, la fatigue, le froid, l'abattement... Rarement un roman a montré une telle capacité à entraîner le lecteur dans son histoire et à lui faire partager les aventures de ses personnages.

 

Et si, au début, la narration polyphonique déroute ou dérange, obligeant le lecteur à se reporter à la liste des personnages pour savoir qui parle, chaque personnage devient rapidement identifiable, et se reconnaît dès les premiers mots, ce qui montre la grande maîtrise stylistique de Damasio, qui attribue à chacun un phrasé particulier : concis et précis pour Sov, lyrique et flamboyant pour Caracole, vulgaire et rustre pour Golgoth, doux et sage pour Oroshi, léger et poétique pour Larco... Finalement, la succession des points de vue permet de raconter une histoire protéiforme, qui trouve paradoxalement sa vérité dans la subjectivité des différents narrateurs, et ce choix narratif particulier et ambitieux fait de ce roman une œuvre unique et magistrale.

 

Seul élément un peu dissonant dans ce concert de louanges : les cinquante dernières pages et leurs envolées métaphysiques sur la nature du vent sont assez ardues et ralentissent un peu trop l'action, alors même que le suspense est à son comble. Heureusement, le dénouement redonne à ce roman toute sa grandeur et sa portée, puisqu'il réussit l'exploit d'être à la fois attendu (car maintes fois annoncé par les prédictions de certains personnages) et surprenant, laissant le lecteur encore sonné par cette histoire si singulière et cette fin pas complètement fermée, comme si une nouvelle aventure était encore possible.

 

Récompensé en 2006 par le Grand prix de l'imaginaire, couvert d'éloges par les critiques et le public, La Horde du Contrevent fait figure de chef-d'œuvre du genre, et mérite amplement son succès : il constitue tout simplement une expérience unique, une plongée en apnée dans un univers exceptionnellement riche, dont on ressort transformé à jamais. 4.5 étoiles

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 09:50

Patrocle n'est encore qu'un enfant lorsqu'il tue accidentellement l'un de ses camarades. Pourtant, son père n'hésite pas à la punir pour ce crime involontaire, et l'envoie en exil à Phtie, sur les terres du roi Pélée.

 

Là, Patrocle découvre Achille, fils de Pélée et de Thétis, une Néréide. Achille est aussi beau et rayonnant que Patrocle est terne et dépourvu de charisme. Pourtant, une amitié fusionnelle se crée entre les deux jeunes gens, malgré leurs différences et l'opposition farouche de Thétis, qui ne voit pas d'un bon œil cette relation.

 

Après quelques années d'insouciance et de jeux, Achille et Patrocle sont envoyés sur le Mont Pélion, dans la demeure de centaure Chiron, afin d'y parfaire leur éducation. Ils y apprennent les rudiments de la chasse, de la médecine et de la botanique, et mènent une vie simple et agréable. Au fil des années, l'amitié indéfectible qui les lie évolue en véritable passion amoureuse et les deux garçons ont de plus en plus de mal à dissimuler leur idylle.

 

Mais un jour, Pélée les fait revenir à Phtie : Hélène, l'épouse de Ménélas, vient d'être enlevée par Pâris, un bellâtre troyen. Aussitôt, Agamemnon, frère de Ménélas, décide de mener une expédition contre Troie, et rassemble autour de lui tous les anciens prétendants d'Hélène, dont Patrocle fait partie. Achille envisage de participer à l'expédition, mais sa mère le met en garde : s'il se rend à Troie, il mourra au combat, mais connaîtra une gloire éternelle. S'il reste à Phtie, il vivra vieux, mais son nom sombrera dans l'oubli. Achille choisira-t-il de mourir en héros, ou cèdera-t-il aux prières de Patrocle, qui le supplie de ne pas partir ?

 

 

Achille et Patrocle. Deux noms associés depuis plus de deux mille ans, et dont la relation ambiguë a fait couler beaucoup d'encre. Avec un roman sur ce thème, le lecteur est en droit de redouter une paraphrase insipide d'Homère. Pourtant, on s'aperçoit vite qu'il n'en est rien, peut-être parce que l'auteur, professeur de lettres classiques, maîtrise réellement son sujet, et qu'elle propose un nouveau point de vue sur cette histoire hors du commun : non plus celui d'un narrateur externe et distancié comme pouvait l'être Homère, mais par le biais d'une focalisation interne, celui de Patrocle, victime collatérale du destin exceptionnel d'Achille.

 

De plus, Madeline Miller fait le choix de commencer son histoire dans l'enfance des deux guerriers, là où la tradition homérique nous présente habituellement Achille sous les traits d'un homme accompli, d'un guerrier aux pieds rapides, véritable terreur des Troyens, mais aussi des Grecs, lorsqu'il décide de ne plus combattre, outré qu'Agamemnon ait osé lui prendre une captive de guerre, Briséis. Au contraire de son illustre prédécesseur, Madeline Miller choisit de nous dévoiler plutôt la formation du héros que ses exploits guerriers, pratiquement laissés dans l'ombre, et centre véritablement son récit autour de la relation des deux garçons, qui intéressait bien peu Homère.

 

En retraçant l'enfance et l'adolescence d'Achille, elle fait découvrir aux lecteurs non familiers de l'Antiquité grecque plusieurs épisodes dont L'Iliade ne parlait pas, comme l'éducation du héros par le centaure Chiron ou son séjour sur la petite île de Scyros, où sa mère l'avait déguisé en jeune fille afin de le dissmuler aux yeux des Argiens en route pour Troie, et où l'ingéiosité légendaire d'Ulysse finira par le débusquer.

Porté par une écriture subtile et plaisante, ce récit redonne vie aux plus grands héros de la mythologie grecque : Agamemnon, roi borné et tyrannique qui n'hésite pas à sacrifier sa propre fille pour permettre aux bateaux de se rendre à Troie, Ménélas, brute épaisse, Ulysse, rusé et perfide, Nestor, sage et avisé, et bien sûr Achille, orgueilleux et au tempérament volcanique. Et même si l'on connaît la fin à l'avance, les multiples rebondissements et le dynamisme du récit maintiennent le lecteur dans l'incertitude, voire l'espérance : et si Madeline Miller réécrivait la fin de l'histoire, faisant mentir les oracles ?

 

Seul petit bémol : le traducteur est visiblement moins connaisseur de l'Antiquité que l'auteur, et conserve la forme anglaise "Pelides" pour désigner Achille, alors que la tradition française l'appelle généralement "Péléide". Pinaillage de puriste...

 

Voilà donc un roman puissant, magnétique, émouvant, documenté et pasionnant, qui donne envie de se replonger dans les épopées homériques, et qui montre que, plus de 2500 ans après sa composition, la relation particulière d'Achille et Patrocle n'a rien perdu de sa force et de son intérêt, à tel point que la célèbre formule de Montaigne "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" semble avoir été écrite sur mesure pour ces deux héros au destin brisé. 4.5 étoiles

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 21:23

Sam et Ollie, respectivement âgées de 15 et 10 ans, ne sont décidément plus des enfants : quelques semaines à peine après la mort brutale de leur mère, les deux sœurs, qui vivent désormais avec leur marginal de père dans un tipi planté au milieu d'une prairie, découvrent, au hasard d'une promenade, le cadavre d'une jeune femme, immergé dans une rivière voisine.

 

Très vite, elles comprennent que leur père fait un coupable idéal : non seulement il prétend avoir trouvé dans la forêt la veste ensanglantée de la jeune femme assassinée, mais en plus, il a laissé ses filles seules le soir du meurtre, assez longtemps pour attirer les soupçons. En voulant le protéger et éviter de le perdre comme elles ont perdu leur mère, les deux sœurs ne vont faire que le rendre encore plus suspect aux yeux des habitants de la ville, bien prompts à condamner cet homme excentrique qui vit comme un sauvage.

 

Bien décidées à prouver l'innocence de leur père, les deux jeunes filles vont, chacune à leur façon, tenter de découvrir la vérité. Seulement, entre Ollie qui a sombré dans un mutisme total depuis la mort de sa mère, et Sam, dont la nature impulsive compromet davantage l'enquête qu'autre chose, leur tâche semble bien ardue...

 

Un roman d'apprentissage mêlant intrigue policière et ode à la nature, le tout sous l'égide du célèbre label Harlequin, auquel appartiennent les éditions Mosaïc : disons-le tout net, cela partait mal. Très mal.

 

Et pourtant, le début de ce roman offre une jolie surprise : une écriture plutôt travaillée et servie par une traduction correcte, une narration intéressante (avec l'alternance des chapitres entre les deux sœurs), des personnages peu conventionnels (notamment la petite Ollie, douée d'une sensibilité exacerbée qui lui permet de voir des fantômes, et qui préfère se taire plutôt que de leur donner l'opportunité de s'exprimer à travers elle, ou le père, judicieusement surnommé "Ours", véritable marginal au caractère bien mystérieux). L'intrigue se met peu à peu en place, nous entraînant dans le passé trouble du fameux Ours, et mêle adroitement thriller et fantastique.

 

Cependant, alors que la première moitié du livre était plutôt séduisante, la deuxième partie vient nettement contrebalancer cette impression positive : l'intrigue policière s'effondre à cause de rebondissements complètement invraisemblables, les personnages, notamment secondaires, virent à la caricature, et même les deux héroïnes deviennent exaspérantes par leur incapacité à communiquer entre elles ou avec les autres.

 

Le dénouement est carrément grand-guignolesque, porté par des dialogues ineptes et des personnages aux réactions absurdes, dignes d'un mauvais téléfilm de début d'après-midi sur une chaîne de la TNT. Déception ultime, qui plus est : le livre se referme sans qu'on sache vraiment ce que vont devenir les personnages, comme si la romancière avait voulu en finir au plus vite, sans prendre vraiment la peine d'offrir à son ouvrage un épilogue digne de ce nom.

 

Un vrai gâchis, donc, avec un roman qui s'annonçait prometteur et vire au grand n'importe quoi. Malgré la poésie qui émanait de certaines descriptions, l'ouvrage s'englue dans une intrigue mal menée et tirée par les cheveux, et laisse un goût d'inachevé.  2.5 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions Mosaïc.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 21:46

Edgecombe, petite ville paisible de Nouvelle-Angleterre, est secouée par le meurtre aussi brutal qu'inexpliqué d'un adolescent, retrouvé étranglé près de la voie ferrée. Ses amis sont sous le choc : qui pourrait s'en prendre ainsi à un garçon sans histoires ? Et pourtant, des histoires, ils vont s'en attirer, eux aussi, à commencer par les ennuis que leur causent les deux loubards du quartier.

 

Alors qu'un autre de leurs amis disparaît mystérieusement au cours d'une banale partie de paint-ball près d'une cimenterie désaffectée, Sean et sa bande déjouent le couvre-feu instauré par les autorités et tombent, par le plus grand des hasards, sur un ancien grimoire rongé par le temps.

 

Inconscients du danger qu'ils encourent, les adolescents se mettent à étudier d'un peu plus près ce vieux livre qui semble rempli de formules magiques. Autour d'eux, les disparitions d'enfants se multiplient, les éléments se déchaînent, d'étranges individus aux yeux perçants se mettent à rôder... C'est sûr, Sean et ses amis ont réveillé sans le vouloir quelque force maléfique. Mais ils n'imaginent pas encore à quels dangers ils s'exposent...

 

 

Maxime Chattam fait partie, depuis une dizaine d'années maintenant, de ces auteurs que les éditeurs n'hésitent pas à publier les yeux fermés, tant le moindre de leurs ouvrages se transforme en best-seller. Et quand l'auteur n'écrit pas assez vite pour satisfaire l'appétit du public, rien de plus simple : l'éditeur se rabat sur les œuvres de jeunesse publiées dans d'obscures maisons d'édition, voire à compte d'auteur. De toute façon, le livre se vend rien que sur le nom de l'auteur, peu importe sa qualité littéraire.

 

C'est ainsi que Le 5e règne, premier roman de Maxime Chattam, au succès confidentiel, a été réédité chez Pocket, où il a connu un bien meilleur destin. Tant pis pour les éventuelles faiblesses de l'intrigue ou le manque d'épaisseur des personnages : il s'agit là d'erreurs de jeunesse bien pardonnables, nous assure l'auteur lui-même dans sa préface, puisque c'est bien connu, on n'est jamais mieux servi que par soi-même...

 

Las ! Ne voit-il donc pas que ce roman d'épouvante (on ne peut pas vraiment le qualifier de thriller, tant le paranormal y tient une place prépondérante), bourré de coquilles et tellement rempli de grossières fautes de syntaxe qu'on le croirait traduit de l'anglais, repose sur une intrigue si pauvre qu'elle aurait pu être écrite par un collégien ? La jeunesse n'excuse pas tout, cher Maxime Chattam, et si vous avez connu un succès mérité pour votre Trilogie du Mal, ce premier roman, pourtant récompensé par le festival de Gerardmer, n'aurait jamais dû être réédité.

 

Rien n'est en effet à sauver dans ce polar, ni le style, grossier, ni l'intrigue, rocambolesque et prévisible, ni les personnages, stéréotypés au possible (avec des méchants très très méchants et de gentils adolescents bien naïfs) ou trop peu développés pour susciter l'intérêt (le shérif et l'agent du FBI sont ainsi complètement laissés de côté, au profit de cette bande d'ados caricaturale, avec le petit gros trouillard, le bad boy qui séduit la petite intello, la rebelle bourrue mais sympathique...). Ne parlons même pas des dialogues, aussi artificiels et creux que ceux d'une série B.

Un roman parfaitement dispensable, donc, surtout si l'on souhaite conserver une certaine estime pour l'auteur, et ne pas le juger sur cette histoire invraisemblable truffée de fautes d'accord, de facilités scénaristiques et de maladresses stylistiques. 1 étoile

 

Découvrez aussi, du même auteur :

L'âme du Mal, In Tenebris, Maléfices et La Théorie Gaïa

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 18:06

Paris, 1934. Bérénice, âgée de 15 ans à peine, vient de réussir le concours d'entrée au Conservatoire, malgré l'interdiction de ses parents, modestes fourreurs d'origine russe et réfugiés en France après avoir fui les pogroms. Avec un nom pareil, elle était pourtant prédestinée à faire du théâtre ! Elle intègre alors la classe du grand Louis Jouvet, qui terrorise ses élèves. Désormais, elle consacre toute sa vie à l'apprentissage des classiques, et travaille d'arrache-pied pour égaler les grandes comédiennes qu'elle admire.

 

Trois ans plus tard, son plus grand rêve se réalise : elle est admise à la Comédie Française, sous son nom de scène, Bérénice de Lignières, hérité d'une amie richissime qui a décidé d'encourager sa vocation pour les planches. Aussi travailleuse que talentueuse, la jeune Bérénice connaît bientôt un succès fulgurant, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée, au point de susciter parfois quelques jalousies...

 

Pourtant, l'insouciance de ses débuts disparaît peu à peu : la montée du fascisme en Europe atteint son paroxysme, la guerre éclate, l'Occupation commence, et la Maison de Molière décide brutalement d'exclure de sa troupe tous ses acteurs juifs. Chaque jour un peu plus rattrapée par son passé, la brillante sociétaire choisit de dissimuler jusqu'au bout ses véritables origines, quitte à prendre tous les risques...

 

 

Attention, arrêtez tout, voilà LE coup de cœur de cette année 2015 !

 

Un premier roman époustouflant de maîtrise et de style, un vrai régal pour les amoureux de la littérature et du théâtre, un petit bijou d'écriture comme il en paraît bien trop rarement de nos jours... Récompensé par plusieurs prix littéraires, dont celui de l'ENS Cachan, il est malheureusement passé trop inaperçu lors de sa sortie... Il est temps de lui faire connaître le succès qu'il mérite !

 

Dès les premières pages, en effet, l'auteur réussit à nous attacher à cette héroïne déchirée entre ses racines et sa passion du théâtre, une jeune fille au tempérament de feu, prête à tout pour briller, chaque soir un peu plus, sur cette scène qui la fait tant vibrer depuis son adolescence. Pari d'autant plus difficile qu'il n'y a finalement guère de suspense : les dates présentes dans le titre du roman, ainsi que les nombreuses allusions à tout ce que Bérénice ne pourra dire à ses enfants, indiquent bien assez tôt l'issue du roman, de toute façon préparée par un prénom aux consonances déjà tragiques ; mais l'intérêt est ailleurs.

 

Avec une minutie étonnante, Isabelle Stibbe parvient à reconstituer l'atmosphère de ce Paris surchauffé de la fin des années 30, où les tensions raciales sont à leur comble, tout en brossant un portrait si réaliste de grands noms du théâtre, à commencer par Louis Jouvet, qu'on croirait presque, par moments, que cette Bérénice a réellement existé... Mêlant subtilement l'évocation de la capitale occupée, la montée du nazisme, et la description du microcosme que constitue le monde de la Comédie Française, l'auteur fait preuve d'une finesse d'écriture et d'analyse remarquable, sans jamais tomber dans l'anecdote artificielle ou la digression savante de l'écrivain trop bien documenté sur son sujet, et qui essaie à tout prix de placer ses connaissances.

 

Un seul regret toutefois : la deuxième partie du roman est un peu plus faible, notamment en raison du relatif manque d'épaisseur de deux personnages masculins de premier plan, Nathan et Alain, qui auraient gagné à être un peu plus exploités, afin de mieux contrebalancer la personnalité flamboyante de l'héroïne. De même, si l'auteur parvient à nous plonger avec délices dans l'atmosphère du Conservatoire puis de la Maison de Molière, décrivant habilement costumes, décors, mais aussi relations d'émulation et de rivalité entre comédiens, les derniers chapitres, consacrés à la Résistance, semblent un peu moins travaillés, et auraient pu être un peu plus développés, pour ne pas donner l'impression d'un dénouement certes attendu, mais brutal.

 

Il s'agit cependant, on l'aura compris, d'un léger bémol, et ce roman puissant, porteur d'un regard original et subtil sur le monde du théâtre et la construction de l'identité de chacun, et qui vous hantera longtemps après sa lecture, mérite vraiment le détour, ne serait-ce que par son style admirable et délicatement travaillé. 4,5 étoiles

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 21:20

La Terre, dans un futur indéterminé. Contaminée par des produits extrêmement toxiques, l'atmosphère est devenue irrespirable. Pour survivre, les hommes n'ont eu d'autre choix que de se réfugier dans un immense silo, où la vie communautaire est régie de façon très stricte : répartition des individus en différentes castes selon leurs aptitudes au travail, règlementation des naissances, limitation des échanges entre les habitants...

 

Depuis plusieurs générations, les voilà donc entassés sous terre, si bien que la population actuelle n'a jamais vu le monde extérieur que par le biais des capteurs installés dehors et qui retransmettent en continu les images d'un monde en ruine, où toute forme de vie sauvage a disparu sous les pluies acides et les poussières corrosives.

 

Pourtant, certains continuent à espérer un retour à la liberté, et en viennent à se demander si ces images de désolation ne cachent pas une autre réalité, bien moins effrayante... Pour éviter que ces idées insurrectionnelles ne gangrènent les esprits, les dissidents voient leur souhait exaucé : ils sont condamnés à sortir définitivement du silo. Mais qui manipule vraiment qui, dans ce monde où l'équilibre de la communauté et la survie de tous ne tiennent qu'à un fil ?

 

 

Premier tome d'une trilogie déjà culte, Silo est sans conteste LE roman de science-fiction des cinq dernières années. Mêlant habilement suspense, thriller, manipulation, confusion entre rêve et réalité, luttes de pouvoir et enjeux politiques, il surprend par la profondeur de sa réflexion et la perfection de son architecture.

 

Les personnages sont parfaitement campés, souvent attachants, et surtout sans aucun manichéisme : pas de "vrais gentils" ni de "grands méchants", tous ont des motivations plus ou moins honorables d'agir, et quand la révolte éclate, les insurgés, avec leurs bombes et leurs gaz meurtriers, ne valent pas nécessairement mieux que leurs adversaires, qui les criblent de balles et entendent maintenir coûte que coûte le fragile équilibre du silo pour éviter une catastrophe.

Si les héros suscitent bien sûr l'intérêt, en particulier le shérif Holston et la fougueuse Juliette, les personnages secondaires ne sont pas laissés de côté, loin s'en faut : de Lukas, l'informaticien amateur d'astronomie, à Knox, le mécanicien bourru au grand cœur, en passant par Solo, un étonnant quinquagénaire à l'esprit d'adolescent, tous apportent leur contribution à l'histoire, et ne se cantonnent pas à un banal rôle de faire-valoir.

 

Avec son intrigue haletante, maîtrisée d'un bout à l'autre du roman, et émaillée de nombreux rebondissements savamment amenés et souvent imprévisibles, Silo constitue un redoutable page-turner, et ses 625 pages se dévorent en un éclair, d'autant que l'écriture, fluide et directe, servie par une traduction particulièrement élégante (ce qui est assez rare pour être souligné !), contribue à faire de la lecture de ce premier opus un vrai moment de plaisir. Et même si ce volume peut se suffire à lui-même, il n'en donne pas moins envie de se plonger dès que possible dans la suite de la trilogie. Le plus dur sera encore d'attendre la sortie du deuxième tome en poche !

 

En bref, une dystopie palpitante et intelligente, à mi-chemin entre Hunger Games et Le Meilleur des Mondes, bien menée, portée par une écriture efficace et des personnages forts. Avec ce premier opus, Hugh Howey s'impose comme l'un des auteurs SF avec lesquels il va falloir désormais compter. 4 étoiles

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 22:38

Ce mariage, ils l'attendaient depuis longtemps. Ils avaient tout préparé, tout prévu, tout soigné dans les moindres détails. Tout aurait dû être parfait, pour ce jour magique entre tous. Oui mais voilà, les invités ne viennent pas, et les jeunes mariés se retrouvent bien seuls dans la grande salle de réception si richement décorée pour l'occasion...

 

Bien des années plus tard, à Pondichéry, le jeune Kanou grandit paisiblement, entouré de l'affection de ses proches, et va bientôt fêter son dixième anniversaire. Mais entre son père, musicien professionnel trop souvent absent, et sa mère Galta, coincée dans sa vie étriquée de femme au foyer et qui rêve de quitter un pays où elle se sent étrangère, Kanou a parfois l'impression de ne pas exister. Heureusement, Ahmma, la vieille servante de la famille, est là pour veiller pour lui et le traiter comme un prince.

 

À des milliers de kilomètres de là, Angèle est concierge dans une petite école parisienne. Dans sa loge décorée de couleurs chatoyantes et de souvenirs indiens, elle accueille petits bobos et grandes confidences. Élèves, parents, professeurs, elle a toujours un mot gentil pour tous, et tout le monde l'apprécie. Pourtant, Angèle se sent profondément seule : l'Inde, où elle a vécu pendant des années, lui manque terriblement.

 

Par-delà les terres et les océans qui les séparent, un terrible secret de famille Angèle et Galta. Et lorsque celle-ci décide subitement d'explorer les ténèbres de son passé, elle est loin d'imaginer à quel point sa vie va en être bouleversée...

 

 

À lire ce bref résumé, on aurait l'impression d'une histoire assez banale : un secret de famille, sur fond d'exotisme, bof, déjà vu et revu, se dit-on. Et pourtant, Les Notes de la mousson est à mille lieues de ces romans à la Kate Morton ou à la Katherine Webb, ces romans paresseux et cousus de fil blanc où une jeune héroïne, à la faveur d'un événement imprévu, fait une terrible découverte sur le passé de ses ancêtres : c'est au contraire un roman délicat et poétique, qui ne cède ni au pathos ni à la facilité.

 

Par petites touches, Fanny Saintenoy tisse une véritable toile autour de son lecteur, distillant subtilement de menus indices chapitre après chapitre, indices qui ne se rejoignent qu'à la toute dernière page du livre, où l'on comprend enfin toute l'horreur de l'événement qui a meurtri à tout jamais cette famille pas tout à fait comme les autres.

 

Les personnages principaux sont attachants, et leurs caractères finement ciselés : Kanou, le gamin qui en même temps grandit trop vite en voyant ses parents s'éloigner l'un de l'autre, et reste un enfant connaissant ses premières et timides amours, Galta, cette femme engoncée dans son rôle de parfaite épouse indienne, et qui souffre de ses origines non conventionnelles, et Angèle, la concierge au grand cœur mais dont le cœur, précisément, est resté à Pondichéry, et qui traîne désespérément ses regrets et ses remords.

 

En revanche, les personnages secondaires ne sont qu'ébauchés, ce qui s'explique sans doute par la brièveté du roman, mais provoque une certaine frustration chez le lecteur : ainsi, le père de Kanou, ce violoniste sans cesse en voyage pour jouer à l'étranger, n'est qu'un fantôme, et même si cet aspect évanescent est sans doute voulu par l'auteur, on regrette qu'il ne soit pas davantage évoqué ; de même, la sœur Elena, gardienne de bien des secrets, n'apparaît que trop brièvement, pour faire ses révélations, alors qu'elle pourrait avoir un rôle plus étoffé.

 

C'est sans doute le seul défaut de ce roman : il laisse un goût d'inachevé. Bien sûr, la fin, abrupte, saisissante, est beaucoup plus percutante et poignante telle qu'elle, refermant l'histoire par un véritable coup de poing dans les tripes, mais le reste du livre est trop court pour profondément toucher le lecteur, ce qui est dommage car son potentiel reste finalement en partie inexploité. On aurait aimé en savoir plus sur les personnages, plonger davantage dans leur vie, dans leurs pensées, dans leurs émotions. On aurait aimé lire plus de ces splendides descriptions de Pondichéry. On aurait aimé mieux connaître l'histoire de ce couple confronté à l'intolérance et à la haine.

 

C'est d'autant plus dommage que l'écriture de Fanny Saintenoy est fine et élégante, sans fioritures tout en faisant montre d'une certaine recherche, ce qui devient bien rare de nos jours où l'absence de style et la platitude absolue semblent être devenues la norme.

 

En somme, Les Notes de la mousson est un roman envoûtant, sensible, subtil, mais trop court pour véritablement marquer son lecteur, ce qui est fort regrettable, car il aborde de façon habile, originale et délicate des thèmes plus que jamais d'actualité : l'exil, la solitude ou encore l'intolérance envers la différence, quelle qu'elle soit. 4 étoiles

 

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions Versilio.

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