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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 11:03

Depuis quelques semaines, l'horreur a un nouveau nom : Le Prince. Un assassin cruel, qui taille en pièces des mères de famille sous les yeux de leur fils de sept ans, selon un rituel minutieusement orchestré. Pourtant, les investigations de la police restent infructueuses : à chaque fois, les voisins n'ont rien vu, rien entendu. Les cadavres s'amoncellent et ils devient urgent, pour le commandant Falier, en charge de l'enquête, de mettre la main sur ce meurtrier.

 

Il décide alors de faire appel à Bareuil, un professeur d'université à la retraite, spécialiste des crimes rituels, et sur les conseils de celui-ci, à Jeanne Lumet, l'une de ses anciennes élèves. Au départ réticente, en raison des relations troubles qu'elle a entretenues avec son professeur, Jeanne finit par se passionner pour l'enquête, lorsqu'on lui demande d'expertiser un étrange bijou retrouvé sur l'une des scènes de crimes, un emblème royal du XIVe siècle surnommé l'Insigne du Boiteux, et d'une valeur inestimable.

 

Comment l'assassin a-t-il pu se retrouver en possession d'un tel objet ? Et surtout, quelle place prend ce joyau dans le rituel macabre qu'il met en place à chaque meurtre ? Pour répondre à ces questions, Jeanne va devoir s'investir de plus en plus dans l'enquête, quitte à mettre sa vie en danger... et celle de son fils, âgé de sept ans, un détail qui n'a sûrement pas échappé au Prince...

 

 

 

Encore un polar ésotérique sur le mode Da Vinci Code, se dit-on en lisant la 4e de couverture : des meurtres en série, un rituel aux accents métaphysiques, un assassin à la personnalité tourmentée, un joyau vieux de plusieurs siècles, qui nous plonge au cœur de la Perse médiévale... Eh bien non, contre toute attente, L'Insigne du Boiteux est à mille lieues de ces romans tapageurs aux effets grand-guignolesques : c'est un polar de facture classique, voire un peu rétro, ce qui constitue finalement une bouffée d'air frais au milieu de tous les thrillers contemporains adeptes des "cliffhangers" et autres techniques d'écriture à l'américaine . 

L'intrigue est plutôt séduisante, avec quelques rebondissements bien amenés. L'auteur s'amuse à nous emmener d'une fausse piste à l'autre, en distillant savamment les informations et en nous amenant insensiblement à pencher pour une hypothèse... avant de la balayer d'un revers de main au gré d'une nouvelle révélation. Le rythme, quant à lui, est plutôt soutenu et la lecture se fait sans déplaisir, d'autant que l'écriture de Thierry Berlanda (même émaillée de nombreuses coquilles !) est par moments assez savoureuse, notamment dans les dialogues des policiers.

 

Toutefois, les personnages manquent de consistance : soit ils sont à peine ébauchés, comme Jeanne, qui manque singulièrement de relief et dont on sait trop peu de choses, soit ils versent dans la caricature, comme Falier, archétype du flic bourru, adepte des vieilles méthodes, à six mois de la retraite, dévoué corps et âme à son métier, mais qui se fait finalement dépasser par les plus jeunes à l'ambition dévorante. Seul le personnage de Bareuil, infirme manipulateur et érudit mégalomane, suscite vraiment l'intérêt et la curiosité du lecteur, même si son côté antipathique peut aussi rebuter et agacer par moments. 

 

Mais le plus gros défaut du livre, ce sont sans nul doute les chapitres consacrés au Prince lui-même, à ses pensées et à ses délires. Bouffi d'orgueil et de suffisance, l'assassin s'exprime dans un langage obscur et précieux tout à fait exaspérant, et même si l'éclairage qu'apportent ces éléments sur l'histoire et les motivations du meurtrier peut être intéressant, il révèle surtout la faiblesse de l'intrigue, en définitive : malgré les tentatives de l'auteur pour nous abuser, elle manque sérieusement d'épaisseur.

 

Le dénouement, d'ailleurs, est expédié à la va-vite, et il met en lumière une énorme invraisemblance dans la construction de l'intrigue : comment les policiers, censés enquêter sur les meurtres depuis plusieurs semaines, sont-ils passés à côté d'un point commun évident entre les différentes victimes, qui leur aurait permis de mettre la main sur l'assassin bien plus vite ? Dommage, donc, que l'auteur joue au plus malin avec le lecteur : il a perdu.

En définitive, L'Insigne du Boiteux est un roman en demi-teinte, plutôt original et intéressant, mais qui souffre de trop de défauts formels pour susciter l'enthousiasme et laisser au lecteur un souvenir impérissable. Le "Boiteux", finalement, c'est peut-être bien le livre lui-même... 2,5 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions La Bourdonnaye.

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Published by Elizabeth Bennet
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commentaires

Un job d'enfer! 18/07/2014 11:18

Du coup, j'hésite, mais je crois que la curiosité va l'emporter!

Elizabeth Bennet 18/07/2014 11:54

Franchement, ce n'est pas une lecture désagréable, donc ça vaut le coup de vous faire votre propre opinion ! D'ailleurs, les commentaires sur Amazon sont dithyrambiques (un peu trop pour être honnêtes ?).

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