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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 21:27

Nantes, 1793. La Terreur est à son apogée. La petite Lucile, douze ans, vient d'assister, impuissante, à son premier "mariage républicain" : ses parents, Clotilde et Théosime de Neyrac, ont été arrêtés, enchaînés, et jetés nus dans la Loire, devant une foule de badauds avides de revanche sur les nobles. Lucile n'a pu voir toute la scène, mais elle a repéré dans la foule celui qu'elle tient pour responsable de leur mort, un certain Préville. Désormais, et malgré son jeune âge, elle n'a plus qu'une idée en tête : se venger.

 

Mais pour l'instant, Lucile est seule et sans repère : pour la première fois de sa vie, elle n'a plus ses parents pour la guider et la protéger. Le manoir familial, pillé et incendié, ne peut lui servir de refuge, et les anciens métayers au service de ses parents refusent de lui venir en aide par craintes de représailles.

 

Isolée, abandonnée de tous, menacée de connaître le même sort que ses parents si jamais le comité révolutionnaire la retrouve, la jeune fille élevée dans le luxe et la soie doit apprendre à se débrouiller pour survivre, à ne faire confiance à personne, à se cacher sans cesse pour ne pas être arrêtée.

 

Trois ans plus tard, alors la Terreur n'est déjà plus qu'un lointain souvenir, nous retrouvons Lucile, devenue une fière adolescente, toujours animée du feu de la vengeance. La voilà membre d'une petite troupe de voleurs, vivant de maraudes et de rapines. Le temps a passé, Nantes a oublié les jours sombres de son histoire, mais Lucile, elle, n'a rien perdu du feu qui l'anime, et est plus que jamais déterminée à retrouver Préville pour lui faire payer son crime...

 

 

À regarder la couverture, la collection, le titre, on s'attend à un énième roman de terroir, à l'intrigue facile, au style monotone, aux personnages convenus. Pourtant, dès les premières lignes, l'auteur nous plonge en pleine Terreur, au cœur d'une foule dense de badauds, mus par de bas instincts et venus assister à l'exécution massive de nobles dans ce qu'on a surnommé la "baignoire de Nantes".

 

D'entrée de jeu, la plume de l'auteur, incroyablement ciselée, emporte le lecteur par une écriture volontairement désuète et ampoulée, se plaisant à distiller de nombreux termes surannés et à accumuler les figures de style à la limite de la préciosité. Pourtant, au fil des pages, ce style, vivifiant et original au départ, devient pesant, artificiel, amphigourique, et flirte carrément, parfois, avec la cuistrerie. Autant dire que ce qui intriguait le lecteur dans les premières pages devient prodigieusement agaçant à mesure que l'histoire progresse et que l'auteur nous perd dans des phrases excessivement alambiquées et au lexique nébuleux, ce qui parasite la lecture.

 

À cette écriture très (trop ?) travaillée s'ajoute un formidable travail de documentation de la part de l'auteur, qui rend à merveille, il est vrai, l'atmosphère nantaise en cette fin de XVIIIe siècle, même si l'on peut déplorer le fait que l'arrière-plan historique ne serve finalement que de prétexte à une histoire de vengeance relativement banale et attendue : on en apprend bien peu, trop peu, sur les noyades de Nantes, la Terreur, le tristement célèbre Carrier (à peine évoqué)...

 

De plus, l'intrigue est relativement linéaire, les dialogues ne servent parfois à rien, et l'auteur semble avoir un goût certain pour le deus ex machina et les hasards providentiels, tant certains rebondissements paraissent faciles, sans parler du dénouement, tiré par les cheveux et très elliptique, comme pour mieux laisser planer le mystère et nous faire espérer une suite à ce roman qui penche un peu trop vers le conte de fées pour être honnête.

 

Enfin, le traitement des personnages est assez inégal : l'héroïne est paradoxalement assez peu attachante, et son comportement pas toujours sensé. Parmi les personnages secondaires, certains sont presque caricaturaux (la maquerelle repentie, le fils indigne, la prostituée au grand cœur...) et d'autres sont à peine ébauchés, comme Préville, qui reste finalement un être bien opaque dont on peine à saisir le caractère.

 

En somme, voici un ouvrage surprenant, au style en complet décalage avec les traditionnels romans de terroir, et qui a le mérite de sortir des sentiers battus et d'apporter un peu d'exigence littéraire dans un domaine sinistré par la médiocrité, mais qui peine à convaincre, tant la patte de l'auteur se ressent à chaque ligne : Nathalie de Broc semble avoir oublié que, pour écrire un vrai bon roman, il faut aussi laisser au lecteur la liberté de s'y projeter, et la possibilité de se l'approprier. 2 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

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Published by Elizabeth Bennet
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