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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 22:34

1500. Au cœur d'une forêt allemande, une jeune femme court à perdre haleine, son bébé dans les bras. La belle Eva, pourchassée par des lansquenets, et sur le point d'être arrêtée pour sorcellerie. Avant d'être rattrapée, elle a tout juste le temps de déposer son enfant dans une église. Conduite devant un tribunal qui l'a déjà condamnée d'avance, elle sait que son procès n'aura qu'une issue : le bûcher.

 

1515. La jeune Margarete, surnommée Gretchen, mène une vie paisible auprès de sa famille, jusqu'au jour où ses parents décident de la donner en mariage à un jeune homme qu'elle n'apprécie pas. Devant l'entêtement de la jeune fille qui, en plus de savoir lire et écrire, rêve de devenir l'assistante de Freia, la sage-femme du village, le curé tranche : Gretchen est autorisée à rester célibataire, et à s'installer chez son amie pour y apprendre le métier. Mais son frère, déçu par son attitude, lui révèle au cours d'une dispute qu'elle est une enfant trouvée.

 

Alors que la peste commence à s'abattre sur la région, Gretchen n'a plus qu'une seule idée en tête : retrouver ses vrais parents. Et sa quête, semée d'embûches et d'obstacles, la conduira à croiser le chemin de plusieurs personnages à mi-chemin entre Histoire et légende : Lucas Cranach, Martin Luther, sans parler du mystérieux - et séduisant - Docteur Faust...

 

 

Placer un roman historique sous le patronage du Diable, il fallait oser. Jean-Pierre Bours s'en sort plutôt bien, lui qui donne au Malin le soin de nous narrer cet étrange récit où Histoire et fiction s'entremêlent. Rigoureusement construit, son roman alterne chapitres consacrés au procès d'Eva, la mère, et chapitres centrés sur les aventures de Gretchen, la fille, à quinze ans d'écart, deux femmes fortes, belles, fières, insoumises, que les hommes et la société tentent d'assujettir.

 

D'entrée de jeu, ce narrateur un peu particulier nous entraîne au cœur d'une période trouble, un moment charnière de l'Histoire, qui n'est plus tout à fait le Moyen-Âge mais pas encore la Renaissance, un moment où l'Inquisition brûle encore par centaines les femmes un peu trop indépendantes en les accusant de sorcellerie, où la Peste décime les populations, où les abus de la papauté, et en particulier le trafic d'indulgences, révoltent certains moines qui se mettent à critiquer ouvertement l'Eglise...

 

Et il faut l'avouer, l'intrigue est plutôt bien bâtie, et chaque chapitre relance l'intérêt du lecteur, même si les personnages, et en particulier les deux héroïnes, ne sont pas des plus attachants. En effet, ces deux femmes sont un peu trop parfaites pour être crédibles : intelligentes, cultivées, pures, autonomes, féministes, généreuses, d'une beauté telle que, bien malgré elles, tous les hommes tombent irrésistiblement sous leur charme... Aucun défaut, si ce n'est une pointe d'orgueil de temps en temps. Difficile, dans ces conditions, de s'identifier à ces deux "saintes" dont la vertu n'est jamais bafouée,  même dans les instants les plus critiques.

 

Les personnages secondaires ne connaissent, en revanche, pas tous le même traitement : certains sont franchement caricaturaux (le soudard qui ne pense qu'au combat, à la boisson et au viol, la jeune courtisane au grand cœur qui sombre malgré elle dans la prostitution, le geôlier brutal et pervers...), d'autres, et en particulier les personnages "historiques" sont mieux lotis, mais trop brièvement évoqués, comme Luther ou Cranach : ils sont d'ailleurs davantage évoqués pour ancrer le récit dans le temps et montrer que l'auteur s'est documenté avant d'écrire, que pour faire réellement avancer l'intrigue.

 

Le style est fluide, soigné sans être emprunté, mais parfois émaillé d'anachronismes surprenants, comme l'expression "laisser tomber" (au sens moderne du terme), un peu saugrenue dans la bouche d'une jeune fille vivant au XVIe siècle. De plus, certains dialogues sonnent faux, et l'on a parfois davantage l'impression d'assister à un cours d'Histoire sur la Réforme ou l'art au début de la Renaissance que de lire un roman : l'auteur n'a visiblement pas réussi à intégrer naturellement à son ouvrage toutes ses connaissances, et les ressert de façon un peu artificielle. Soulignons enfin le fait que la narration a tendance à s'éparpiller autour d'intrigues secondaires qui ne sont finalement pas développées et parasitent l'histoire principale au lieu de l'enrichir.

 

En somme, un roman intéressant, fort documenté, bien mené dans l'ensemble, mais un peu scolaire et manichéen, si bien qu'on a du mal, finalement, à vraiment se laisser prendre par l'histoire, d'autant que le dénouement, qui relie enfin l'intrigue au célèbre mythe popularisé par Goethe, nous laisse sur notre faim.  3 étoiles

 

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique", menée par Babelio et HC Editions.

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Published by Elizabeth Bennet
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artisan paris 26/11/2014 22:21

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

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