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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 21:59

En obtenant miraculeusement une bourse pour venir faire ses études à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen, jeune californien issu d'une famille médiocre, n'imaginait pas se retrouver impliqué dans une sordide affaire d'assassinat.

 

Très vite, il est attiré par un petit groupe d'étudiants, spécialisé en lettres classiques et supervisé par un professeur aussi charismatique que marginal. Contre l'avis de ses professeurs, et après bien des difficultés, Richard finit par être admis au sein de ce cercle très privé d'amateurs de grec ancien, mais il a bien du mal à s'y intégrer : face à ces étudiants appartenant à la jeunesse dorée, aussi éblouissante que décadente, le jeune Californien dissimule du mieux qu'il peut ses origines modestes, et tente d'adopter leurs codes.

 

Peu à peu, il réussit à se lier d'amitié avec ces jeunes gens : Henry, le génie plongé dans ses livres, Camilla et Charles, les jumeaux à la relation fusionnelle, Francis, le dandy discret, et Bunny, l'extravagant et sympathique pique-assiette. Entre deux cours, les six amis se retrouvent pour boire, dîner dans des restaurants chics, ou encore passer des week-ends entiers à la campagne, où l'alcool coule à flots du soir au matin.

 

Mais Richard sent bien qu'il ne partage pas encore tous les secrets de ses nouveaux amis : pourquoi ne veulent-ils pas lui parler, par exemple, de leurs virées nocturnes en forêt ? À quelles activités secrètes évitent-ils de le convier ? Le jeune homme ne le sait pas encore, mais il risque gros à fréquenter ce groupe aux occupations bien peu recommandables...

 

 

À mi-chemin entre Bret Easton Ellis (à qui le roman est dédicacé) et Le Cercle des Poètes disparus, Le Maître des illusions nous plonge dans les turpitudes d'un petit groupe d'hellénistes aussi arrogants que mystérieux, placés sous la houlette du capricieux professeur Morrow. Perdue au cœur du Vermont, la médiocre université de Hampden abrite un cénacle d'étudiants férus de culture antique, capables de citer Homère dans le texte et passionnés de rituels mystiques.

 

Sur le papier, l'intrigue a l'air alléchante : grec ancien, campus américain, personnages énigmatiques, crimes sanglants liés aux rites dionysiaques... Et pourtant, à la lecture, on déchante très vite : longueurs, références à la culture grecque réduites à de vagues citations éparses, ambiance étouffante, personnages antipathiques... De quoi s'étonner furieusement du succès de ce roman, vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde, comme l'affirme pompeusement le bandeau de l'éditeur.

Première source d'exaspération : l'aspect répétitif de l'intrigue. En 700 pages, les étudiants n'assistent qu'à deux ou trois cours de grec (c'était bien la peine de faire autant de foin autour de la personnalité hors norme de leur professeur...) mais passent leur temps à faire la fête, à boire (de à avoir la gueule de bois le lendemain) et à se bourrer d'anxiolytiques et autres somnifères. Au moins, Bret Easton Ellis, lui, a le bon goût de faire court, lorsqu'il traite de ces thèmes ad nauseam. Mais Donna Tartt ne semble pas se lasser de nous décrire encore et encore cette jeunesse dorée qui s'étourdit dans l'ivresse et les plaisirs faciles, et à vrai dire, cela devient vite lassant.

 

De plus, les personnages sont extrêmement déplaisants : on essaie désespérément de s'identifier au narrateur, mais il est tellement creux, lisse et surtout passif, à tel point qu'on se demande parfois s'il se sent vraiment concerné par sa propre histoire, tant il se montre indifférent aux autres, préférant s'apitoyer sur son sort et noyer sa déprime dans le whisky. Quant aux autres, ils sont au mieux transparents (Charles et Francis manquent tout de même sacrément d'épaisseur, au point qu'il est difficile de les différencier pendant la 1re moitié du roman), au pire méprisants (comme Henry), exaspérants (comme Bunny), ou malsains (comme Camilla, dont le côté pervers et manipulateur pointe discrètement sous ses airs angéliques et éthérés).

 

Bref, le lecteur ne peut s'attacher à aucun d'eux, et dès lors a bien du mal à s'intéresser à leurs déboires, surtout délayés sur près de 700 pages. Sans parler de leur propension (assez invraisemblable, vu leur niveau et leur assiduité) à s'exprimer spontanément en grec ancien lorsqu'ils veulent communiquer sans être compris, et de leur supériorité affichée envers le commun des mortels, particulièrement agaçante. Les personnages secondaires, sont eux, réduits à des stéréotypes : le prof d'université un peu allumé, la bimbo à la cuisse légère mais au grand cœur, les deux brutes qui ne pensent qu'à faire la fête...

 

À tout cela s'ajoute une déception de taille : alors qu'on aurait pu s'attendre à un thriller, rythmé par les rebondissements, les premières lignes anéantissent tout suspense en nous révélant l'un des passages-clés du roman, ce qui là encore conduit fatalement l'intrigue à s'embourber et les longueurs à s'accumuler, d'autant que l'écriture, qui se veut percutante et distanciée, n'est finalement ni originale, ni convaincante, et qu'elle est de plus massacrée par une traduction incroyablement mauvaise : pourquoi diable traduire le Happy Meal du McDo en "Menu Bonheur", ou encore les paroles de Space Oddity ? Pourquoi, en revanche, parler des "paramédicaux" pour désigner les infirmiers ? Les exemples d'anglicismes et de solécismes sont légion, et parasitent la lecture.

 

En somme, Le Maître des illusions, pourtant couvert de critiques dithyrambiques et auréolé d'une solide réputation de chef-d'œuvre, s'avère profondément décevant. On pensait se plonger au cœur d'un roman passionnant, nourri de culture antique, et finalement, on ne ressent qu'ennui et irritation devant des personnages détestables et une intrigue qui traîne en longueur et sombre peu à peu dans la perversité et le sordide. On en préfèrerait presque la mièvrerie et le ridicule de Robin Williams déclamant Horace debout sur son bureau... O captain, my captain ! 1.5 étoile.

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Published by Elizabeth Bennet
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commentaires

missycornish 17/06/2015 16:26

Bien dit! Je suis justement en train de lire ce roman et j'ai la même impression que toi. Les deux personnages de Charles et Francis se ressemblent trop pour qu'on y prête trop d'attention. Je n'aime pas non plus la mollesse du narrateur ni personnalité de mythomane. J'ai l'impression qu'on a affaire un cercle de bobos parisiens à la sauce américaine. Ils sont tous détestables et péteux complètement centrés sur eux-même et finalement moins cultivés qu'ils en ont l'air puisqu'ils ne connaissent rien de ce qui se passe autour d'eux. Ils ne suivent même pas l'actualité! Affligeant! Je suppose que ce groupe d'étudiants arrogants se moquent bien sous cape du narrateur. Bref, pour l'instant je me demande où cette intrigue nous mènera? On se croirait dans une secte Franc-Maçonne... En fait ce sont de véritables illusionnistes qui font illusion et font croire sous un vernis de culture qu'ils sont cultivés alors qu'ils ne connaissant finalement rien à la vie. En somme des bobos aux idées éculés qui sont capables de te faire croire qu'ils sont de grand lecteur alors qu'en fait ils ont lu un roman ou une oeuvre dont ils ont appris des citations par cœur pour impressionner leurs auditeurs. Des péteux quoi lol .

A bientôt sur nos blogs respectifs!!

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