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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 22:38

Ce mariage, ils l'attendaient depuis longtemps. Ils avaient tout préparé, tout prévu, tout soigné dans les moindres détails. Tout aurait dû être parfait, pour ce jour magique entre tous. Oui mais voilà, les invités ne viennent pas, et les jeunes mariés se retrouvent bien seuls dans la grande salle de réception si richement décorée pour l'occasion...

 

Bien des années plus tard, à Pondichéry, le jeune Kanou grandit paisiblement, entouré de l'affection de ses proches, et va bientôt fêter son dixième anniversaire. Mais entre son père, musicien professionnel trop souvent absent, et sa mère Galta, coincée dans sa vie étriquée de femme au foyer et qui rêve de quitter un pays où elle se sent étrangère, Kanou a parfois l'impression de ne pas exister. Heureusement, Ahmma, la vieille servante de la famille, est là pour veiller pour lui et le traiter comme un prince.

 

À des milliers de kilomètres de là, Angèle est concierge dans une petite école parisienne. Dans sa loge décorée de couleurs chatoyantes et de souvenirs indiens, elle accueille petits bobos et grandes confidences. Élèves, parents, professeurs, elle a toujours un mot gentil pour tous, et tout le monde l'apprécie. Pourtant, Angèle se sent profondément seule : l'Inde, où elle a vécu pendant des années, lui manque terriblement.

 

Par-delà les terres et les océans qui les séparent, un terrible secret de famille Angèle et Galta. Et lorsque celle-ci décide subitement d'explorer les ténèbres de son passé, elle est loin d'imaginer à quel point sa vie va en être bouleversée...

 

 

À lire ce bref résumé, on aurait l'impression d'une histoire assez banale : un secret de famille, sur fond d'exotisme, bof, déjà vu et revu, se dit-on. Et pourtant, Les Notes de la mousson est à mille lieues de ces romans à la Kate Morton ou à la Katherine Webb, ces romans paresseux et cousus de fil blanc où une jeune héroïne, à la faveur d'un événement imprévu, fait une terrible découverte sur le passé de ses ancêtres : c'est au contraire un roman délicat et poétique, qui ne cède ni au pathos ni à la facilité.

 

Par petites touches, Fanny Saintenoy tisse une véritable toile autour de son lecteur, distillant subtilement de menus indices chapitre après chapitre, indices qui ne se rejoignent qu'à la toute dernière page du livre, où l'on comprend enfin toute l'horreur de l'événement qui a meurtri à tout jamais cette famille pas tout à fait comme les autres.

 

Les personnages principaux sont attachants, et leurs caractères finement ciselés : Kanou, le gamin qui en même temps grandit trop vite en voyant ses parents s'éloigner l'un de l'autre, et reste un enfant connaissant ses premières et timides amours, Galta, cette femme engoncée dans son rôle de parfaite épouse indienne, et qui souffre de ses origines non conventionnelles, et Angèle, la concierge au grand cœur mais dont le cœur, précisément, est resté à Pondichéry, et qui traîne désespérément ses regrets et ses remords.

 

En revanche, les personnages secondaires ne sont qu'ébauchés, ce qui s'explique sans doute par la brièveté du roman, mais provoque une certaine frustration chez le lecteur : ainsi, le père de Kanou, ce violoniste sans cesse en voyage pour jouer à l'étranger, n'est qu'un fantôme, et même si cet aspect évanescent est sans doute voulu par l'auteur, on regrette qu'il ne soit pas davantage évoqué ; de même, la sœur Elena, gardienne de bien des secrets, n'apparaît que trop brièvement, pour faire ses révélations, alors qu'elle pourrait avoir un rôle plus étoffé.

 

C'est sans doute le seul défaut de ce roman : il laisse un goût d'inachevé. Bien sûr, la fin, abrupte, saisissante, est beaucoup plus percutante et poignante telle qu'elle, refermant l'histoire par un véritable coup de poing dans les tripes, mais le reste du livre est trop court pour profondément toucher le lecteur, ce qui est dommage car son potentiel reste finalement en partie inexploité. On aurait aimé en savoir plus sur les personnages, plonger davantage dans leur vie, dans leurs pensées, dans leurs émotions. On aurait aimé lire plus de ces splendides descriptions de Pondichéry. On aurait aimé mieux connaître l'histoire de ce couple confronté à l'intolérance et à la haine.

 

C'est d'autant plus dommage que l'écriture de Fanny Saintenoy est fine et élégante, sans fioritures tout en faisant montre d'une certaine recherche, ce qui devient bien rare de nos jours où l'absence de style et la platitude absolue semblent être devenues la norme.

 

En somme, Les Notes de la mousson est un roman envoûtant, sensible, subtil, mais trop court pour véritablement marquer son lecteur, ce qui est fort regrettable, car il aborde de façon habile, originale et délicate des thèmes plus que jamais d'actualité : l'exil, la solitude ou encore l'intolérance envers la différence, quelle qu'elle soit. 4 étoiles

 

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions Versilio.

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Published by Elizabeth Bennet
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