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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 09:50

Patrocle n'est encore qu'un enfant lorsqu'il tue accidentellement l'un de ses camarades. Pourtant, son père n'hésite pas à la punir pour ce crime involontaire, et l'envoie en exil à Phtie, sur les terres du roi Pélée.

 

Là, Patrocle découvre Achille, fils de Pélée et de Thétis, une Néréide. Achille est aussi beau et rayonnant que Patrocle est terne et dépourvu de charisme. Pourtant, une amitié fusionnelle se crée entre les deux jeunes gens, malgré leurs différences et l'opposition farouche de Thétis, qui ne voit pas d'un bon œil cette relation.

 

Après quelques années d'insouciance et de jeux, Achille et Patrocle sont envoyés sur le Mont Pélion, dans la demeure de centaure Chiron, afin d'y parfaire leur éducation. Ils y apprennent les rudiments de la chasse, de la médecine et de la botanique, et mènent une vie simple et agréable. Au fil des années, l'amitié indéfectible qui les lie évolue en véritable passion amoureuse et les deux garçons ont de plus en plus de mal à dissimuler leur idylle.

 

Mais un jour, Pélée les fait revenir à Phtie : Hélène, l'épouse de Ménélas, vient d'être enlevée par Pâris, un bellâtre troyen. Aussitôt, Agamemnon, frère de Ménélas, décide de mener une expédition contre Troie, et rassemble autour de lui tous les anciens prétendants d'Hélène, dont Patrocle fait partie. Achille envisage de participer à l'expédition, mais sa mère le met en garde : s'il se rend à Troie, il mourra au combat, mais connaîtra une gloire éternelle. S'il reste à Phtie, il vivra vieux, mais son nom sombrera dans l'oubli. Achille choisira-t-il de mourir en héros, ou cèdera-t-il aux prières de Patrocle, qui le supplie de ne pas partir ?

 

 

Achille et Patrocle. Deux noms associés depuis plus de deux mille ans, et dont la relation ambiguë a fait couler beaucoup d'encre. Avec un roman sur ce thème, le lecteur est en droit de redouter une paraphrase insipide d'Homère. Pourtant, on s'aperçoit vite qu'il n'en est rien, peut-être parce que l'auteur, professeur de lettres classiques, maîtrise réellement son sujet, et qu'elle propose un nouveau point de vue sur cette histoire hors du commun : non plus celui d'un narrateur externe et distancié comme pouvait l'être Homère, mais par le biais d'une focalisation interne, celui de Patrocle, victime collatérale du destin exceptionnel d'Achille.

 

De plus, Madeline Miller fait le choix de commencer son histoire dans l'enfance des deux guerriers, là où la tradition homérique nous présente habituellement Achille sous les traits d'un homme accompli, d'un guerrier aux pieds rapides, véritable terreur des Troyens, mais aussi des Grecs, lorsqu'il décide de ne plus combattre, outré qu'Agamemnon ait osé lui prendre une captive de guerre, Briséis. Au contraire de son illustre prédécesseur, Madeline Miller choisit de nous dévoiler plutôt la formation du héros que ses exploits guerriers, pratiquement laissés dans l'ombre, et centre véritablement son récit autour de la relation des deux garçons, qui intéressait bien peu Homère.

 

En retraçant l'enfance et l'adolescence d'Achille, elle fait découvrir aux lecteurs non familiers de l'Antiquité grecque plusieurs épisodes dont L'Iliade ne parlait pas, comme l'éducation du héros par le centaure Chiron ou son séjour sur la petite île de Scyros, où sa mère l'avait déguisé en jeune fille afin de le dissmuler aux yeux des Argiens en route pour Troie, et où l'ingéiosité légendaire d'Ulysse finira par le débusquer.

Porté par une écriture subtile et plaisante, ce récit redonne vie aux plus grands héros de la mythologie grecque : Agamemnon, roi borné et tyrannique qui n'hésite pas à sacrifier sa propre fille pour permettre aux bateaux de se rendre à Troie, Ménélas, brute épaisse, Ulysse, rusé et perfide, Nestor, sage et avisé, et bien sûr Achille, orgueilleux et au tempérament volcanique. Et même si l'on connaît la fin à l'avance, les multiples rebondissements et le dynamisme du récit maintiennent le lecteur dans l'incertitude, voire l'espérance : et si Madeline Miller réécrivait la fin de l'histoire, faisant mentir les oracles ?

 

Seul petit bémol : le traducteur est visiblement moins connaisseur de l'Antiquité que l'auteur, et conserve la forme anglaise "Pelides" pour désigner Achille, alors que la tradition française l'appelle généralement "Péléide". Pinaillage de puriste...

 

Voilà donc un roman puissant, magnétique, émouvant, documenté et pasionnant, qui donne envie de se replonger dans les épopées homériques, et qui montre que, plus de 2500 ans après sa composition, la relation particulière d'Achille et Patrocle n'a rien perdu de sa force et de son intérêt, à tel point que la célèbre formule de Montaigne "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" semble avoir été écrite sur mesure pour ces deux héros au destin brisé. 4.5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet
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commentaires

Aemilia 03/03/2016 23:25

Tu me donnes vraiment envie de lire ce livre (bon, je suis prof de LC, dès le titre j'étais déjà presque convaincue) ;)
Merci pour la découverte !

Elizabeth Bennet 04/03/2016 08:39

Ravie de t'avoir donné envie de le lire ! N'hésite pas à revenir me dire ce que tu en auras pensé ! ;)

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