À 18 ans, Marie est la reine du village : belle, élancée, gracieuse, elle fait tourner les têtes des garçons et suscite la jalousie des filles. Adulée pour sa perfection, elle se délecte de voir les mines envieuses de toutes celles qui ne lui arrivent pas à la cheville. D'ailleurs, contrairement aux jeunes filles de son âge, elle ne s'intéresse pas du tout aux garçons. Aux filles non plus d'ailleurs. Après tout, personne n'est assez bien pour elle.

     Personne, sauf peut-être Olivier, le fils du pharmacien, le plus beau garçon du village. À vrai dire, Marie n'éprouve pas vraiment d'attirance pour lui, mais puisque toutes les autres le convoitent et soupirent après lui, elle décide de le séduire, histoire d'affirmer une fois de plus sa supériorité sur les laiderons qui l'entourent. Évidemment, Olivier tombe immédiatement sous son charme, et le couple jouit aussitôt d'un prestige inégalable dans la ville.

     Mais à l'aube de ses vingt ans, Marie tombe malencontreusement enceinte. Et c'est bien une chute qui se profile pour elle : adieux ses idéaux, ses rêves de grandeur, ses aspirations à une notoriété nationale. Résignée, Marie abandonne ses études et épouse Olivier. Elle donne peu après naissance à la petite Diane, dont la beauté et la perfection éclipsent bientôt celles de sa mère.

    Marie, reine déchue, ne supporte pas d'être soudain supplantée par sa fille, et conçoit envers elle une jalousie maladive, aussi dévorante qu'implacable. Dès sa petite enfance, Diane doit faire preuve d'un courage et d'une abnégation sans faille pour faire face à cette mère au cœur de pierre...

 

    Un roman d'Amélie Nothomb, c'est un peu comme une bouteille de Beaujolais nouveau : ça sort tous les ans à la même période, les gens se l'arrachent dans les magasins ; on est plein d'espoir en l'ouvrant, et pourtant, chaque année, on est déçu.

   Voilà donc Nothomb lancée sur le thème très en vogue des relations toxiques, avec une mère rongée par la jalousie et une fillette précoce et pleine de mansuétude envers sa mère, à qui elle pardonne même, dans sa grande sagesse d'enfant de huit ans, de lui préférer son petit-frère, et surtout d'idolâtrer sa plus jeune sœur. Quelle grandeur d'âme ! Quelle lucidité pour cette enfant qui, dès sa naissance, a pris acte du désamour de sa mère ! C'est admirable, vraiment. Et pas du tout invraisemblable.

    Il faut dire aussi qu'en 160 pages, avec 3 bons centimètres de marge de chaque côté et une police d'écriture taille 16, Nothomb n'a pas le temps de développer ni d'approfondir, et tant pis si ça coince niveau crédibilité. Eh oui, les contraintes éditoriales étant ce qu'elles sont, il faut bien que le nouveau Nothomb, comme le Beaujolais nouveau, paraisse à la période prévue, pour la rentrée littéraire, même si cela doit se faire au détriment du style, de la profondeur et de l'originalité

    Les personnages, qui étaient auparavant la grande force de Nothomb par leur côté excessif ou atypique, sont ici manichéens, creux et forgés sans nuance : d'un côté les victimes, comme Diane, Célia ou la petite Mariel. De l'autre, les bourreaux, Marie et Olivia, mères toxiques et imbuvables (comme le Beaujol... bref). Entre les deux, une galerie de personnages inconsistants : les maris, Olivier et Stanislas (caricature du mathématicien qui cherche l'inspiration 18h par jour couché sur son lit, les yeux dans le vide), et Elizabeth, l'amie de Diane, dont le trait le plus marquant est d'avoir pour nom de famille "Deux", ce qui fait bien rire ses camarades. Quant à l'héroïne, Diane, elle ne suscite aucune compassion, et l'on a bien du mal à s'identifier à cette jeune femme qui dès le berceau avait compris, avec une lucidité inconcevable pour un nourrisson, que sa mère ne l'aimait pas, par pure jalousie.

    L'intrigue elle-même est improbable : comment admettre l'absence totale de réaction du mari, des parents, des professeurs devant la détresse de Diane et la relation manifestement anormale entre mère et fille ? Comment accepter le fait que Diane, à 15 ans à peine, quitte le domicile familial pour aller vivre chez une amie, avec la bénédiction de tout son entourage (situation que Nothomb avait d'ailleurs déjà mise en scène, avec aussi peu de crédibilité, dans le très mauvais Antéchrista) ? Comment croire enfin un seul instant que les professeurs de médecine tissent des relations amicales avec leurs étudiants, comme le fait Olivia, qui déjeune tous les jours à la brasserie du coin avec Diane ?

    Truffé d'incohérences, écrit dans un style d'une platitude sidérante, bien loin des fulgurances qu'on pouvait trouver dans les premiers romans de Nothomb, ce livre accumule les poncifs et tombe dans la psychologie de bas-étage en mettant en parallèle deux relations toxiques entre mère et fille, comme si Diane, après avoir vainement cherché en Olivia une mère de substitution, devenait elle-même une figure maternelle positive pour la petite Mariel en laquelle elle se reconnaît. Ne parlons même pas de la fin, abrupte et sans aucune vraisemblance, qui conclut ce roman par une queue de poisson grotesque, trait devenu d'ailleurs récurrent chez Nothomb.

      Frappe-toi le cœur est donc un roman dont on peut largement se dispenser, vu sa piètre qualité, ses invraisemblances et son traitement superficiel d'un thème déjà rebattu. Pour ceux qui voudraient tout de même se laisser tenter, ce roman présente un avantage non négligeable : il est vite lu et donc vite oublié. 1 étoile

Retrouvez aussi la critique d'Antéchrista, du même auteur.

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