Le mythe des Argonautes est l'un des plus anciens de la littérature. Le voyage de Jason, lancé avec ses compagnons dans une quête éminemment périlleuse - celle de la Toison d'or - imprègne toute notre culture occidentale, depuis la constitution de l'équipage (parmi les Argonautes, on trouve en effet le célèbre poète Orphée, mais aussi les jumeaux Castor et Pollux, ou encore Pélée, le père d'Achille) jusqu'au triomphe de Jason, rendu possible grâce à l'aide de Médée, cette jeune fille qui n'hésite pas à trahir les siens, allant même jusqu'à tuer et découper son frère en morceaux, par amour pour Jason.

      Ce mythe est aussi celui d'un jeune homme qui a osé, le premier, prendre la mer, s'élancer vers le large, dans une quête impossible, imposée par un usurpateur désireux de l'éloigner. Ce mythe, c'est celui d'un adolescent sans capacités particulières, ni force surhumaine, ni ruse exceptionnelle, mais qui devient un héros en acceptant d'affronter sa peur et de quitter les rivages protecteurs.

     Ce mythe, Andrea Marcolongo décide de lui consacrer un essai, dans lequel elle nous invite à repenser notre propre façon d'être, pour nous encourager à quitter la sécurité rassurante de nos rivages et à oser devenir des héros, en affrontant nos doutes et en surmontant nos faiblesses.

 

     Depuis la parution de son livre La Langue géniale, qui célébrait les beautés du grec ancien, Andrea Marcolongo a acquis une certaine notoriété dans le monde littéraire. Avec ce deuxième ouvrage, superbement édité par les Belles lettres, et plus personnel, elle s'attaque à l'un des mythes les plus connus de la mythologie grecque, mythe sur lequel elle souhaite apporter un regard nouveau, en le faisant résonner avec le monde contemporain.

    Sur le papier, l'idée est plutôt intéressante, même si elle traduit une conception de l'Antiquité de plus en plus répandue, et qui consiste finalement à n'y trouver d'intérêt qu'en la mettant en relation avec le monde actuel, comme si l'étrangeté, la distance entre ces deux époques devait à tout prix être abolie, comme si l'Antiquité ne pouvait plus être lue pour elle-même, pour apprécier son exotisme et son écart, sa dissonance, précisément, avec notre présent.

     Le problème majeur de ce livre est qu'il s'agit d'un ouvrage hybride qui, à force de toucher à tous les genres, en devient totalement indigeste : on passe ainsi, d'un paragraphe à l'autre, d'une sorte de glose savante mais pas inintéressante des Argonautiques d'Apollonios de Rhodes (épopée datant du IIIe siècle avant J.-C. et racontant les exploits de Jason et de ses compagnons), à des réflexions d'une naïveté et d'une platitude sidérante sur la société contemporaine, avec des considérations déjà éculées sur l'individualisme, l'addiction aux réseaux sociaux, le culte de la performance, le conformisme...

     Ces remarques sans aucun intérêt, sans aucune profondeur ni originalité, sont émaillées de certitudes horripilantes, constituant autant d'aphorismes dont la forme ciselée masque souvent la vacuité. À la longue, on a parfois plus l'impression de lire un ouvrage de développement personnel comme les éditeurs en publient à la chaine, qu'une analyse érudite de l'un des plus grands mythes grecs. C'est dommage, car les quelques passages où Andrea Marcolongo se livre à des digressions sur l'étymologie sont passionnants et riches d'enseignements, mais dès que la pensée semble s'élever un peu, elle retombe lamentablement dans l'anecdote personnelle ou, pire, la réflexion dont le style ampoulé et prétentieux dissimule mal la platitude.

     Finalement, le véritable héros, c'est peut-être celui qui arrive au bout de ce livre, dont la lecture est une réelle épreuve. Amoureux du grec et du latin, allez plutôt relire les ouvrages de Vernant, Vidal-Naquet, Veyne et de Romilly, qui n'ont pas pris une ride et sont bien plus riches et intéressants que ce médiocre pensum, qui ne fait que surfer sur l'intérêt actuel de certains lecteurs, nostalgiques des langues anciennes, pour les ouvrages de vulgarisation linguistique. 1.5 étoile

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci aux éditions des Belles lettres et à Babelio.

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