Tout le monde connaît, dans les grandes lignes, l'histoire de Marie Stuart, reine déchue 😉 d’Écosse, férue de poésie et de musique, reine à l’âge de 6 jours, mariée à 17 ans, veuve à 18, et dont la vie n’a été qu’une suite de malheurs, jusqu’à son exécution en 1587, après vingt ans de captivité, sur l’ordre de la reine Élisabeth Ire, son éternelle rivale.

     Près de cinq siècles après sa mort, elle continue à fasciner par sa force de caractère, son âme passionnée et exaltée... et sa propension à faire systématiquement les mauvais choix : Marie Stuart n’a cessé, toute sa vie durant, de forger son propre malheur, en s’entourant des mauvaises personnes, en ne saisissant pas certaines opportunités qui s’offraient à elle, en s’obstinant aussi, par orgueil et par égoïsme.

    Stefan Zweig nous propose de revivre le destin tragique de cette reine flamboyante, fière de son rang quasi divin mais prête à tout, même au crime, par amour...

 

 

    Écrivain autrichien prolifique, Stefan Zweig se lance, après celles de Fouché et de Marie-Antoinette, dans une nouvelle biographie dont lui seul a le secret, mélange de faits historiques et de fiction, en s’appuyant sur une documentation riche et variée.

     Il nous plonge avec brio au cœur de la fin du XVIe siècle, cette époque où l’Europe est plus divisée que jamais, notamment autour des questions religieuses, et où chaque nation d’envergure (France, Espagne, Angleterre) manœuvre en sous-main contre les autres afin d’asseoir son pouvoir sur le monde.

    Zweig, avec son style ciselé, parvient à faire revivre deux des plus grandes souveraines de l’époque, Marie Stuart la catholique et Elisabeth la protestante, l’une sensuelle et exaltée, l’autre froide et cérébrale. Leur affrontement, qui dure pendant près de quarante ans, est retranscrit à merveille, dans sa complexité et ses enjeux. Paradoxe ultime : c’est bien cette rivalité qui occupe la majeure partie du livre, ce qui peut surprendre quand on sait que les deux femmes, issues qui plus est de la même famille (elles sont cousines éloignées), ne se sont en fait jamais rencontrées, ce qui rend finalement la lutte d’autant plus intéressante.

    Néanmoins, la propension de Zweig à faire de la psychologie de comptoir pour expliquer les moindres décisions des deux reines, et surtout sa misogynie crasse, deviennent véritablement exaspérantes. Le pompon est atteint lorsqu’il explique doctement et avec un enthousiasme non dissimulé que le viol commis par Bothwell sur Marie Stuart aurait enfin fait découvrir à la jeune reine les plaisirs de la chair, ou encore lorsqu’il attribue à une malformation gynécologique (jamais démontrée) le comportement insolite de la Reine Vierge avec les hommes. De même, Zweig ne cesse de ramener son héroïne à son statut de femme, en y rattachant toutes sortes de défauts : haine, fourberie, orgueil, dissimulation... Alors certes, le féminisme moderne n’en était qu’à ses balbutiements à l’époque de l’auteur, mais tout de même !

     Autre point négatif, Zweig fait œuvre de romancier plus que d’historien : il prend nettement le parti de Marie Stuart contre Elisabeth, dont il fait un portrait absolument détestable, la présentant comme une femme hypocrite, caractérielle, perpétuellement indécise. Ce manque d’objectivité, ainsi que les nombreuses longueurs (la fin est absolument interminable !) rendent la lecture fastidieuse.

    En somme, si cette biographie romancée présente un intérêt historique évident, elle peine à susciter l’adhésion du lecteur, par sa partialité agaçante et son rythme peu soutenu.   1.5 étoile

 

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