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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 21:04

Japon, 1984. Une jeune femme, en retard pour un rendez-vous, descend d'un taxi coincé dans les embouteillages sur l'autoroute. Elle s'appelle Aomamé, un nom qui lui a valu bien des brimades à l'école, car il signifie "haricot de soja". Mais aujourd'hui, Aomamé est bien loin de ces humiliations qu'elle subissait en classe : elle est devenue professeur d'arts martiaux le jour et tueuse professionnelle la nuit. Sa mission : exécuter froidement, selon une technique indétectable qu'elle est la seule à maîtriser, les hommes coupables de violences conjugales. Elle-même se considère plutôt comme une célibataire endurcie, se contentant de temps à autre de relations d'un soir, mais en réalité, elle est hantée par le souvenir de son premier amour, un garçon qui, à l'école, l'a défendue devant les autres élèves, et à qui, l'espace d'un instant, elle a tenu la main. Ce garçon, c'est Tengo, professeur de maths dans une école préparatoire et écrivain en devenir, à qui un éditeur a demandé de réécrire un roman atypique : celui d'une étrange jeune fille échappée d'une secte encore plus mystérieuse, Les Précurseurs. Les destins de ces deux jeunes gens sont intimement liés, bien qu'ils n'en aient pas encore conscience. Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'ils ne se retrouvent, dans le monde réel ou dans celui, un peu modifié, de 1Q84...

 

Véritable phénomène mondial dès sa parution, ce roman de Murakami, sans doute le plus ambitieux de ses ouvrages, fascine tout autant qu'il intrigue. Avec son titre inspiré du chef-d'œuvre de George Orwell, mais légèrement modifié (selon un jeu de mots intraduisible, puisque le chiffre 9, en japonais, se prononce "kyü"), il nous entraîne une fois de plus dans1Q84_1.jpg un univers décalé, où la réalité subit la même torsion que celle qu'il a imposée au titre de l'ouvrage. Mais la grande originalité du livre de Murakami est qu'il s'agit d'un roman d'anticipation dans le passé, un peu à la manière de K. Dick dans Le Maître du haut château. Selon un procédé déjà employé dans l'extraordinaire Kafka sur le rivage, l'auteur consacre alternativement chaque chapitre à l'un de ses deux héros, tissant peu à peu les fils qui les relieront sans doute un jour. Dès les premières pages, le lecteur est happé par la puissance de l'intrigue et du style, moins poétique que d'habitude mais tout aussi agréable et épuré. Dans cette œuvre placée sous le signe de la dualité (deux mondes parallèles, deux héros présentant eux-mêmes deux facettes, deux lunes...), tout semble propice au mystère et au suspense, à commencer par le fameux roman que Tengo doit réécrire, et dont on ne sait finalement presque rien, alors même qu'il semble envahir progressivement la réalité. L'autre grande force de Murakami est son intérêt pour les problèmes de société les plus durs, des sectes à la pédophilie en passant par la violence extrême, l'intégrisme et, en général, la perte des valeurs. Certes, l'ensemble est un peu long, notamment en raison de scènes de sexe à l'intérêt discutable et à l'écriture souvent maladroite, artificielle et risible, mais il s'agit d'une œuvre tellement originale que ce reproche est bien léger face à l'ampleur et à la profondeur du monde dans lequel nous entraîne Murakami. Un très bon premier volume, qui donne envie de prolonger le voyage dans l'univers onirique de 1Q84... tome 2. 3,5 étoiles

 

Découvrez aussi Kafka sur le rivage et Après le tremblement de terre, de H. Murakami

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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maxou 29/10/2012 22:58

J'ai pas encore lu assez pour donner un avis définitif, mais pour l'instant ce que j'ai lu m'a énormément plu.
Pour ce qui est de l'écriture maladroite, je le mettrais plus sur le coup de la traduction. Il me semble que le japonais est une langue très différente du français (en la connaissant un petit peu
la langue) et malheureusement ces erreurs sont un mal nécessaire. Le résultat doit surement être différent en langue originale.
En tout cas même si je suis sous le charme, je suis d'accord pour dire qu'il m'embale moins que kafka sur le rivage.

Elizabeth Bennet 30/10/2012 09:43



Je suis assez d'accord, pour moi les maladresses viennent de la difficulté de la traduction (surtout que les romans de Murakami étaient auparavant publiés chez un autre éditeur, donc il est
possible que le traducteur soit moins accoutumé à l'écriture de Murakami). C'est vrai que j'ai préféré Kafka sur le rivage, mais pour
l'instant j'ai beaucoup aimé ce premier volume. A suivre avec la critique du 2 !


Murakamiment vôtre,


EB



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