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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 19:26

2052. La Terre vient de disparaître sous les eaux, quarante ans après le début des gigantesques inondations qui ont ravagé le monde entier. Sur la planète, ne demeurent que quelques survivants, réfugiés sur des radeaux de fortune. Désormais, plus personne ou presque ne croit à une éventuelle décrue, et la fin du monde se profile à l'horizon.

Quelques années plus tôt, alors que la Terre était peu à peu engloutie par les eaux, le gouvernement américain s'est lancé dans un projet fou : construire un vaisseau spatial chargé d'emmener une poignée d'individus sur une autre planète, où ils pourront perpétuer l'espèce humaine.

Les obstacles au projet, qu'ils soient scientifiques ou matériels, étaient de taille. Pourtant, et contre toute attente, la navette a fini par quitter la Terre en 2048, emportant à son bord près de quatre-vingt personnes.

Mais dès les premières heures de cohabitation, des tensions apparaissent au sein de l'équipage : juste avant le décollage, des passagers clandestins réussissent à monter à bord, à la place d'astronautes chevronnés et entraînés toute leur vie durant pour cette mission. D'emblée, l'équilibre du vaisseau est menacé, et avec lui, les chances de survie de l'humanité.

D'autant que le plus difficile reste à venir : les scientifiques n'ont pu trouver, avant le décollage de l'Arche, de planète propice à accueillir les naufragés du ciel. Partis pour un voyage d'au moins trente ans, ces derniers doivent encore déterminer quelle sera la nouvelle Terre. Enfin, si le vaisseau parvient à retrouver un semblant d'harmonie...

 

Si Déluge était le roman de l'exode perpétuel et du crépuscule de l'humanité, Arche est celui d'une nouvelle aube. Centré sur une nouvelle galerie de personnages, issus de la génération qui n'a connu que le déluge, donc bien différents de ceux du premier volume, par leur expérience comme par leurs aspirations, Arche nous plonge, dès les premières pages, dans arche.jpgl'urgence de la situation : l'Amérique n'a que quelques années pour construire un vaisseau capable de voyager aux confins du système solaire à la vitesse de la lumière, et pour choisir un équipage suffisamment jeune et diversifié pour assurer la pérennité de l'espèce une fois à bon port, c'est-à-dire pas avant trente ans, au bas mot.

Ces nouveaux héros sont particulièrement fouillés et ambivalents : défendant chacun des intérêts différents, selon leur appartenance à l'équipage initial ou aux clandestins, tous mettent en danger la réussite de la mission, par leur égoïsme ou leur soif de pouvoir. Même l'héroïne dont nous adoptons le point de vue, Holle Groundwater, est souvent agaçante : arrogante, donneuse de leçons, manipulatrice, elle ne vaut parfois guère mieux que ses camarades, dont elle dénonce pourtant le comportement. Quant aux personnages secondaires, ils sont eux aussi, cette fois, plutôt soignés et ne tombent pas dans le stéréotype ou la caricature, faisant montre d'une psychologie finement travaillée.

Mais la grande force de Baxter, outre la solide documentation scientifique sur laquelle il s'appuie, est de réussir à nous faire percevoir, avec une finesse remarquable, les enjeux cruciaux de cette vie à huis clos : avec quatre-vingts personnes enfermées pour plusieurs dizaines d'années dans une grosse boîte de conserve, les problèmes sont nombreux et variés (ravitaillement en eau et en nourriture, gestion des déchets, renouvellement de l'oxygène, mesures de sécurité, défaillances techniques, contrebande, mais aussi rivalités amoureuses et commérages en tout genre). Sans parler des enfants nés à bord qui, entraînés dans les délires d'un schizophrène non diagnostiqué, se croient enfermés dans un studio de télé-réalité. Et lorsqu'ils se mettent à élaborer des stratégies pour en sortir de force, ils sont loin d'imaginer qu'ils risquent de condamner tout l'équipage à une mort certaine.

C'est là aussi un atout majeur de ce roman : le suspense permanent, savamment entretenu par de nombreux rebondissements, dus à des événements imprévus ou à la folie qui semble s'emparer, doucement mais sûrement, de cet équipage livré à lui-même, chargé de perpétuer l'espèce et qui, paradoxalement, perd chaque jour un peu de son humanité.

En somme, Stephen Baxter a réussi à égaler, voire à surpasser Déluge, en nous proposant un roman davantage orienté vers la hard SF que le premier, mais tout aussi passionnant et encore plus subtil dans la construction de ses personnages et de son intrigue. Magistral d'un bout à l'autre, Arche confirme le talent de Baxter, qui s'inscrit décidément parmi les grands auteurs de science-fiction.    4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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