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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 09:54
Benjamin Malaussène, à la tête d'une petite famille de demi-frères et demi-soeurs aimablement laissés par sa mère, a un drôle de métier : il est bouc émissaire au service des Réclamations dans un grand magasin. Son rôle est d'apitoyer les clients mécontents pour trouver un arrangement à l'amiable et éviter des procès à l'entreprise. Un soir, à la veille de Noël, une bombe explose au rayons jouets, tuant sur le coup un garagiste sans enfants. Les semaines passent, une autre bombe explose, au rayon pulls cette fois ; puis une troisième, près du photomaton. A chaque fois, Malaussène est dans les parages, et tous les soupçons se portent sur lui dans cette vague d'attentats aveugles. Mais s'il n'y avait que cela ! Car Malaussène, en plus de ses ennuis au boulot, doit veiller sur toute sa tribu d'enfants terribles : la douce Clara, qui met de la distance entre le monde et elle par le biais de son appareil photo qu'elle a toujours à la main, Thérèse, l'extralucide, qui s'intéresse beaucoup au thème astral des victimes, Louna, enceinte de jumeaux jusqu'au cou, mais qui voudrait se faire avorter, Jérémy, le savant fou, très curieux mais qui n'hésite pas à confectionner des bombes artisanales au risque de faire exploser son collège, le Petit, encore à la maternelle, mais qui inquiète beaucoup ses enseignants depuis qu'il s'est mis à dessiner des "Ogres Noël"... Le tout sous les yeux de Julius, le chien épileptique et à l'odeur épouvantable, et de tante Julia, journaliste sensuelle et volcanique, et sur fond de misère sociale avec la foule de petits vieux à moitié séniles qui viennent bricoler à l'oeil dans le grand magasin... Un vrai cirque !
 
ogres.jpg
Avec ce premier tome des aventures de Malaussène, Pennac nous plonge dans un univers loufoque, où l'humour n'est jamais loin du pathétique voire du tragique (la référence à Zola n'est peut-être pas limitée au titre du roman). Les personnages sont extrêmement attachants, et on leur pardonne aisément leur léger défaut de crédibilité (les enfants sont très matures et ont un sens de la repartie remarquablement développé pour leur âge !). L'intrigue, construite comme celle d'un roman policier, est parfaitement menée, avec une dose d'occultisme pour faire frissonner le lecteur un peu blasé par le sujet "atrocités de la Seconde Guerre Mondiale". Le style est d'une vivacité surprenante, avec des trouvailles de vocabulaire délicieuses, et des remarques d'un cynisme tordant de la part du héros. Ce roman vous donne le sourire pour toute la journée, en dépit de son sujet un peu grave en apparence. Car Pennac sait mettre de la poésie partout, même dans le trivial, le quotidien, l'inintéressant. Sous sa plume, les personnages prennent vie et nous emmènent, pour notre plus grand bonheur, dans leurs tribulations burlesques. Du grand art, souvent décrié parce que trop "populaire" (quel qualificatif stupide...), et pourtant Daniel Pennac a bien sa place au sein du cercle très fermé des grands auteurs français contemporains, n'en déplaise aux Académiciens qui, malgré tout le respect que je leur porte, font plus de mal à la littérature qu'autre chose. Alors ne boudons pas notre plaisir et dévorons ce roman qui, je l'espère, vous donnera, autant qu'à moi, l'envie de lire les autres tomes de la série "Malaussène" !

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Luna 05/06/2011 10:48


Au bonheur des ogres est vraiment une très agréable surprise pour moi : je ne connaissais pas du tout l'univers de Daniel Pennac et je suis absolument conquise !
J'aime beaucoup le ton de la fatalité et légèrement cynique qu'il emploie. Sans compter que les personnages sont dans cette ligné : Ben est vraiment de mauvaise fois, surtout quand il s'agit de
tante Julia !
C'est vraiment un livre très agréable et d'une simplicité comme on n'en trouve plus et c'est ça que j'aime. L'auteur ne se cache pas derrière ses mots et c'est drôlement agréable... J'espère que je
vais avoir bientôt l'occasion de découvrir la suite !

D'ailleurs, si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


AnB 02/01/2010 17:33


Une pareille critique ne peut donner qu'envie de découvrir le livre de Pennac !
J'apprécie le rapport Pennac/Zola dont je garde un bon souvenir de son roman.
Le côté loufoque décrit et les personnages présentés m'attirent. Je prends note au coin de la tête.
Un bon début d'année.

Au plaisir de repasser par chez vous !


Allan Dustry 23/12/2009 22:22


Ma chère Elizabeth, je regrette de devoir vous faire part de mon profond désaccord, et ce sur deux points: d'abord, je voue le plus grand respect aux Immortels, et il m'importe que, en ces époques
troublées, l'on conserve quelque dévotion aux quelques illustres institutions qui nous distinguent encore d'une entière barbarie. Ensuite, parce que ce roman de Pennac m'a profondément ennuyé, et
que je n'ai pas eu plus envie que ça de lire la suite des aventures de Malaussène.
J'attends avec impatience vos critiques de Yukio Mishima! En voilà un écrivain, ça, oui!

Bien à vous,
Allan


Elizabeth Bennet 28/12/2009 10:09


Mon cher Allan, permettez moi de rester sur mes positions : pour moi, tous ces vieux fossiles déguisés en sapin de Noël ne sont d'aucune utilité, pas même la défense de la langue française, étant
donné le peu de recommandations qu'ils donnent chaque année et l'état d'avancement de leur célèbre dictionnaire, d'autant qu'ils ne sont pas tous lettrés. Cette institution me semble complètement
démodée et peu brillante, et il serait peut-être bon de leur rendre une certaine vigueur !
Ensuite, je ne dénie point à Pennac le nom d'écrivain, car ce n'est pas parce qu'il n'écrit pas comme Mishima qu'il ne fait pas oeuvre littéraire, et heureusement, c'est ce qui fait pour moi la
richesse du monde des livres.
Au plaisir de lire vos prochains commentaires,

EB 


Mark Darcy 22/12/2009 23:09


Eh bien très chère. Voilà que vous vous prenez aux académiciens, eux qui veillent sur notre belle langue française. Comme ça, sans raison. D'accord, ils ne servent à rien. Mais ces braves tiges
creuses qui s'exhibent dans cet affligeant gérontodrome quai Conti(merci Pierre...) ne sont pas si nuisibles après tout, qui les prend au sérieux?
Je trouve inadmettable que ce blog vous serve de prétexte pour critiquer nos belles institutions littéraires, et les lauréats des plus grands prix littéraires français!
Sinon je vous remercie de me donner encore un peu de lecture.
Bonnes fêtes (décidément...)
Mark


Elizabeth Bennet 23/12/2009 10:16


Cher Mark,
Et si vous relisiez mon article ? Lorsque je parle de vieillards presque séniles, cela peut s'appliquer également aux Immortels ! D'ailleurs, je ne m'explique pas que notre Monarque absolu, du haut
de son trône doré, n'ait pas encore sacrifié, au nom de la sacro-sainte productivité à tout prix, ce cénacle de grabataires, qui je vous le rappelle n'avance que d'une ou deux lettres par an son
dictionnaire ! 
Et soyez gentil, cessez de m'importuner avec vos prix littéraires, vous savez parfaitement ce que j'en pense, ô tempora, ô mores, où êtes-vous, Romain Gary-Emile Ajar, Beckett, Proust, Julien
Gracq, Michel Tournier, Modiano, et tant d'autres ?
Nowelement vôtre,

EB 


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