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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 21:45

Ce roman s'ouvre le 23 août 1572, à la veille de la Saint-Barthélémy, alors que Catherine de Médicis et son fils Henri d'Anjou, futur Henri III, et de nombreux conseillers, persuadent Charles IX, le souverain, âgé de vingt-deux ans, d'autoriser le massacre de tous les chefs protestants, juste après une tentative d'attentat manquée contre Gaspard de Coligny, un noble connu pour son attachement à la Réforme. Le monarque, d'abord réticent, finit par signer l'ordre royal autorisant le massacre, à la condition d'épargner son médecin, Ambroise Paré, sa nourrice huguenote, son beau-frère Henri de Navarre, futur Henri IV, et quelques autres nobles protestants. Mais alors que sa mère, son frère et tous les autres conseillers lui avaient annoncé quelques centaines de morts tout au plus, Charles IX découvre effaré que ce sont plusieurs milliers de protestants qui ont péri, dans la nuit du 23 au 24 août, ou dans les jours qui ont suivi. Aussitôt, il prend des mesures pour arrêter le massacre, mais le mal est fait, et la Saint-Barthélémy se poursuit plusieurs jours durant en Province. Le monarque semble alors plonger lentement mais inexorablement dans la folie, se mettant à chasser le cerf au beau milieu du Louvre ou à tirer à l'arbalète sur les servantes et espionnes de sa mère lorsqu'elles se cachent derrière les tapisseries pour épier ses faits et gestes. Mais sa folie le conduit également à prendre des initiatives désastreuses, pensant racheter sa faute envers le peuple et envers Dieu : le voilà qui forge de la fausse monnaie pour renflouer les caisses de l'Etat, ou offre au peuple affamé des brins de muguet censés leur porter bonheur, mais qui causent une hécatombe chez ceux qui ont essayé de se nourrir de la fleur mortelle. Haï de tous, menacé par les complots de ses proches, Charles IX n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même, et une ombre sanglante, qui, atteinte d'hématidrose, se met à suer du sang par tous les pores de sa peau...

 

Disons-le d'emblée, ce roman est une biographie très romancée du souverain, certes documentée, mais qui ne saurait prétendre à l'exactitude d'un ouvrage historique véritable. Ne serait-ce que par son titre, délicieusement décadent, on voit que Jean Teulé ne s'est pas fixé pour but de raconter le règne réel de ce souverain méconnu, assimilé par la postérité à un Néron sanguinaire. Les approximations, voire les déformations historiques sont légion, notamment en ce qui concerne l'implication de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélémy : alors qu'elle a longtemps été considérée charly.jpgcomme l'instigatrice de la tuerie, aidée de son fils Henri, il est apparu qu'elle avait en réalité probablement joué davantage un rôle de médiatrice entre les deux religions, tentant d'apaiser les tensions au lieu de les exacerber. Néanmoins, s'il a le mérite de décaper un peu l'Histoire (sans doute jugée poussiéreuse par un auteur qui ne s'embarrasse pas de subtilités), ce roman se révèle très rapidement décevant : les personnages sont affreusement caricaturaux, entre un Charles IX complètement dépassé par les événements et ne pensant qu'à chasser et à honorer sa femme ou sa maîtresse, une Catherine de Médicis castratrice et volontiers cabaleuse, un Henri d'Anjou grande folle à la limite du travesti de la place Clichy, perpétuellement recouvert de dentelles, de maquillage et de frous-frous, ou encore un Henri de Navarre paillard, grossier et répugnant. Seuls les personnages secondaires sont relativement épargnés par cette déformation, et l'on regrette que Ronsard ou Ambroise Paré soient si peu présents dans l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs bien mince, et l'on se demande si Jean Teulé a lui-même écrit son roman dans un TGV tant l'ouvrage se prête bien à une lecture en 2h à peine. Autant dire que le style est fort peu soigné (et c'est une litote !), mélangeant allègrement les anachronismes et faisant voisiner des tournures argotiques ou familières du XXe siècle (quelle horreur que ce "Ben" qui commence chaque réplique de dialogue, sans doute pour le rendre plus vivant...) avec des expressions directement tirées de Rabelais. Ce mélange, loin d'être harmonieux, est de plus agaçant, artificiel et n'apporte absolument rien au roman : Jean Teulé se veut subversif et iconoclaste, mais faire jurer Charles IX comme un charretier n'est pas dépoussiérer l'Histoire, simplement la massacrer. Si encore l'humour et les situations saugrenues rattrapaient l'ensemble, mais ce n'est souvent qu'une succession de gags sans grand intérêt. Une grosse déception que cette version de "L'Histoire pour les Nuls" à la sauce démago.   1,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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