Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 13:36

"Il était une fois un prince beau comme le jour. Il vivait entre son chien et son cheval à l'orée d'un bois, dans un château aux murs gris et au toit mauve [...]. Il vivait solitaire et cette solitude affligeait ses jeunes ans. Une nuit qu'il passait à flâner dans on parc, alors que la lune, sa douce et souriante compagne (je croyais qu'il était seul) caressait d'un tendre regard (septembre comme du poulet) les sommets des grands arbres agités par une brise tiède et embaumée (merde ! qu'il cause bien), il se prit à penser que la vie est amère quand il n'y a pas de sucre au fond. Une grande résolution s'empara de son coeur : "Partir : (c'est mourir un peu)"." Tels sont les premiers mots de ce conte loufoque qui mêle ingrédients traditionnels du genre (le prince charmant, son fidèle destrier et son acolyte, les princesses, les fées, les grottes magiques, les multiples combats à l'épée, les coffres au trésor...) et éléments tout à fait saugrenus (des scarabées qui parlent, des gnomes qui enlèvent des humains, des sorcières qui font du trafic de sucre...), pour le plus grand plaisir des petits et (surtout) des grands. Joseph, le prince charmant, parviendra-t-il au bout de ses nombreuses quêtes, résoudra-t-il les énigmes qui lui seront proposées, réussira-t-il à épouser une magnifique princesse, comme dans les autres contes ? De péripéties en rebondissements, cette aventure ne sera en tout cas pas pour lui de tout repos...

 

Inauguration du cycle Boris Vian avec cette oeuvre de jeunesse rédigée pour amuser son épouse convalescente. Des décennies avant les scénaristes de Dream Works et autres, Vian avait imaginé ce pastiche de conte de fées, mêlant tous les registres de langage, du plus soutenu au plus ordurier, tous les styles (du calembour à la poésie en passant par une écriture digne de Montaigne, orthographe comprise) et tous les clichés du conte de fées, qu'il réinterprète joyeusement et parodie avec talent. Un livre très court (même présenté avec sa variante et son projet de suite) mais jubilatoire, où chaque phrase se termine dans un grand éclat de riconte.jpgr e de l'auteur et du lecteur. On ne se prend pas au sérieux, et c'est ce qui fait tout le sel de ce conte de fées revisité, où les palefrois parlent et jouent, pour notre plus grand plaisir, à faire l'âne, où les princes charmants et leurs amis sont plus stupides les uns que les autres, où les sortilèges se font et se défont à vitesse grand V, où l'on goûte tout le piquant de la langue française grâce à des jeux de mots en pagaille ("il fut bien heureux et bien aise de rencontrer un limaçon (de cloche) (merle) (un l'enchanteur)", "On a gagné le grelot"...), le tout saupoudré d'un humour caustique permanent. Fous rires garantis (attention aux personnes qui tenteraient de le lire dans les transports en commun). C'est tellement drôle, tellement improbable et tellement bien écrit qu'on aimerait qu'il ne finisse jamais, tant les aventures de Joseph, de son ami Barthélémy et de son palefroi sont passionnantes. et amusantes Une oeuvre de jeunesse certes, mais quelle oeuvre ! Quel talent déjà sensible dans ces lignes ! L'absurde, l'illogisme, la stupidité dans toute sa splendeur ont enfin leur place dans la littérature grâce ce conte à l'égal des plus grands. Quoi qu'il en soit, nul doute qu'avec cette véritable perle d'humour et de cynisme, la convalescence de Mme Vian s'en est trouvée plus agréable.  Au nom de toutes les moyennes personnes qui ont découvert ou découvriront ce conte, merci, M. Vian.    4,5 étoiles

Partager cet article

Repost 0
Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
commenter cet article

commentaires

Christophe G. 06/01/2011 11:18


Ah, le grand, le beau Vian... Je ne sais pas si il sentait bon le sable chaud mais j'adoooore cet auteur. Ce texte "J'aimerais pas crever" me laisse toujours un sentiment confus. J'avais lu "Le
dîner des généraux" il y a peu, et la couverture de ce livre me fait furieusement penser à ça. Merci de l'avoir déterré pour son plus grand bonheur, je l'entends parfois jouer de la trompette à
l'étage du haut et il fait toujours plus calme quand il sort le Vian :D


soko 14/12/2010 22:33


Boris Vian : j'adore ces jeux de langue, cette intelligence à toute vitesse. Ca existe aussi en chansons : apologie des petits ustensiles ménagers, Boris Vian, Bobby Lapointe... C'est tout un
esprit !
J'aime beaucoup vos points de lecture.
Soko


Présentation

  • : Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • : Entrez dans le monde des lettres ! Un blog entièrement dédié à la littérature, avec de nombreuses critiques, personnelles et argumentées.
  • Contact

Retrouvez moi sur :

Mon profil sur Babelio.com
et sur
 

Recherche