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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 16:23

Le narrateur, qui se présente comme un chasseur, découvre un jour par hasard, dans un sanctuaire de l'île de Lesbos, un tableau représentant une allégorie de l'Amour. Après s'être fait expliquer le contenu du tableau par un guide local, il entreprend de composer un récit destiné à illustrer cette histoire, celle de Daphnis et Chloé. Tous deux ont été exposés à leur naissance, comme dans de nombreux mythes grecs, et ont été recueillis, nourris et élevés respectivement par une chèvre et une brebis, puis, grâce à l'aide de Pan et des Nymphes, qui veillent sans cesse sur eux, par deux familles de bergers. Daphnis garde ses chèvres, Chloé ses brebis, et les deux enfants grandissent ensemble dans l'amitié et l'innocence la plus sincère, sans rien connaître des mystères entourant leur naissance, qui ne leur seront dévoilés que bien plus tard, comme le veut la tradition littéraire. Peu à peu, poussés l'un vers l'autre par les dieux et le destin, ils voient leur attirance l'un pour l'autre grandir jour après jour, mais ignorent pour l'instant tout de l'amour qui les unit. Au hasard d'un baiser échangé sous un arbre, d'un bain pris ensemble dans une source, d'une promenade dans les pâturages, ils se découvrent peu à peu, mais n'osent encore rien se dire du bouleversement qui les affecte, et des sentiments qu'ils sentent naître et croître dans leur coeur. Or, un autre pâtre a jeté son dévolu sur la belle Chloé, et est bien résolu à l'épouser, quitte à devoir pour cela tuer Daphnis, qui ne sait encore rien du danger qui le guette...

 

Oeuvre majeure de la littérature grecque, Daphnis et Chloé est sans doute le plus beau roman pastoral jamais daphniscomposé. Ecrite entre le IIe et le IIIe siècle de notre ère, cette histoire d'amour entre un pâtre et une bergère, que les dieux ont choisi de réunir, malgré les nombreux obstacles qui vont tenter de les séparer (rivaux, familles, et même guerres et enlèvements perpétrés par des pirates), n'a presque rien perdu de son charme et de sa fraîcheur. Dans un cadre bucolique proche de celui des Idylles de Théocrite, Longus décrit l'amour de deux êtres attachants de naïveté et de candeur, irrésistiblement attirés l'un vers l'autre par la volonté des dieux, Pan en tête. Bien sûr, les conventions littéraires, et en particulier romanesques, ont beaucoup évolué depuis l'écriture de Daphnis et ChDaphnis Chloe Cortot Louvre CC171loé, et pourtant, si l'on se prête au jeu des histoires de bergers, des chants accompagnés de syrinx, des journées passées à faire paître le troupeau, aux invraisemblances du récit, au merveilleux qu'on peut sentir poindre par moments, et surtout à l'ironie du narrateur, perceptible en filigrane et qui permet à ce récit de se distinguer des autres romans grecs, alors on se laisse emporter par la beauté de cette histoire d'amour immortelle, qui a inspiré tant de peintres, de sculpteurs, de musiciens, et bien sûr d'écrivains, Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie), Colette (Le Blé en herbe) ou encore Mishima (Le Tumulte des flots), pour ne citer qu'eux. Un chef-d'oeuvre de poésie, de légèreté et de grâce, plutôt bien rendu par la traduction (qui n'égale toutefois pas, selon moi, celle de Grimal), qui tente de restituer la tonalité du texte grec sans trop l'alourdir par une abondance de notes érudites, et qui permettra sans doute à beaucoup de lecteurs de se familiariser avec la littérature antique, souvent considérée comme trop touffue, difficile à comprendre et à lire en dehors des oeuvres majeures que sont l'Iliade, l'Odyssée et l'Enéide, et que j'encourage par ailleurs vivement à (re)découvrir. En somme, un roman magnifique, qui, près de vingt siècles après sa composition, reste toujours aussi sublime, tout en justesse et en subtilité, et qui, je l'espère, ne laissera aucun lecteur indifférent. 4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Alvarez Sophie 02/05/2010 23:08


Sans fayotage aucun, cet article me donne envie de lire ce livre. C'est là le talent d'EB. Des lectures de qualité, des critiques pertinentes... Allan ne vous y trompez pas : je suis sûre que Mark
n'a rien à caresser dans le sens du poil ! Flatterie n'y est pour rien.
Soko


Elizabeth Bennet 03/05/2010 10:44



Merci, ma chère Soko, pour tous ces compliments, et pour cette tentative (légèrement avortée) de ramener la discussion au sujet qui nous occupe, et qui n'est pas, contrairement à ce qu'on
pourrait croire, le patrimoine génétiquement touffu de telle ou telle personne ici présente (même si certains devraient plus se sentir visés que d'autres !).


En tout cas, cette avalanche de commentaires fait monter le niveau de mon blog, et pour moi, c'est au poil !


EB



Allan Dustry 02/05/2010 14:34


Les mots de Mark ont beau être poilants, je les trouve un poil à côté du sujet qui nous occupe, à savoir Daphnis et Chloé. Un roman qu'on doit pouvoir lire aussi bien au coin du poêle durant les
longues nuits d'hiver qu'à poil sur une plage l'été, si j'en crois les commentaires d'Elizabeth. Ce qui nous change de tous ces romans de raseurs!
Bien à vous,
Allan


Elizabeth Bennet 03/05/2010 10:40



Quel talent !



Mark Darcy 02/05/2010 13:18


On avait dit qu'on laissait cette pauvre femme en dehors de tout ça: elle a beaucoup souffert! Et d'abord que connaissez-vous, vous, de son sanctuaire des sanctuaires?
Que vous m'accusiez tous d'être insensible à la littérature touffue antique, me vexe énormément. J'ai toujours été fasciné par les poils, peut-être est-ce à cause de mon patrimoine génétique poilu,
et c'est le principal critère dans le choix de mes conquêtes. Non, cela n'a rien d'un Oedipe persistant, on se calme tout de suite!

Poupougne!!
Mark


Allan Dustry 02/05/2010 09:25


Tiens?! Revoici Mark Darcy qui vient faire son fayot coutumier! Ne vous laissez pas abuser par son enthousiasme feint, Elizabeth, je ne pense pas qu'il lira Daphnis et Chloé de sitôt!
Bien à vous,
Allan


Elizabeth Bennet 02/05/2010 12:37



Oui, entre deux épreuves de l'agreg, notre cher Mark vient faire son malin par ici... Ne vous inquiétez pas, mon chez Allan, je ne doute pas que son commentaire soit motivé par l'envie de faire
un bon mot, et non par le réel désir de découvrir la littérature grecque !


To the Happy Few,


EB



Mark Darcy 02/05/2010 00:27


Quel article en effet! Qui nous donnerait presque envie de nous rendre sur l'île de Lesbos, sanctuaire des sanctuaires!
Quel plaisir en tout cas de vous lire. Vous donneriez presque goût à la littérature touffue (je vous saurai gré de laisser ma génitrice là où elle est...)!
A ce propos, savez-vous où puis-je me procurer l'Iliade en vers? Ca ferait plaisir à quelqu'un de ma connaissance?
Bien à vous.
Mark


Elizabeth Bennet 02/05/2010 12:34



Et si je vous parlais du sanctuaire des sanctuaires de votre génitrice ? Cela vous vexerait-il ? Cela dit, question touffe, votre patrimoine génétique n'est pas mal non plus...


Pour ce qui est de l'Iliade en vers, je vous le déconseille, car la plupart des tentatives faites en ce sens datent du XIXe siècle et sont affreusement mauvaises, n'hésitant pas à trahir le texte
grec pour pouvoir faire tenir la phrase dans un alexandrin... C'est pourquoi je priviliégie les traductions en prose, ou alors la lecture en vers grecs !


Epithète-homériquement vôtre,


EB



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