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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 22:57

2016. À Barcelone, quatre scientifiques éminents, retenus en otage depuis cinq ans, viennent d'être libérés grâce à l'intervention miraculeuse d'un milliardaire controversé.

À peine remis de leur longue captivité, ils découvrent un monde au bord du chaos : en quelques mois, le niveau des océans est monté de près d'un mètre, sans raison apparente. Certaines îles du Pacifique ont déjà disparu, rayées de la carte, tandis que les villes de Londres et Sydney sont menacées d'inondations sans précédent. Étrangement, les pouvoirs publics comme les populations ne semblent pas mesurer l'ampleur de l'événement ; seuls les climatologues s'affolent, déconcertés par la soudaineté et la violence du phénomène.

D'un bout à l'autre de la planète, tsunamis, séismes et cyclones s'enchaînent, l'eau ne cesse de monter, et rien ne semble pouvoir l'en empêcher, surtout pas les quelques digues installées à la hâte par les autorités débordées par la situation. De leur côté, les ex-otages, séparés par le cours des événements, tentent de comprendre les raisons de ce cataclysme majeur, tout en luttant pour leur survie.

Alors que les mois passent et que les catastrophes se succèdent, le phénomène prend de l'ampleur. Très vite, il apparaît que non seulement le niveau de l'eau continue à monter, mais surtout qu'il monte de plus en plus vite. Bientôt, seuls les points les plus hauts dépasseront encore de l'eau, et les survivants du monde entier se battront pour y trouver refuge et échapper à une mort certaine. Mais quoi qu'il advienne, une chose est sûre : il n'y aura pas de place pour tout le monde...

 

Et si, d'un seul coup, notre monde était menacé d'être englouti sous les eaux ? C'est le point de départ un peu fou, quoique parfaitement plausible eu égard à la documentation compilée par l'auteur, de ce roman de Stephen Baxter.

Loin des blockbusters hollywoodiens aux effets spéciaux tout aussi déplorables que les prétendues théories sur lesquels ils reposent, Baxter signe un roman d'une intelligence et d'une finesse rares.

Non content de s'appuyer sur des arguments scientifiques rigoureux, il nous propose une analyse remarquablementDeluge.jpg clairvoyante des enjeux sociaux et géopolitiques du monde de demain (montée en puissance des extrémismes et des intégrismes religieux, exacerbation des tensions latentes, dérives sécuritaires, luttes fratricides pour la gestion de l'espace vital...). C'est sans doute la perspicacité de ce regard qui transforme un banal roman de science-fiction en une passionnante œuvre d'anticipation.

Les personnages sont également assez fouillés et dans l'ensemble plutôt attachants, même si certains personnages secondaires sont malheureusement un peu stéréotypés, notamment Nathan Lammockson, le cynique milliardaire prêt à tout pour arriver à ses fins. La narration polyphonique est sans aucun doute un procédé habile, qui permet de multiplier les points de vue, de relancer l'intérêt du lecteur et de nous faire constamment changer d'échelle, en passant de l'individuel à l'universel.

Malgré une utilisation légèrement abusive des hasards qui tombent à pic, l'auteur parvient à maintenir le suspense tout au long de ce roman-fleuve (haha), en mentionnant régulièrement la montée des eaux, qui s'intensifie et s'accélère d'année en année. Et même si l'évocation des différentes villes sombrant sous les eaux peut sembler fastidieuse à certains lecteurs, elle permet néanmoins de se figurer l'ampleur du cataclysme et lui donne un aspect universel, là où la plupart des films-catastrophe se concentrent sur les États-Unis, et sur New York en particulier.

En bref, un très bon roman d'anticipation, qui dépasse le simple genre de la science-fiction pour devenir une œuvre passionnante, rythmée, bien construite, bien écrite (malgré une traduction très médiocre qui ne rend vraiment pas justice au style de Baxter) et qui ne verse jamais dans le catastrophisme, conclue par un excellent twist-ending qui nous donne envie, après les 600 pages de Déluge, de sauter sur la suite, Arche. Gageons qu'à la fin de ce roman, vous serez obnubilé par une simple question : et si, un jour, tout cela n'était plus de la fiction ?     4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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