Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 11:50

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure." C'est par ces mots, connus de tous, que s'ouvre l'un des romans les plus célèbres de la littérature francophone. Un roman où le narrateur évoque certains souvenirs et réflexions qui ont marqué son enfance : ses insomnies, prétexte à une réflexion sur les différentes chambres à coucher qu'il a pu connaître, la célébrissime madeleine, bien sûr, sa tante Léonie, hypocondriaque, sa mère, dont il attendait chaque soir le baiser avant d'aller se coucher, la vie à Combray, son village natal, les promenades en famille du côté de Guermantes et de Méséglise... ainsi que la venue récurrente de Charles Swann, un ami de la famille tombé en "disgrâce" pour avoir épousé une demi-mondaine, et dont l'histoire est racontée dans la seconde partie du roman. Mais Du côté de chez Swann est aussi, et surtout, le roman d'une quête esthétique permanente, marquée par les diverses tentatives du narrateur pour exprimer la beauté du monde qui l'entoure, faite de déceptions (les aubépines, la mare de Montjouvain...) et de réussites partielles (les clochers de Martinville), quête qui se poursuivra dans l'ensemble de la Recherche. Vous l'aurez compris, il est bien difficile de donner un aperçu de ce roman tant ce dernier se laisse peu appréhender selon les codes traditionnels du genre. Le plus simple serait peut-être de vous faire partager cette citation, extraite de l'incipit de "Combray" : "Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes."

 

Puisque l'on a osé s'attaquer à cette oeuvre, autant essayer d'en faire une critique, d'un strict point de vue littéraire (je vous laisse le soin de vous reporter, éventuellement, à l'abondante littérature sur les écrits proustiens, qui vous fourniront des analyses bien plus brillantes et complexes que les miennes). Et si, grâce à ce modeste article, qui tente humblement de rendre compte de la beauté extraordinaire de cette oeuvre réputée inaccessible, je parviens à donner envie à certains d'entre vous de vous plonger dans la Recherche, alors j'aurai gagné mon pari. Que dire, d'abord, si ce n'est que ce roman est un enchantement permanent, où chaque phrase, chaque période, Swann.jpgchaque mot semble empreint de poésie et de charme ? On a l'impression, tout au long de cette lecture, que Proust a trouvé le mot juste, parfait, pour définir telle ou telle situation, si bien que l'enchaînement des mots, des phrases et des idées nous apparaît comme une évidence. Bien sûr, les légendaires phrases proustiennes sont déjà présentes dans ce premier tome, déployées sur une demi-page, mais une fois que l'on accepte de se laisser emporter par elles, de se perdre dans leurs méandres, pour mieux se faire surprendre lorsque arrive le point final, elles prennent toute leur beauté et nous enivrent joyeusement, et l'on se familiarise avec elles jusqu'à les voir comme de vieilles amies dont on attend impatiemment le retour. De plus, ce roman concentre trois récits, "Combray", d'abord, proche de l'écriture "autobiographique" (même si, nous sommes bien d'accord, la Recherche n'est pas une autobiographie) et présentant de longs passages réflexifs sur la quête esthétique du narrateur, puis "Un Amour de Swann", plus facile à appréhender, évoquant la relation tumultueuse de Swann et d'Odette de Crécy, dans le petit monde très fermé et délicieusement méprisable des Verdurin, couple de parvenus ambitieux qui ont constitué autour d'eux un petit cercle de "fidèles" auxquels ils entendent imposer leurs opinions et leurs jugements artistiques, enfin "Nom de pays : le nom", courte réflexion sur les noms de villes qui occasionnent chez le narrateur des rêveries sans fin. Chaque récit présente ses caractéristiques propres, et peut se lire indépendamment des deux autres, mais l'ensemble reste cohérent et passionnant, porté par une écriture sublime, originale et exceptionnelle. Il y a un temps pour découvrir Stendhal, Balzac, Zola, et un temps pour découvrir Proust, ce temps était arrivé pour moi, et je ne regrette pas d'avoir relu ce premier volume de la Recherche, que j'ai bien plus apprécié que lors d'une première lecture fragmentaire. La grandeur de cette oeuvre,  à mon humble avis, c'est qu'elle entre en résonance avec les expériences personnelles de chacun, et lui permet d'apprivoiser ses rêveries et ses fantasmes. 5 étoiles

Partager cet article

Repost 0
Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
commenter cet article

commentaires

Ava Amara 04/05/2017 19:00

Non non non,
X années après Mark, chère Elizabeth, il y encore des lecteurs férus d'A la recherche du temps perdu de Marcel Proust pour leur plus grand bonheur ♥
Mon défi 2017 : en lire et savourer les 7 ouvrages de l'oeuvre, à date j'en suis du côté de Guermantes.

Mark Darcy 16/04/2011 15:15


Très chère Elizabeth,
Je tenais à vous remercier: votre critique m'a donné envie de me lancer dans la Recherche. C'est délicieux.

Bien à vous,
Mark


Elizabeth Bennet 16/04/2011 15:15



Vous m'en voyez ravie, d'autant que vous êtes bien le seul à suivre mes conseils ;)


Proustement vôtre,


EB



Présentation

  • : Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • : Entrez dans le monde des lettres ! Un blog entièrement dédié à la littérature, avec de nombreuses critiques, personnelles et argumentées.
  • Contact

Retrouvez moi sur :

Mon profil sur Babelio.com
et sur
 

Recherche