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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 23:01

Nous sommes en 1187. La jeune Esclarmonde, devant une assistance médusée, refuse d'épouser le volage Lothaire, promis par son père, châtelain régnant sur le domaine des "Murmures". Car Esclarmonde veut s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, et envisage de se faire emmurer vivante dans une petite cellule, et d'y vivre de prières et de jeûne jusqu'à sa mort, avec pour seule ouverture sur le monde une petite fenêtre pourvue de barreaux. Pour faire respecter sa décision, elle va jusqu'à se trancher  l'oreille en pleine cérémonie de mariage. Le père d'Esclarmonde, dans sa colère de se voir ainsi humilier par sa propre fille, renie la chair de sa chair et refuse désormais de lui adresser la parole, mais il accède à son voeu en faisant édifier la chapelle et la cellule dans laquelle Esclarmonde souhaite être emmurée. Mais le jour même de la cérémonie au cours de laquelle Esclarmonde doit définitivement se retirer du monde, un événement aussi imprévu que terrible va bouleverser le destin de la jeune recluse, alors que celle-ci n'aspire qu'à vivre dans la foi et la prière. Car contrairement à ce qu'elle croit, la jeune fille n'est pas tout à fait seule dans sa cellule, bien qu'elle l'ignore encore. Et même si elle souhaite se détourner du monde, c'est le monde qui vient à elle, sous la forme de pèlerins chaque jour plus nombreux, la transformant malgré elle en sainte. Une sainte qui, à mi-chemin entre vivants et morts, va réussir à gagner une place à laquelle elle n'aurait jamais pu aspirer si elle avait épousé l'homme que son père lui destinait. Désormais, Esclarmonde peut influencer les destinées humaines et répandre le souffle de sa volonté jusqu'en Terre Sainte... Mais à quel prix ?

 

En lisant la quatrième de couverture, on se dit : "Diantre, encore un mauvais roman médiéval qui va nous servir de la couleur locale et du pittoresque à la pelle, des expressions surannées et des costumes qui sentent bon le feu de cheminée, un Puy du Fou littéraire à peu près aussi réaliste qu'un téléfilm historique de France 2." Mais Carole Martinez nous a prouvé avec son premier roman, Le coeur cousu, qu'elle avait du talent, et ce n'est pas ce second ouvrage qui viendra démentir sa réputation naissante. Soulignons en outre l'originalité de l'auteur d'avoir fait de son héroïne une emmurée vivante, comme cela se pratiquait régulièrement à cette époque, mais qui reste un personnage bien peu exploité dans la littérature moderne.murmures.jpg Alors qu'il s'apprête à vivre un huis clos éprouvant ponctué de révélations mystiques, voici le lecteur confronté au monde dans ce qu'il a de plus vaste et de plus grandiose, alors même que la fenestrelle grillagée d'Esclarmonde est censée être sa seule ouverture sur le monde. Et si elle apparaît, certes, comme une victime, victime de la société et de ses préjugés, de ses traditions, de ses superstitions, victime des hommes, victime des puissants, Esclarmonde se fait aussi bourreau lorsqu'elle le peut, et semble bien vite perdre la foi qui l'avait guidée dans sa retraite, ce qui en fait un personnage aussi ambigu que captivant. La grande force de ce roman est, outre le dépaysement promis (bien au rendez-vous), qu'il interroge en filigrane certaines questions qui agitent encore notre société : celle de la féminité, de la maternité, de l'honneur, du poids des coutumes, de l'intégrisme religieux, et même celle du féminisme. Mais Carole Martinez aborde ce dernier point avec une grande finesse, sans aucune revendication explicite : son propos est ailleurs. Si elle dénonce, ce n'est que dans l'interprétation que tire le lecteur de son texte. On regrettera simplement que certains personnages secondaires ne soient pas plus développés, ce qui aurait donné davantage de corps à l'intrigue, et que le lexique employé soit parfois volontairement désuet et alambiqué, alourdissant quelque peu la lecture. Néanmoins, Carole Martinez s'affirme avec ce second opus comme une conteuse exceptionnelle, capable de transporter son lecteur dans un voyage bouleversant où le surnaturel et le mystique abondent, pour notre plus grand plaisir. Un vrai coup de coeur de cette rentrée littéraire. 4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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