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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 20:50

Tout commence par un enterrement. Celui du narrateur. Un homme né dans les années 60, qui nous raconte son histoire par delà la mort. Et ce héros est pour le moins bavard : de Sacierges à Coucy, de Paris à Orléans, de Brest à Lyon, voici ce nomade de luxe qui évoque ses souvenirs, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à ses rencontres d'adulte. De ville en ville, il traîne son ennui profond pour la vie, sa misanthropie et son regard d'esthète, vaguement entouré d'une famille pour le moins discrète et de quelques amis de passage, pour lesquels il semble avoir davantage d'aversion que de véritable sympathie. Durant plus de trois cents pages, ce narrateur mélancolique nous entraîne dans un tourbillon de souvenirs et d'impressions fugaces, avant de nous ramener, brutalement, à cet enterrement initial, celui d'une vie passée à éviter de vivre, précisément.

 

Phénomène littéraire récompensé en 2011 par le prestigieux Prix de Flore, ce roman est l'un des plus atypiques qui soient. Comme on peut le deviner à la lecture du résumé, il n'y a aucune histoire, aucune intrigue dans ce livre : Marien Defalvard et son narrateurs enfilent les souvenirs defalvard.jpgcomme d'autres enfilent des perles, et cela pourrait durer presque indéfiniment. Bien évidemment, le succès médiatique de ce roman est en grande partie dû à son auteur, qui l'aurait écrit à quinze ans, à l'âge où d'autres maîtrisent à peine la syntaxe d'une phrase simple. Il est vrai que Defalvard semble avoir déjà tout assimilé de la littérature qui l'a précédé, avec un style aux accents proustiens, rousseauistes, mallarméens ou encore verlainiens. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher d'avoir une écriture monotone et commune : chaque page est une flamboyante démonstration de virtuosité stylistique. Hélas, malgré son goût prononcé pour les énumérations, les allitérations, les rythmes ternaires, les termes rares et les descriptions lyriques des phénomènes météorologiques, malgré son talent indéniable et sans doute exceptionnel pour son jeune âge, Marien Defalvard signe ici un roman désespérément vain. A la différence du Proust de Combray, qui semble être son modèle plus ou moins avoué, Defalvard ne parvient pas à dépasser le stade du souvenir ou de l'état d'âme égotiste, son narrateur est au mieux agaçant, au pire soporifique, aigri et pédant. Pour tout dire, le moment le plus palpitant du roman est la description, sur cinq pages, d'une partie de Monopoly... Alors certes, ce roman est un bien bel objet littéraire, mais il est surtout terriblement prétentieux, suffisant et exaspérant, à l'image de son auteur, venu écumer les plateaux de télévision à l'automne 2011 comme pour se gargariser de sa supériorité sur le commun des mortels.   2 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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