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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 12:57

Lorsque s'ouvre ce roman pas comme les autres, nous découvrons le héros sur le point d'épouser la belle Emma. Mais, déjà, le mariage est placé sous le signe de la poisse : à peine quelques péquins pour y assister, et les alliances qui tombent au moment fatidique. Départ pour un voyage de noces un peu particulier, en bus, pour un club de vacances paumé, Sandpiper. Hors saison, le héros et sa belle sont les seuls clients, mis à part un Allemand complètement désemparé depuis le départ de sa femme, et qui passe son temps à tourner en rond sur la plage, sous l'oeil torve de ses deux jeunes enfants, en psalmodiant le nom de la disparue "Fridafridafridafrida...". Autres attraction du club : JFK, un pélican qui passe son temps à coller aux basques des clients, et une dune qui "chante" lorsque le vent joue avec les grains de sable. L'endroit rêvé pour une lune de miel, n'est-ce pas ? Mais les choses empirent : à cause d'une sombre histoire de pingouins et de bibine, Emma disparaît à son tour, laissant son alliance sur la table de nuit. Notre héros se retrouve abandonné au milieu de nulle part, en compagnie des trois pelés et deux tondus qui gèrent l'endroit. Pas de quoi faire des bonds de joie, même si notre héros finit par se lier d'amitié avec les "locaux", Henry, Moïse, Charcot et sa "bonne amie" Virginia... Et puis, de fil en aiguille, des hordes de hippies vont envahir les lieux, suivis d'équipes de TV et de milliers de spectateurs, venus regarder l'Allemand tourner à longueur de journée sur la plage, et notre héros va se découvrir des talents insoupçonnés d'organisateur et de leader. Seulement, Emma ne revient toujours pas...

 

Difficile de résumer ce roman complètement déjanté (et d'ailleurs, l'éditeur lui-même ne s'y est pas risqué !), à l'intrigue effectivement assez simple, mais aux rebondissements incessants, tous plus catastrophiques les uns que les autres. Malgré l'amertume et le cynisme qui pointent par instants, l'ensemble est caractérisé par un humour décapant, une écriture inventive et un style empreint de familiarités et d'argot que n'aurait sûrement pas renié un certain Pierre Desproges. Un héros sans nom, malchanceux au possible, obligé de cohabiter avec un pélican pervers et neurasthénique et un Allemand derviche tourneur, ça a tout de même de la gueule, il faut bien le reconnaître. Un petit bémol, les -trop- nombreusesenmoinsbien.jpg coquilles, notamment en quatrième de couverture sur l'édition de poche, dont le texte ne fait pourtant que huit lignes, ce qui donne l'impression que les correcteurs de la maison d'édition étaient partis en vacances le jour où le roman d'Arnaud Le Guilcher a débarqué. Malgré ce léger défaut de relecture, l'ensemble se tient, sombre mais jamais désespéré en dépit des circonstances de plus en plus dramatiques, et chaque page nous envoûte un peu plus, déployant un éclat de rire libérateur, avec des personnages tous plus délirants les uns que les autres (outre le héros un peu trop porté sur la boisson, on rencontre un jeune employé de cinéma passionné par la Nouvelle Vague, un muet à qui l'on offre un chien d'aveugle, un homme qui ne parle qu'au moyen de proverbes et de brèves de comptoir, une journaliste au style ampoulé, une grande rousse tellement accro au bistouri qu'on dirait un croisement entre Michael Jackson et un mérou, un couple de Japonais qui se trimbalent à poil sous leur kimono et adorent les massages, sans oublier les enfants allemands, rebaptisés Requin et Marteau par les responsables du camp...). Bien sûr, on ne rit pas à s'en tenir les côtes, mais l'on pouffe régulièrement, séduit(e) par les belles trouvailles de style et les métaphores pour le moins originales du héros. Si Salinger et Audiard avaient écrit un livre ensemble, ça aurait à pu donner En moins bien, ses dialogues impayables, son intrigue improbable (surtout vers la fin, visiblement écrite sous substances illicites), ses personnages tous aussi siphonnés les uns que les autres. A lire, rien que pour le pélican dont le croupion est régulièrement menacé de coups de pied amplement mérités. Et puis, même Sébastien Chabal (oui, oui) le recommande, alors... 3 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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maxou 18/10/2011 23:15


Livre en effet vraiment plaisant à lire, avec un personnage principal extrêmement sympathique auquel on s'identifie tout au long du livre (non pas que je sois un alcoolique notoire dont le mariage
n'a duré qu'un jour, mais je me reconnait plutôt dans ses raisonnement et réactions que seul des gens biens peuvent avoir j'en suis sur). Je ne peux maintenant qu'attendre la suite avec impatience,
en lisant un autre livre par exemple. Rien de bien méchant, une vulgaire histoire de pingouin ...


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