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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 15:42

Catherine Genovese, dite "Kitty", n'imaginait pas, en sortant du bar où elle travaillait, en cette nuit glaciale de mars 1964, qu'elle allait devenir l'une des victimes les plus célèbres de l'histoire de la criminologie : froidement assassinée, de dix-sept coups de couteau, puis violée, par un homme qu'elle ne connaissait même pas, le tout juste en bas de son immeuble, une paisible résidence du Queens, à New York. Peu de temps après, au hasard d'un cambriolage, on arrête son meurtrier, Winston Moseley, un père de famille bien sous tous rapports, qui se transforme en véritable prédateur lorsque ses pulsions lui ordonnent de tuer. La mort de Kitty aurait pu passer inaperçue, si les journalistes n'avaient pas mis en évidence une réalité presque aussi terrible que le crime lui-même : le calvaire de la jeune femme a duré plus d'une demi-heure, pendant laquelle elle n'a cessé de crier et d'appeler à l'aide. Des cris qui ont précisément été entendus dans tout le quartier, et ce sont pas moins de trente-huit témoins, d'après les investigations, qui ont assisté, de près ou de loin, au crime qui était commis sous leurs yeux. Aucun d'entre eux n'a tenté d'alerter les secours, même lorsque l'assassin a fait mine de s'éloigner, pour mieux fondre sur sa victime, à peine quelques mètres plus loin. Lorsque le procès du meurtrier s'ouvre, quelques mois plus tard, c'est implicitement l'attitude de tout un quartier qu'on entend juger, ce quartier qui s'est réfugié dans l'indifférence et l'inaction... Mais qui est le plus coupable des deux : l'assassin ou le voisin qui refuse d'intervenir ?


Autant le dire d'emblée, Decoin nous livre ici un roman qui dérange : roman adapté d'un terrible fait divers, qui, pour l'anecdote, a contribué à la création du célèbre numéro d'urgence 911 (comme quoi, même les Américains apprennent de leurs erreurs), mais fondé sur une intrigue fictive, grâce au témoignage d'un voisin, absent le soir du meurtre, et qui endosse le plupart de la narration ; mais là où le bât blesse véritablement, c'est lorsque Decoin jongle avec les archives et les compte-rendus de procès, entremêlant réalité et fiction, au détriment de son propos, decoin.jpgqui perd en justesse pour se noyer dans des descriptions effroyables de sévices endurés par les victimes de Moseley, ou dans des considérations moralisantes engoncées dans leur bien-pensance irritable au possible, au lieu de laisser simplement parler les faits et la terrible réalité. Mais précisément, si les faits parlaient d'eux-mêmes, quel besoin d'écrire cet ouvrage  ? C'est la question qu'on est en droit de se poser en refermant ce court roman (heureusement, d'ailleurs, car le style cinématographique, assez agréable au début, devient rapidement agaçant lorsqu'il tente, sans grand succès, de se "poétiser", ), qui mélange allégrement narration, expertises médicales, témoignages réels ou non... On finit par se perdre dans ce récit qui aurait pourtant pu être convaincant, avec une intrigue alternant différentes perspectives narratives (le voisin absent lors du crime, la victime, le meurtrier...) qui nous permettent de mieux saisir les motivations, les craintes et les désirs de chacun, parsemée de flash-backs révélateurs et habilement construits. La complexité du personnage de Moseley est également fort bien rendue, avec l'ambiguïté du jugement porté sur sa santé mentale. Peut-être une adaptation sur grand écran permettrait-elle de résoudre les contradictions apparentes du roman, tout en rendant hommage, comme l'auteur a voulu le faire, à la pauvre Kitty Genovese, victime d'un tueur auquel elle ne pouvait pas échapper, mais aussi du phénomène de diffusion des responsabilités, mis en lumière peu après par des études psychiatriques, selon lequel plus des gens sont nombreux à être témoins d'un appel au secours, moins ils vont intervenir, persuadés que quelqu'un d'autre donnera l'alerte à leur place. Triste constat, et malheureusement toujours valable dans notre société.   1,5 étoile

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Goboy 09/06/2010 09:11


De Didier Decoin, j'avais lu, il y a un certain temps, "Abraham de Brooklyn". Je l'ai encore en mémoire. Vous m'avez donné envie de lire "Est-ce ainsi que les femmes meurent".
Vous me le prêtez?
Je vous l'échange contre "Est-ce ainsi que las hommes vivent ?"


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