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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:50

Cette journée aurait pu se dérouler comme une banale journée de semaine, mais le destin semble en avoir décidé autrement. Lancelot, qui n'a bien de chevaleresque que le nom, correcteur dans une maison d'édition, mène une vie tranquille et routinière aux côtés d'Elizabeth, son épouse depuis 19 ans. Ce jour-là, pour une fois, Lancelot décide de se rendre à pied à son travail, pour remettre ses épreuves corrigées. Alors qu'il passe près d'un immeuble, il reçoit sur la tête une élégante chaussure à talon, taille 37, passée par une fenêtre ouverte. Une fois remis de sa surprise (et de sa douleur), il se résout à aller rendre l'escarpin à sa propriétaire. C'est alors qu'il rencontre Irina, la Cendrillon irascible, dont il tombe sur-le-champ éperdument amoureux. Désormais, il le sait, il ne sera pas heureux tant qu'il ne vivra pas aux côtés de sa toute belle. Encore sous le choc, il rentre chez lui, annonce à sa femme qu'il la quitte, et va s'installer chez Irina, qui est précisément sur le point de partir en Europe de l'Est pour réaliser un documentaire sur les ours. Après une ellipse sur plusieurs années de bonheur partagé dans une petite maison perdue au milieu d'une région glaciale, nous retrouvons Lancelot, seul une fois de plus : la police vient de lui annoncer qu'on a retrouvé le corps de sa bien-aimée dans une rivière, coincé dans une voiture qui ne lui appartenait même pas et dans laquelle elle n'aurait jamais dû se trouver, puisque Lancelot l'avait déposée à l'aéroport à peine une heure plus tôt. Lancelot bascule alors dans un abîme de douleur et de tristesse, où plus rien n'a de sens maintenant qu'Irina a disparu. Tout autour de lui, le monde semble commencer à se fendiller comme la coquille d'un oeuf, et les objets eux-mêmes se mettent à disparaître. Bien décidé à comprendre ce qui s'est passé, Lancelot entreprend de mener sa propre enquête, quitte à faire surgir un passé et des secrets qu'il n'aurait jamais soupçonnés chez Irina...


A partir d'une trame extrêmement banale dans la littérature contemporaine - un homme perd la femme qu'il aimait plus que tout et découvre qu'elle n'était pas du tout celle qu'il croyait - Véronique Ovaldé parvient à proposer une oeuvre résolument originale, placée sous le patronage de Verlaine par son titre (d'ailleurs repris dans le cours du texte par un splendide décasyllabe : "L'air est limpide et mon coeur transparent"), et mêlant habilement histoire d'amour, drame et fantaisie, ce qui n'est pas sans évoquer, par instants, Boris Vian et son Ecume des jours. L'auteur déborde d'imagination, nous met aux prises avec desovaldé objets qui s'amusent à disparaître sans raison au fur et à mesure que Lancelot cesse d'y prêter attention, des personnages aux noms étranges (on rencontre ainsi une certaine Tralala, ou un Paco Picasso) ou qui en changent au fil des pages ( Lancelot est ainsi constamment appelé Paul, sans qu'il ne semble jamais s'en formaliser). Véronique Ovaldé paraît jouer avec les mots, les sonorités, et même la ponctuation, qui fait se succéder dans une même phrase narration, dialogue et discours indirect libre, relevant la banalité de l'intrigue par une poésie tout à fait charmante, un onirisme délicieux qui plonge le lecteur dans une atmosphère singulière, qui demeure longtemps après la lecture du roman, ce roman qui n'en est pas tout à fait un, empruntant allègrement aux codes du conte, du roman policier et du merveilleux, comme pour mieux les subvertir et les transgresser. Certes, ceux qui s'attendaient à une véritable enquête policière resteront sur leur faim : nulle révélation fracassante ne viendra éclairer le dénouement, car ce n'est pas le propos de Véronique Ovaldé, qui écrit bien plus le roman d'une extraordinaire histoire d'amour et de mort qu'un simple thriller mâtiné de polar. Prenant le risque de perdre quelques lecteurs en route, l'auteur en gagne bien d'autres grâce à ce roman très agréable et pour l'instant sans équivalent dans la littérature française contemporaine. Décalé, original, surprenant, parsemé de jolies formules et de belles trouvailles stylistiques, ce livre nous emporte allègrement dans son univers fantasque et fantaisiste. De quoi justifier un prix France Culture-Télérama, amplement mérité, et nous donner envie de nous plonger dans le reste de l'oeuvre de cet auteur atypique. 3,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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