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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:57

Fin janvier, dans une petite ville de province. L'hiver qui fait rage dehors est un des plus rudes jamais vus en Suède. Ce matin, on a retrouvé le corps nu d'un homme obèse. Pendu à un arbre, gelé, mais pas assez pour masquer les effrayantes plaies qui le recouvrent. Un cadavre entièrement lacéré, présentant des traces de brûlure et des engelures. Au pied de l'abre, la neige a recouvert les moindres traces exploitables. Aucun témoin. Comment diable ce cadavre a-t-il pu se retrouver dans un tel état, pendu à une branche d'arbre, sans que personne ne remarque rien ? S'agit-il d'un suicide ?  D'un meurtre ? Le commissaire Malin Fors est chargé de l'enquête. Avec ses collèges Zeke, Karim, Johan, elle remonte peu à peu la piste du meurtrier, car il apparaît de plus en plus évident qu'elle a ici affaire à un meurtre, et pas n'importe quel meurtre. Le défunt, Bengt Anderson, dit Bengt le Ballon, était un marginal dont les enfants se moquaient, un pauvre type perdu, dépassé par la vie, marqué par une enfance difficile. Qui aurait bien pu vouloir la mort de cet homme parfaitement inoffensif, dont le seul plaisir était de ramasser les balles passées au-dessus du grillage du stade municipal, lors des matchs de football ? Très vite, quelques suspects apparaissent : une famille de marginaux, avec la mère, Rakel, les trois frères, des brutes épaisses, et leur soeur, Maria, ayant sombré dans le mutisme et la folie depuis qu'elle a été sauvagement violée, alors même qu'elle s'occupait, en tant qu'assistante sociale, du dossier de Bengt Anderson ; Joakim et Johnny, deux adolescents un peu bêtes et pas très nets, qui prenaient un malin plaisir à martyriser le pauvre homme ; deux adeptes des cultes nordiques, Valkyria et Richard Skoglöf, qui pourraient très bien avoir choisi d'exécuter un sacrifice rituel avec la mise à mort de Bengt... Les policiers sont perplexes devant tant de suspects, d'alibis, de mobiles potentiel, et Malin Fors va devoir faire montre de toute sa sagacité pour résoudre cette enquête sordide et complexe...

 

Disons-le franchement : depuis le succès de la saga Millénium, tous les éditeurs se livrent une course effrénée pour avoir leur auteur de polar suédois, souvent au détriment de la qualité. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Servi par une traduction épouvantable, comme écrite dans le métro entre Gare de Lyon et Bastille, il reste aussi froid et insipide que la saison qui lui donne son titre. Certes, le personnage de Malin Fors, bourreau de travail et mère célibataire d'une ado qu'elle a parfois bien du mal à comprendre, est plutôt attachant. Mais le parti pris de hiver.jpgl'auteur de multiplier les points de vue narratifs, y compris celui du cadavre qui a pour une fois voix au chapitre, est proprement insupportable. Chacun y va de sa petite introspection, d'une page à l'autre, sans qu'on sache bien qui parle et pourquoi. Parfois, l'auteur pousse même le vice jusqu'à entremêler les pensées de Malin Fors et celles du défunt qui la regarde d'en haut, et commente ses moindres faits et gestes sur un ton paternaliste exaspérant. L'intrigue reste assez sommaire, étant donné que, pour une fois, nous n'avons pas affaire à un tueur en série, avec ce que cela comporte de suspense et de rebondissements, mais à un meurtre unique dont la résolution va prendre près de 500 pages. On comprend que l'intérêt du lecteur faiblisse ! Et ce n'est pas peu dire : on a l'impression d'être devant un interminable épisode de Navarro, mais en version suédoise non sous-titrée. Car il y a aussi cette légère difficulté pour le lecteur : tous les personnages ont des noms effroyablement compliqués (et certains se ressemblent, pour ne rien arranger !), ils passent leur temps à parcourir telle ville, telle rue, tel quartier, dont les noms ne nous sont jamais épargnés, comme pour nous vendre un effet de réel à deux sous. Résultat, on a l'impression de lire un catalogue Ikea (sponsor officiel de ce roman, il y est cité au moins vingt fois...), mais sans les images. Vous l'aurez compris, à part l'originalité, il n'y a pas grand chose à sauver de ce roman ennuyant à mourir, où le rythme ne s'accélère vraiment que dans les cinquante dernière pages. De quoi rester perplexe devant le succès de librairie annoncé sur la quatrième de couverture (qui confond en plus deux personnages n'ayant rien à voir l'un avec l'autre, c'est le summum). Ajoutons à cela que la fin ne résout pas entièrement les questions soulevées par l'intrigue, certainement pour nous donner envie d'acheter la suite, Eté, déjà parue chez le même éditeur. Eh bien, ce sera sans moi.     1 étoile

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Yv 17/02/2011 09:36


Quelle sévérité pour un roman que j'ai beaucoup aimé pour la plupart des raisons qui te font le détester. La lenteur, les points de vue différents, ... J'ai lu Été que j'ai apprécié pareillement.
J'espère quand même que pour les saisons qu'il reste, l'auteur changera un peu la méthode.


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