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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 15:46

Rien ne va plus à Panem. Après la dernière édition, catastrophique, des Jeux de l'Expiation, Peeta a été fait prisonnier par le Capitole, tandis que Katniss a été évacuée in extremis par les rebelles du District Treize, ce fameux district resté dans l'ombre pendant des dizaines d'années après avoir été presque rayé de la carte par le Capitole.

Très vite, une guerre de propagande se met en place dans Panem, avec des spots centrés tour à tour sur Katniss et Peeta, les amants maudits devenus de simples pions dans les mains de forces qui les dépassent. Chaque jour, ils s'affrontent par écrans interposés : Katniss, dans son costume de Geai Moqueur, censée embraser les foules ; Peeta, victime d'un conditionnement mental extrêmement puissant qui le pousse désormais à haïr Katniss au point de vouloir la tuer.

De son côté, le ténébreux Gale a embrassé corps et âme la cause des rebelles et passe ses journées à élaborer des idées d'armes plus que douteuses, sans trop s'embarrasser de questionnements éthiques. La vie dans le Treize, district gouverné d'une main de fer, est d'ailleurs loin d'être aussi idyllique qu'on aurait pu le croire, avec une organisation quasi militaire évoquant les pires régimes totalitaires.

Dans les deux camps, les soldats fourbissent leurs armes, se préparant pour l'affrontement final. Une bataille qui ne pourra se terminer que dans le sang et les larmes de tout un peuple...

 

Disons-le d'emblée : au panthéon de la littérature "Young Adult", Suzanne Collins a de loin surpassé J. K. Rowling et Stephenie Meyer, en réussissant à construire une trilogie élaborée, portée par des héros à la psychologie étudiée et une intrigue passionnante d'un bout à l'autre. Mais ce qui fait la force et le talent de Hunger Games, c'est avant tout sa portée politique, loin du manichéisme réducteur qui gangrenait les derniers tomes de Harry Potter.

Cette vision atteint son paroxysme avec ce dernier volume, où le peuple de Panem s'est divisé en deux camps qui ont chacun juré l'anéantissement de l'autre. Le danger, bien loin de se circonscrire à l'arène du premier tome, est omniprésent, la trahison constamment possible, et l'évolution des personnages parfaitement amenée et crédible : Katniss a perdu tous ses repères, mais sa soif de liberté est intacte, malgré le rôle que tente de lui faire jouer le District Treize ; Peeta, de son côté, a sombré dans la folie après avoir été torturé par le Capitole, tandis que Gale révèle peu à peu une part inquiétante de sa personnalité, qui fait de lui un bourreau en puissance, loin de l'image douce et protectrice qu'il arborait auparavant. Et ces héros qui nous avaient tant plu dans les tomes précédents deviennent d'un chapitre à l'autre haïssables et repoussants, avec leurs actes contestables ou au contraire leur désinvolture face à un combat dans lequel ils ne sont plus que des pions.HungerGames3.jpg

Suzanne Collins nous livre également une représentation de la guerre particulièrement saisissante et adulte pour une œuvre que l'on croirait adressée à la jeunesse : l'utilisation de la propagande, les armes de destruction massive et surtout, la soif de violence des deux camps, dont aucun ne paraît préférable à l'autre. En effet, alors que dans le deuxième tome, les rebelles avaient pu attirer la sympathie du lecteur, leur cause prend un autre visage dans ce troisième volume, un visage bien plus sinistre et surtout tout aussi cruel que celui du Capitole, la présidente Coin n'étant qu'un président Snow en puissance. En cela, Suzanne Collins parvient à éviter, avec brio, l'écueil de l'œuvre consensuelle et dualiste, avec les "bons" Rebelles et les "méchants" du Capitole. Sans cesse sur le fil, elle nous fait évoluer entre les deux camps, sur les traces d'une héroïne désabusée par une guerre qu'elle ne comprend plus et dont l'issue, elle le pressent, ne peut qu'être fatale à ceux qu'elle aime.

Et le seul reproche que l'on pourrait adresser à ce livre est peut-être le dénouement du triangle amoureux, puisque le choix que fait Katniss entre Gale et Peeta lui est malheureusement dicté par la force des choses, et ne relève pas d'un véritable désir... Une manière aussi de souligner l'impact de cette guerre décidément meurtrière et absolue, détruisant tout sur son passage, y compris jusque dans la sphère la plus intime.

En bref, sans nul doute l'une des plus grandes œuvres de ces dernières années, une trilogie extrêmement intelligente, conclue en apothéose par un livre à la tonalité encore plus sombre et inquiétante que les tomes précédents, une chute vertigineuse dans l'univers de la cruauté humaine, mais aussi et surtout une invitation à la réflexion, proposée à une génération encore naïve et bercée d'illusions, sur un monde bien réel cette fois, où l'adage "Panem et circenses" est tristement redevenu d'une cruelle actualité.   4,5 étoiles

 

Découvrez aussi les deux premiers volumes de la saga :

Hunger Games, tome 1, de Suzanne Collins

Hunger Games, tome 2, de Suzanne Collins

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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