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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 20:46

Robert Neville est l'unique survivant de l'espèce humaine. Suite à une épidémie aussi étrange que fulgurante, l'humanité tout entière semble avoir été décimée, mais de nombreux individus semblent également avoir été métamorphosés en créatures nocturnes, assoiffées de sang et de violence, qui ont triomphé des rares personnes ayant survécu au mystérieux virus. Chaque nuit, un groupe de ces créatures attaque sans relâche la maison de Neville, ce qui l'oblige en outre à regagner sa demeure avant le coucher du soleil. Au début du roman, le héros n'a que peu de moyens de lutter contre ceux qu'il appelle des "vampires", ail, pieux et crucifix, mais après tout, c'est dans les meilleurs pots... Neville est aussi hanté par un terrible drame personnel, la mort de sa fille et de sa femme, et le retour, un soir, de cette dernière, pourtant morte et enterrée, devenue elle-même un vampire... De jour en jour, de nuit en nuit, Neville noie sa solitude et son désespoir dans l'alcool, persuadé d'avoir encore trente à quarante ans de cette vie insupportable devant lui. Pourtant, il entreprend, en parallèle, de rechercher l'origine du virus, afin de pouvoir, un jour peut-être, y trouver un remède. Ses recherches l'amènent à découvrir dans le sang des vampires la présence d'un bacille contre lequel il est vraisemblablement immunisé à la suite d'une morsure de chauve-souris survenue des années plus tôt. Simplement, découvrir la cause de l'épidémie n'implique pas de savoir la guérir, et Neville est bien impuissant face à la multitude de vampires qui se déchaînent devant sa porte chaque nuit, et qu'il a bien du mal à éliminer le jour, leur plantant sans relâche des pieux dans le coeur, comme il a dû le faire pour sa propre femme. Seul un miracle pourrait sauver notre héros de la folie dans laquelle il sombre chaque jour un peu plus, et ce miracle, c'est peut-être un chien errant qui va croiser sa route un beau matin, un chien sérieusement amoché, craintif, à bout de forces, mais bel et bien vivant...

 

Soyons francs : si vous n'avez pas lu le roman avant 2007, Robert Neville a sans doute pour vous les traits de Will Smith (dans ce qui fut d'ailleurs l'un de ses meilleurs rôles), et vous vous attendez à un dénouement à l'américaine avec grosse explosion, mutants en folie et sacrifice héroïque. Eh bien, figurez-vous que dans le roman, Neville est un grand blond aux yeux bleus (no comment), et que la fin de l'intrigue est radicalement opposée à celle-ci, permettant au titre de prendre tout son sens, mais d'une façon bien différente. Matheson signe legende.jpgici l'un des plus grands romans de science-fiction, et donne au mythe du vampire un sacré coup de jeune, bien plus subversif que les pâles créatures de Twilight. L'une des scènes les plus amusantes est d'ailleurs celle où Neville cherche désespérément un moyen de lutter efficacement contre les créatures qui s'en prennent à sa demeure dans le Dracula de Bram Stocker... Matheson nous livre une oeuvre angoissante, où l'on tremble à chaque page pour le héros, en le voyant sombrer dans une descente aux enfers dont rien ne semble pouvoir le tirer, alors même que les ennemis sont sans cesse plus nombreux autour de lui. Au fil de la lecture, on oublie peu à peu le film, certes plutôt réussi, mais inférieur au roman à plus d'un titre, cherchant les raccourcis faciles et les rebondissements attendus, alors que le roman a le mérite de sortir davantage des sentiers battus, et d'éviter le puritanisme ridicule du film sur les questions de sexualité qui travaillent beaucoup le héros. La vraie force de ce roman réside surtout dans un renversement de perspective absolument vertigineux qui nous amène à reconsidérer notre point de vue sur l'histoire : qui est le véritable monstre, finalement ? Matheson ne donne pas de réponse toute faite, et nous invite à réfléchir. Certes, le style n'est pas des plus recherchés, et c'est sans doute l'un des principaux défauts de ce roman, mais l'histoire est tout de même captivante, bien construite, évitant les scènes d'horreur gratuite (la femme de Neville revenant d'outre-tombe aurait pu en constituer un bon exemple), n'en déplaise à tous ceux qui lui reprochent d'avoir mal vieilli, ce qui est de toute façon faux, le but de Matheson n'étant pas de donner des sueurs froides à son lecteur, mais de l'amener à réfléchir sur la condition humaine, but nettement plus louable et somme toute tellement moins commercial.      3,5 étoiles.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Samuel 01/06/2011 00:09


Bonne critique, tu as réussi à parler de la fin sans la gâcher ! Je voyais pas comment faire :) Content que tu aies aimé, même si le style est pas incroyable (comme beaucoup de science-fiction). La
question est maintenant, est-ce que tu pourrais reregarder le film et bien aimer ;)


Elizabeth Bennet 01/06/2011 11:11



C'était effectivement tout un art de dire que la fin du livre et celle du film n'avaient rien à voir, sans dévoiler l'une ni l'autre (même si pour le film j'ai donné pas mal d'indices finalement
^^). Et je ne sais pas si, maintenant que je connais le livre, je réussirais à autant apprécier le film, qui est quand même de la SF bien revue à l'américaine...



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