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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 11:11

1915, sur le front italien. Le jeune Frédéric Henry, américain engagé volontaire dans l'armée italienne en tant qu'ambulancier, portant sur l'amour et la vie une vision désabusée, va voir son existence bouleversée par une rencontre fortuite, de retour d'une permission, avec une jeune et belle infirmière anglaise, Catherine Barkley. Il la trouve charmante, elle le trouve amusant. Malgré quelques gifles reçues pour ses excès d'audace, Frédéric persévère et ne tarde pas à séduire la jeune infirmière. Mais les offensives de la guerre qui fait rage autour d'eux l'oblige à changer de ville. Tous deux n'espèrent plus guère se revoir avant longtemps, mais le destin choisit de les rapprocher une nouvelle fois : grièvement blessé aux jambes par des éclats d'obus, Frédéric est envoyé dans un hôpital militaire de Milan, où il retrouve avec joie sa bien-aimée. Après une opération risquée des deux genoux, il semble sur la voie de la guérison, et passe une convalescence pour le moins agréable, passant ses journées à boire, au point d'en attraper la jaunisse, et ses nuits avec Catherine, qui s'est arrangée pour prendre la plupart des gardes de nuits afin d'être seule avec son amant. Même si les autres infirmières ne voient pas nécessairement cette idylle d'un bon oeil, le jeune couple s'affiche au grand jour et ne craint pas les médisances ni les dénonciations. Plusieurs mois s'écoulent, pendant lesquels l'affection qu'ils ont l'un pour l'autre ne cesse de grandir. Mais un beau jour, Frédéric reçoit une lettre l'informant qu'il lui faut, maintenant sa convalescence achevée, retourner au front. Catherine est effondrée, d'autant qu'elle vient d'avouer à Frédéric qu'elle est enceinte de lui... Désormais, le jeune couple va avoir fort à faire pour faire triompher l'espoir et l'amour de la guerre et de la destruction...

 

Puisque Hemingway se trouve en ce moment, bien malgré lui, au cours d'une tourmente littéraire, c'était l'occasion rêvée de s'attaquer à l'un de ses plus célèbres romans. L'adieu aux armes, dont le jeu de mots contenu dans le titre original ("arms" pouvant signifier aussi bien les bras - donc l'étreinte amoureuse - que les armes) est malheureusement intraduisible en français, est certes un roman de jeunesse, mais il contient en germe tous les éléments qui caractériseront l'écriture d'Hemingway tout au long de sa vie : l'économie du style, une affection toute particulière pour la litote expressive, des personnages énigmatiques, une intrigue mettant en scène le combat désespéré de la vie contre la mort... Cependant, et adieu.jpgpeut-être parce qu'il s'agit justement d'un roman de jeunesse, cet ouvrage semble moins achevé que les suivants, peut-être un peu plus brouillon, avec des personnages qui restent somme toute peu attachants, sans doute parce qu'ils sont avant tout perçus à travers des dialogues décousus, au sens parfois obscur, et souvent terriblement artificiels, notamment ceux qui unissent Catherine et Frédéric, dont la mièvrerie et les banalités atteignent parfois des sommets. S'il peine à décrire les affres de la passion amoureuse, Hemingway excelle dans la description des atrocités de la guerre, rappelant en cela les meilleures pages de Céline, pour citer un autre grand écrivain dont le seul nom déclenche la polémique en ce moment. Surtout, le choix du point de vue interne s'avère parfaitement judicieux, en ce qu'il permet de rendre l'impression d'émiettement et de morcellement propre à l'écriture de la guerre (évoquant par moments Stendhal et ses descriptions de la bataille de Waterloo, l'humour en moins), mais aussi à la peinture impressionniste, dont on sait qu'elle a beaucoup inspiré l'oeuvre d'Hemingway. Pour simplifier, pratiquement toutes les scènes qui se rattachent de près ou de loin à la peinture de la guerre, que ce soit au mess ou sur le front, sont particulièrement soignées et convaincantes, tandis que la plupart des scènes intimes d'échange amoureux entre les deux héros sont inintéressantes, voire parfois assommantes. Pourtant connu pour être un homme à femmes, Hemingway peine à rendre la profondeur de l'amour qui peut unir deux êtres liés par une passion fusionnelle. Le lecteur a l'impression de rester étranger à cette intrigue qui se noue sous ses yeux, comme s'il était confiné dans un rôle de simple spectateur, rôle somme toute peu agréable. Heureusement, l'ensemble resté sauvé par un final certes prévisible, et annoncé par divers indices tout au long du roman, mais néanmoins magnifiquement écrit et parfaitement maîtrisé.   2,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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