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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 08:53
A la fin du XIXe siècle, dans une petite ville perdue au coeur des Caraïbes, perpétuellement ensanglantée par les ravages de la guerre civile, un jeune télégraphiste, Florentino Ariza, et une jeune écolière issue d'une famille aisée, Fermina Daza, s'éprennent l'un de l'autre et se jurent un amour éternel. Très vite, Florentino se trouve pris d'étranges maux : nausées, angoisses, évanouissements... Sa mère craint qu'il ne soit atteint du choléra qui décime alors la population de la région. Mais ce ne sont là que les symptômes d'un amour insensé et dévorant. Cependant, le père de Fermina s'oppose fermement à ce mariage qui contrarie tous ses projets de voir sa fille accéder aux cercles les plus nobles de la ville, et interdit aux deux jeunes gens de se fréquenter. La pauvre Fermina devra épouser le célèbre docteur Juvenal Urbino, médecin brillant et réputé dans toute la ville, qu'elle n'aime pourtant pas et qui l'intimide au plus haut point. Pourtant, elle comprend peu à peu que sa passion pour Florentino n'était qu'un enfantillage, un passe-temps d'écolière, et elle oublie le pauvre télégraphiste à son triste sort. Celui-ci, atteint du plus profond désespoir, finit par devenir un séducteur impénitent, cherchant dans les bras de ses nombreuses maîtresses l'amour que Fermina refuse de lui donner, tout en s'efforçant de se faire une réputation dans la ville et une place de choix dans l'entreprise de navigation fluviale dirigée par son oncle, afin de mériter enfin l'objet de ses voeux. Durant cinquante ans, ils ne cesseront de se croiser, parfois sans même le savoir, et se verront vieillir mutuellement. Mais un jour, en cherchant à rattraper son perroquet dans un manguier, le docteur Urbino tombe d'une échelle et décède sur le coup. Florentino, qui attendait cette occasion depuis un demi-siècle, en profite pour réaffirmer à la jeune veuve sa promesse de l'aimer pour l'éternité. Alors seulement l'amour pourra triompher...

Une histoire d'amour et de mort, oui, mais écrite par un maître de la littérature sud-américaine, et prix Nobel de littérature, rien que ça. Ce roman, au style sublime et burlesque à la fois, aux personnages attachants mais avec chacun leur part d'ombre et d'actes peu glorieux , à l'écriture riche et fourmillante de trouvailles lexicales et syntaxiques, à l'intrigue passionnante malgré sa banalité apparente, au tocholera.jpgn juste et émouvant. Plus proche de Cent ans de solitude pour le côté "saga" que de Chronique d'une mort annoncée, où l'intrigue primait sur un style réduit au strict minimum, L'Amour aux temps du choléra est un hymne à l'amour éternel, unique, absolu, mais aussi une des plus belles histoires écrites sur la vieillesse dans le couple, avec ses multiples et perpétuels désagréments : petits maux du quotidien, incompréhension, déformation physique, perte de mémoire et d'audition... Sa description des différentes émotions de la passion amoureuse est incroyablement juste et précise : coup de foudre, premiers émois amoureux, cristallisation, passion dévorante, absence de l'être aimé, espoir, attente, déception... Mais la plus belle trouvaille de Garcia Marquez est sans nul doute d'avoir mis en parallèle, de façon remarquable, les affres de l'émotion amoureuse et les symptômes du choléra, faisant de l'amour une véritable maladie, loin des clichés au sens affaibli et insipide, avec ses phases de rechute et ses remèdes, somme toute peu efficaces face à cette passion absolue qui unit deux êtres par-delà la vieillesse, et même par-delà la mort. Un chef-d'oeuvre incontestable et incontesté, au rythme enivrant, qui ne laissera aucun lecteur indifférent, même si certains le trouvent long et dépourvu d'originalité. Pourtant, ce roman joue sur divers niveaux de lecture, avec une réflexion constante sur la symbolique et sur l'écriture, notamment comme thérapie à la maladie d'amour (Florentino Ariza, poète à ses heures, en est l'exemple le plus significatif), sur les ravages du temps et de la vieillesse, sur la puissance d'un amour qui vainc les conventions sociales, les obstacles, la vie, et même la mort.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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