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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 12:42

Encore bouleversé par la mort aussi prématurée qu'inattendue d'Anja, dont il était très épris, Aksel, désormais livré à lui-même (son père est parti refaire sa vie à l'autre bout de la Norvège, sa mère est décédée quand il était encore enfant, et sa soeur, elle aussi très éprouvée par le décès d'Anja, avec qui elle avait eu une liaison, s'est réfugiée à l'autre bout du monde pour tenter de fuir son chagrin), décide de passer l'été dans le chalet de son amie et ancienne rivale qu concours de "Jeune Maestro", Rebecca Frost. Mais un funeste hasard va le rappeler brusquement à son douloureux travail de deuil, en lui faisant sauver d'une noyade accidentelle Marianne Skoog, la mère d'Anja, et veuve de Bror Skoog (qui s'est suicidé quelques jours avant la mort d'Anja, faisant courir les rumeurs les plus effroyables sur les relations qu'il entretenait avec sa fille). Peu après son retour dans la capitale, Aksel se voit contraint de se trouver un nouveau logement et, au hasard d'une petite annonce placardée dans les rues, il se retrouve locataire de l'ancienne chambre d'Anja, dans la maison des Skoog. Au même moment, la redoutable Selma Lynge, son professeur de piano aussi géniale que tyrannique, lui annonce qu'elle a l'intention de lui faire faire ses débuts dans neuf mois, avec un concert au programme exceptionnellement difficile. Aksel va donc devoir jongler entre ses longues heures de répétition au piano, son amitié amoureuse avec la belle Rebecca, pourtant sur le point de se marier, et sa relation ambiguë avec Marianne Skoog, en qui il voit, bien plus que la simple mère d'Anja, une sorte de réincarnation de la jeune fille elle-même...

 

Avec ce deuxième volet consacré au pianiste Aksel Vinding, Björnstad s'intéresse cette fois non tant aux rapports du héros avec ses camarades adolescents et à sa passion dévorante pour la musique classique qu'à cette histoire d'amour défendu, même en pleine époque de libération des moeurs (l'histoire se déroulant au tout début des années 1970, peu après le célèbre festival de Woodstock), entre un tout jeune homme et une femme plus mûre, déjà mère qui plus est. Mais le côté riviere.jpgracoleur ou sordide du sujet est savamment évité par l'auteur, qui met bien en lumière, au contraire, les mécanismes psychiques à l'oeuvre dans l'esprit d'Aksel, assimilant Marianne à sa fille décédée, du moins dans les premiers temps, notamment en raison du bouleversement causé par la mort récente de celle qu'il aimait et par la ressemblance entre les deux femmes. Ainsi, Björnstad parvient à nous rendre presque odieux les sceptiques, railleurs et autres moralisateurs qui voient dans la naissance de cette idylle une relation pratiquement incestueuse, ou tout du moins malsaine et condamnable. La grande force de ce roman est aussi de faire émerger, autour d'un narrateur égocentrique et passablement agaçant, trois grandes figures féminines, dont certaines avaient déjà été esquissées dans le précédent opus (La société des jeunes pianistes), mais qui trouvent ici tout leur accomplissement, avec une Selma Lynge quasi hystérique et castratrice en Reine de la Nuit, une Rebecca toute en sensualité, telle une Carmen venue du froid, et une Marianne dissimulant de multiples fêlures secrètes, véritable Iseut se laissant entraîner par le pouvoir pernicieux, irrésistible et mortifère du philtre d'amour qui l'unit malgré elle à Aksel. La musique classique, si elle est moins présente que dans le premier volume de la trilogie, demeure quand même constamment en arrière-plan, et donne presque envie au lecteur de se précipiter sur ses disques pour se plonger dans l'intégrale de Malher, de Brahms ou de Chopin, compositeurs chéris du narrateur. Le seul bémol (si l'on peut se permettre ce jeu de mots), mais il est excessivement léger, réside dans le fait qu'Aksel s'obstine, durant la très grande majorité du roman, à appeler tous les autres personnages par leur nom et prénom, y compris ses amis proches, ce qui certes est sans doute volontaire de la part de l'auteur, mais ralentit la lecture et crée des redondances pénibles. Néanmoins, une fois ce roman terminé, nul doute que vous mourrez d'envie de vous plonger dans le troisième et dernier tome de la trilogie, dont des milliers de lecteurs espèrent la parution prochaine en France.      3,5 étoiles

 

Voir aussi la critique de La Société des Jeunes Pianistes

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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