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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 19:24

Lisbonne, 1500. Le monde est en train de basculer : après la découverte des Amériques par Christophe Colomb et l'ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama, le Portugal a décidé d'étendre sans tarder son empire commercial. Le roi Manuel ordonne donc le départ d'une nouvelle armada en direction des Indes. La flotte, composée de treize nefs et placée sous le commandement du renommé Pedro Álvares Cabral, prend la mer en direction du cap de Bonne-Espérance.

À bord d'un des navires se trouve le jeune João Faras, médecin du roi et cartographe, chargé d'apporter des améliorations au Padrão Real, la carte du monde secrète établie pour Manuel Ier. Le voilà donc sur le point de dessiner les contours de continents encore jamais foulés par les Portugais, mais son statut privilégié à bord lui attire l'hostilité et les moqueries des matelots, ainsi que le mépris du pilote, avec qui il se trouve sans cesse en conflit.

Après avoir fortuitement découvert les côtes du Brésil (que Cabral baptise Vera Cruz), l'armada met le cap sur l'Afrique. Mais au large du cap de Bonne-Espérance, les marins sont surpris par une terrible tempête, qui sépare du reste de la flotte la nef sur laquelle se trouve João. Désormais livré à lui-même, l'équipage est en plus décimé par le scorbut, la faim et la soif, à tel point que certains envisagent de céder au cannibalisme. Impossible à présent de rejoindre les Indes, mais les côtes africaines ne semblent guère hospitalières...

João, écartelé entre son désir de participer aux plus grandes découvertes de son temps et son envie de retrouver sa famille, aussi effrayé que fasciné par les tribus indigènes rencontrées lors de leurs escales, mais également tiraillé entre judaïsme et catholicisme, puisqu'il est un nouveau converti, n'imagine pas encore toutes les aventures et les épreuves qui l'attendent encore, non seulement sur mer, mais aussi et surtout sur terre... 

 

Vous en avez assez de la grisaille parisienne ? Embarquement immédiat pour des terres inconnues, au siècle des Grandes Découvertes. Bien sûr, il faudra vous armer de patience (eh oui, il faut plusieurs semaines pour atteindre les Indes en contournant l'Afrique, surtout si on fait une petite escale au Brésil au passage...), de courage (pour affronter les tempêtes, les maladies, la faim, l'ennui, les caprices du pilotes mais aussi les attaques des sauvages, au cas où les marins auraient l'idée saugrenue de débarquer pour se dérouiller un peu les jambes), et d'une bonne dose de foi (en vous-même, en vos instruments - loin d'être précis et fiables à cette époque -, en la solidité de votre rafiot, en l'humanité, en Dieu aussi, ça peut toujours servir en cas de vilaine tempête).

EgareLisbonne.jpgPlus sérieusement, voici un roman historique original et très bien documenté, comme l'atteste l'annexe en fin de volume. Le travail des éditions Gaïa est également remarquable en ce qui concerne la confection du livre, avec le splendide Padrão Real reproduit en 2e et 3e de couverture. L'auteur parvient sans peine à nous entraîner dans son histoire grâce à sa plume légère et à son style délicieusement suranné, parfaitement adapté à la parlure un peu précieuse de ce cartographe-médecin malgré lui qui fait face avec effroi au manque de raffinement de ses camarades de navigation. 

Habilement construit en triptyque, ce roman vous emmène de ce périlleux voyage maritime (dont bien peu reviendront, et pas tout à fait aussi insouciants qu'à leur départ) à l'épidémie de peste qui ravagea Lisbonne et conduisit au massacre des juifs de la capitale (leur implication dans la propagation de l'épidémie ne faisant manifestement aucun doute pour les Lisboètes), en passant par une aventure rocambolesque au cours de laquelle le héros se voit chargé de dérober le Padrão Real, presque aussi bien gardé que les bijoux de la couronne.

Si les personnages secondaires manquent un peu d'épaisseur et d'originalité (l'esclave rusé, le marin bourru, le patron de taverne louche, le soldat débauché...), le héros se révèle assez attachant, bien qu'il puisse aussi se montrer fort agaçant par moments en raison de ses atermoiements et de ses jérémiades répétées. L'intrigue, quant à elle, est plutôt bien construite et rythmée. Enfin, l'auteur a judicieusement intégré à son ouvrage certains éléments qui ont davantage de résonance à notre époque, par exemple le stress post-traumatique dont semble souffrir le héros, et que, bien évidemment, personne au XVIe siècle ne semble comprendre, la tolérance envers l'adultère, mieux accepté de la part des hommes que de celle des femmes, ou encore la description édifiante du pogrom des juifs, éternelles victimes de l'obscurantisme et de la haine de l'autre.

En somme, un très bon roman historique sur une époque quelque peu délaissée, qui mêle habilement récit de voyage, roman d'espionnage et critique de la société. De quoi sérieusement dépayser les lecteurs, tout en leur donnant à réfléchir sur leur propre époque, ce qui est finalement le signe d'un roman intelligent.   3,5 étoiles

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci à Babelio et aux éditions Gaïa.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Liver 15/04/2014 15:43

Lecture tentante après cette critique. Toujours de belles découvertes dans Masse critique!

Elizabeth Bennet 15/04/2014 19:02

Je vous le recommande, ce fut effectivement une découverte aussi belle qu'inattendue !

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