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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 18:03
Lorsque ce roman paraît, en 1937, la guerre civile espagnole bat toujours son plein. Pourtant, c'est un regard fort lucide que pose Malraux sur les événements du début de la guerre, lorsqu'il évoque la formation des mouvements républicains, anarchistes et communistes, et le début de la résistance contre Franco. Manuel, le héros, si tant est qu'il y en ait un, est un ancien ingénieur du son devenu membre du parti communiste. Individualiste et peu engagé dans l'action politique, il découvrira au fur et à mesure du récit les responsabilités du commandement. Magnin, un Français venu diriger une escadrille d'avions internationaux est un intellectuel partagé entre l'attachement aux valeurs qu'il est venu défendre et la nécessité d'un combat efficace, et n'est pas sans rappeler en cela Malraux lui-même. Enfin, Sils, surnommé le Négus, se fait le porte-parole des valeurs anarchistes du roman. Après plusieurs années passées en prison, Sils incarne le dégoût pour toute forme de discipline et considère que tout ordre, toute hiérarchie, sont des formes de fascisme, dont il s'agit de se défaire, puisque, pour que le combat mené ait un sens, il faut se différencier de ses ennemis à tous points de vue. Ces trois personnages devront affronter leurs propres contradictions, les tensions internes à leurs mouvements politique, et les dangers liés aux opérations militaires...

Un roman archi-célèbre mais qui mérite toujours qu'on le fasse connaître au plus grand nombre, notamment à ceux qui ne seraient pas de grands lecteurs de Malraux. Une oeuvre magnifique, qui évoque tout à la fois la complexité d'un engagement politique efficace et sincère, l'absurdité de la guerre civile, le courage et la lâcheté, la bravoure et la crainte, la religion, le remords, l'horreur... Un livre très dur mais lucide, au style précis et soigné. Certes l'on sera tenté de reprocher parfois à Malraux un excès de naïveté, par exemple au regard des événements postérieurs : la dictature franquiste, la montée du nazisme... Mais son analyse des mouvements fascistes et communistes encore en gestation à cette époque est d'une rigueur et d'une acuité rares, et en font à la fois un témoignage de valeur et un grand roman sur l'engagement, quel que soit sa forme. Un pur chef-d'oeuvre, peut-être plus abordable, quoiqu'il soit beaucoup plus long, que La Condition Humaine, et magnifiquement écrit. On regrette qu'il n'y ait plus beaucoup d'écrivains d'une telle trempe aujourd'hui, lorsqu'on voit ceux que récompensent les prix littéraires.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

mark darcy 18/11/2009 18:58


Mais que reprochez-vous exactement aux Tokyo Hotel?
En plus eux ne gagnent guère plus que le MTV video Music awards of the little bougnette de 13 ans à qui ils vendent du sexe sans scrupules...
J'ai hâte de lire votre critique de Camus, il est au programme du Bac français que prépare mon ignare de frère...

Au plaisir de votre génitrice,
Mark


Elizabeth Bennet 18/11/2009 22:30


Ne me lancez pas sur ce sujet, Mark, soyez gentil !
Ma critique sur Camus ne saurait tarder.
Et laissez ma génitrice tranquille, d'abord !
Au plaisir des moustaches de la vôtre.
EB


Matei 18/11/2009 00:19


Je suis trop d'accord avec la dernière phrase. Parce que j'aime Malraux, surtout.


mark darcy 17/11/2009 23:08


Bonsoir chère Elizabeth.
Je suis content de lire cette critique. Je vous vois néanmoins un peu blasée. Qu'est-ce que cette pique contre la fine fleur nos auteurs français. Que reprochez-vous au Renaudot de cette année?
Au plaisir,

Mark


Elizabeth Bennet 18/11/2009 08:34


Ne me lancez pas sur ce genre de terrain glissant (je n'ai rien dit sur votre génitrice, à ce propos), vous savez aussi bien que moi que les prix littéraires de cette année sont à la littérature ce
que Tokyo Hotel est au rock, ou, pour choisir un exemple qui vous parlera plus, ce que les frères Bogdanov sont à la recherche scientifique : une imposture et un coup marketing !
Je trouve scandaleux qu'on récompense Marie N'Diaye en soulignant bien que c'est "parce qu'elle est une femme", quant au Renaudot... Pourquoi le donner à un pauvre petit gosse de riches qui se
vante ouvertement de prendre de la drogue dans les beaux quartiers et qui n'a jamais su écrire le moindre roman avec une once de talent.
Tout ça pour dire que je maintiens ce que j'ai dit sur Malraux, et d'ailleurs, je vais faire un article sur Camus. Na.


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