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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 15:40

A la fin du XIXe siècle, deux amis, tous deux gentlemen, Algernon Moncrieff et Jack Worthing, découvrent par hasard qu'ils emploient régulièrement, pour fuir leurs obligations sociales, familiales ou professionnelles, un stratagème identique : Jack, qui habite à la campagne, s'est inventé un frère débauché prénommé Constant et vivant à Londres, frère qui lui donne l'occasion d'échapper pour un temps aux pesantes responsabilités que lui confère l'éducation de sa jeune pupille, Cecily. A l'inverse, son ami Algernon, qui réside à Londres, a imaginé un ami invalide nommé Bunbury, dont la santé fragile constitue un excellent prétexte pour échapper aux corvées mondaines de la capitale. A Londres, Jack, sous l'identité de Constant, projette d'épouser la ravissante Gwendolen, qui est aussi la cousine d'Algernon (vous suivez toujours ?). Or, ce dernier, de son côté, se rend dans la demeure rurale de Jack en se faisant passer pour Constant Worthing, le frère dépravé de Londres. Il y fait la connaissance de la charmante Cecily, qui s'éprend aussitôt de lui, si bien que les deux tourtereaux envisagent de se fiancer séance tenante. Mais Jack rentre de Londres plus tôt que prévu, en habit de deuil, pour annoncer la mort subite de son frère Constant, tandis que les deux jeunes filles, Cecily et Gwendolen, qui viennent de se rencontrer et se sont juré une amitié éternelle, découvrent qu'elles ont toutes deux reçu, à quelques heures d'intervalle, une promesse de mariage d'un certain Constant Worthing...

 

Maître incontesté de l'ironie, de l'aphorisme et du double langage, Wilde signe avec cette dernière pièce une oeuvre remarquable, imprégnée de l'influence du théâtre classique (Marivaux en tête) comme du théâtre de boulevard (on pense parfois à du Feydeau, en moins bourgeois et moins trivial). Chaque réplique est un enchantement, où les jeux de langage abondent, accompagnés de maximes délicieuses ("Le premier devoir, dans la vie, c'est la santé", "Perdre son père ou sawilde-copie-1.jpg mère, cela peut passer pour un coup de malchance ; les perdre tous les deux, cela ressemble à de la négligence"...). Les personnages sont à la hauteur des meilleures comédies de Shakespeare (notamment ceux de l'excellent Beaucoup de bruit pour rien), qu'il s'agisse des deux gentlemen à l'humour so british, des deux jeunes filles, incarnation parfaite de l'oie blanche de prime abord, et finalement pas si naïves que cela, ou encore de Lady Bracknell, tante d'Algernon et mère de Gwendolen, à qui l'on doit d'ailleurs les répliques les plus savoureuses de la pièce, et qui représente à merveille la noblesse aristocratique de l'époque enfermée dans ses préjugés de caste et matérialiste à l'excès (ce qui n'est pas sans rappeler, cette fois, certaines pages de Jane Austen). Construite sur des rebondissements prévisibles et une scène de reconnaissance finale parfaitement convenue depuis des siècles, la pièce de Wilde semble n'avoir pas prétention à faire preuve d'une grande originalité : tout y est en effet léger, de l'intrigue au ton, et plus les ficelles sont grosses, plus le public (et le lecteur !) s'amuse. Et puis, il faut reconnaître que Wilde a le don d'embrouiller les situations les plus simples, avec ce satané prénom de Constant (Ernest/earnest en version originale), si bien que l'on se perd un peu dans le dédale des noms, ce qui rend la pièce encore plus amusante, somme toute. Une très bonne pièce de théâtre, à l'humour mordant et caustique, où l'ironie et l'antiphrase pointent sous chaque réplique en apparence anodine, à découvrir également au cinéma, grâce à la fidèle (et fort plaisante) adaptation sortie en 2003, avec Colin Firth, Rupert Everett et Reese Witherspoon dans les rôles principaux.  4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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