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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:24

Londres, 1896. Sur toutes les lèvres, un seul sujet de conversation : les voyages dans le temps, rendus possibles par l'agence Murray, qui propose des excursions exceptionnelles vers l'an 2000, pour assister à la bataille qui mettra enfin un terme à la guerre entre les hommes et les automates. Toute la haute société britannique se presse pour participer à ces expéditions, malgré le coût exorbitant du billet, attirée par le frisson de l'aventure.

Pour H.G. Wells, auteur de La Machine à remonter le temps, cette opération n'est qu'une vaste fumisterie, une simple mascarade, montée de toutes pièces par un escroc. Jusqu'au jour où débarque chez lui Andrew Harrington, désespéré depuis la mort, huit ans plus tôt, de sa bien-aimée, une prostituée assassinée par Jack l'Éventreur. Harrington est persuadé que grâce à la machine imaginée par l'écrivain, il pourrait retourner dans le passé et empêcher le meurtre d'avoir lieu. Touché par la détresse et la détermination du jeune homme, H.G. Wells accepte de l'aider. Sans savoir jusqu'où cette histoire de voyages dans le temps va l'entraîner...

 

Voici un roman comme on en rencontre peu : un roman où, de chapitre en chapitre, on sourit et on applaudit devant tant de maîtrise et de talent, un roman où chaque page est un émerveillement, un roman où l'auteur, peu à peu, met en place différents fils, qu'il tisse et entremêle discrètement page après page, avant de nous dévoiler d'un seul coup la totalité de la toile dans laquelle le lecteur se retrouve prisonnier, sans savoir comment il s'est retrouvé là. 

CarteDuTemps.jpgPrésenté comme un hommage aux grands romans scientifiques du XIXe siècle, notamment aux œuvres de Jules Verne et de H.G. Wells, La Carte du Temps vous entraîne dans un véritable tourbillon romanesque, notamment grâce à sa construction tripartite, où chaque partie nous plonge au cœur des aventures de divers personnages empêtrés dans les multiples paradoxes des voyages temporels, que ces derniers soient réels ou montés de toutes pièces.

Les personnages sont soignés, originaux, fouillés et attachants. Mêlant subtilement fiction et réalité, Félix J. Palma nous fait partager les espoirs et les désillusions de toute la société britannique de l'époque : grande bourgeoisie désœuvrée, prostituées, miséreux, mais aussi écrivains en vue (les portraits de Wells, Bram Stoker et Henry James sont d'ailleurs particulièrement travaillés et documentés) ou encore phénomènes de foire (avec une rencontre troublante entre Wells et Elephant Man). 

On pourrait peut-être reprocher à l'auteur quelques longueurs, notamment dans la troisième partie, ou lorsqu'il rapporte en détail, dans une digression des plus fastidieuses, la façon dont Gilian Murray a réussi à rendre possibles les voyages dans le temps, mais le style est admirable, véritable pastiche des romans victoriens (une sacrée prouesse, d'ailleurs, puisque le roman est écrit en espagnol), et les interventions du narrateur, à la façon de Diderot dans son Jacques le fataliste, apportent une fraîcheur et une profondeur indéniables au roman, en invitant son lecteur à prêter attention aux différents chausse-trappes et autres trompe-l'œil disposés dans son œuvre.

En somme, un excellent divertissement, une invitation au voyage (dans le temps !) et un formidable concentré d'humour, de documentation et de talent, porté par une écriture fluide et virevoltante, même lorsqu'elle s'empêtre volontairement dans une syntaxe ampoulée (par exemple dans une phrase de deux pages, à la toute fin du roman). Un peu plus de cent ans après son invention, et grâce à l'intervention impromptue d'un écrivain espagnol encore inconnu, le roman scientifique a vraiment retrouvé ses lettres de noblesse.  4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

windows 8 operating system 06/06/2014 13:17

I would really like to read the novel. The topic or theme is so interesting and that really is a point of my interest too. Travelling through time was always my dream and sadly I guess it will remain as a dream too.

Liver 14/06/2013 13:11

Je ne connaissais pas ce titre. La critique me donne vraiment envie.

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