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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 17:49

1348, la peste se propage progressivement dans toute l'Angleterre. Neuf personnes se trouvent réunies par hasard, liées par un intérêt commun : survivre à tout prix, et échapper à la "pestilence" qui ravage village après village, en gagnant le Nord encore épargné par la contagion. La première d'entre elles est un vieux marchand se faisant appeler "Camelot", spécialiste de la vente de fausses reliques. Se joignent successivement à lui un maître de musique italien et son élève, un magicien antipathique, un conteur doté d'une aile de cygne en guise de bras, un peintre et son épouse enceinte, ainsi qu'une étrange petite fille capable de lire dans les runes, et la jeune femme qui prend soin d'elle. Cette troupe hétéroclite se réunit nuit après nuit autour du chariot du magicien, véritable point de ralliement de la compagnie, mais des tensions menacent à chaque instant l'harmonie précaire qui règne entre ses membres. Aussi, lorsque l'un d'entre eux est retrouvé pendu à un arbre, alors même que le groupe semble poursuivi par un mystérieux loup qui se manifeste presque chaque nuit par ses hurlements terrifiants, les personnages commencent à se soupçonner les uns les autres d'être mêlés à cette mort pour le moins suspecte, même s'il n'est pas exclu qu'il s'agisse d'un suicide. Pourtant, quand un deuxième corps est découvert, nu, égorgé et affreusement mutilé, le doute n'est plus permis : quelqu'un a décidé d'éliminer un à un les membres du groupe, et il est fort possible que cette personne soit elle-même un membre de la troupe. Dès lors, entre la menace de l'épidémie et celle d'un meurtrier, la petite compagnie aura bien du mal à gagner sa destination, d'autant que tous ses membres semblent avoir quelque chose à cacher...

 

Il y a certains romans devant lesquels on passe régulièrement sans s'arrêter lorsqu'on flâne dans les librairies. Mais le jour où la curiosité nous pousse à lire la quatrième de couverture, on découvre un petit bijou d'écriture, parfaitement documenté, comme l'atteste la notice présente à la fin de l'édition, et vraiment passionnant, malgré un rythme pourtant plutôt lent. C'est là tout le paradoxe de ce roman : alors même que le premier meurtre ne se produit qu'à la moitié du livre menteurs.jpg(donc après 300 pages environ !), on ne s'ennuie jamais tout au long de ce périple à travers l'Angleterre du XIVe siècle, qui aborde de nombreux thèmes souvent laissés de côté par les manuels d'Histoire (l'homosexualité, l'antisémitisme, le fanatisme, la magie noire, les mentalités, la transgression amoureuse...). Les personnages, qui peuvent paraître un peu caricaturaux au début du roman, cachent en réalité des failles bien plus profondes et des personnalités bien plus complexes qu'il n'y paraît, motivant une série de rebondissements inattendus, jusqu'à un dénouement à vous glacer le sang, même si la fin, délibérément ouverte et laissant le sort d'une partie des personnages dans l'incertitude la plus complète, permet au lecteur d'achever l'histoire à son gré. En réalité, le plus gros défaut de ce roman est finalement le choix de sa couverture, très laide et ne correspondant pas du tout au contenu de l'intrigue, à tel point qu'au premier coup d'oeil, on ne voit pas un moine passant dans une abbaye en ruine, mais un jeune "voyou" avec une capuche sur la tête, ce qui est tout de même un peu embêtant pour un thriller historique censé se dérouler aux alentours de 1350. Porté par un souffle romanesque digne de l'oeuvre mythique de Ken Follet, Les Piliers de la Terre, cet ouvrage atypique nous emmène dans un monde peuplé de sirènes momifiées, de devineresses aux cheveux blancs, d'être hybrides mi-hommes, mi-cygnes, de loups-garous et de sorcières, où les superstitions sont encore extrêmement vivaces, malgré les menaces de l'Église qui assimile ces pratiques à des hérésies. Même si le narrateur peut parfois paraître un peu péremptoire et agaçant tant il est satisfait de lui-même et affiche un comportement irréprochable et plein de sagesse, les personnages qui l'entourent sont véritablement fascinants et suscitent vite l'attachement ou la répulsion du lecteur. Enfin, ce thriller jouit d'une efficacité redoutable, à tel point qu'il vous sera sans doute difficile de le lâcher en cours de lecture, et tous les romans de 650 pages ne peuvent pas en dire autant. En bref, un excellent roman, palpitant, au style admirable, à l'intrigue parfaitement construite, avec une tension qui va crescendo au fil des pages, et qui vous laisse une impression de tristesse une fois terminé, tant il vous fait intimement partager le sort de ces neuf personnages menacés par des forces qui les dépassent.  4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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