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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 20:12

Août 1870, dans l'Est de la France. Les tensions entre la France et la Prusse viennent d'atteindre leur paroxysme. La guerre est déclarée.

Jean Macquart, héros malheureux de La Terre, s'engage dans l'armée et rejoint bientôt le 106e de ligne. Nommé à la tête de son escouade, il rencontre Maurice Levasseur, un intellectuel venu de la ville et effaré de se retrouver sous les ordres de ce paysan sans éducation et à l'esprit étroit. Pourtant, au milieu des épreuves et des privations, une certaine complicité se noue entre les deux hommes, qui apprennent à s'apprécier.

Mais les jours passent, et la confrontation avec l'armée prussienne se fait attendre, tandis que la désorganisation et le manque de prévoyance frappent les troupes françaises. De marches en contremarches, d'ordres en contre-ordres, les soldats s'épuisent, d'autant que la nourriture et le confort manquent bien souvent. Dans les rangs, l'amertume et le découragement se répandent comme une traînée de poudre, et la révolte gronde. L'empereur lui-même, timoré et sourd aux récriminations des soldats, semble désemparé.

En face, les troupes prussiennes se rassemblent et se rangent en ordre de bataille. Enfin, l'affrontement paraît tout proche, et l'armée française n'a plus qu'une envie : en découdre. Le désastre de Sedan est désormais inéluctable...

 

Avant-dernier volume des Rougon-Macquart, La Débâcle est le roman de la désillusion et du pessimisme. Centré autour de la bataille de Sedan, il nous montre bien sûr l'absurdité et les horreurs de la guerre, mais aussi la force considérable d'une amitié improbable entre deux êtres que tout sépare : Jean, le paysan, un peu rustre mais doté d'un grand cœur ; Maurice, l'érudit aux grandes idées politiques, effaré de la grossièreté des soldats, mais loyal et généreux. debacle.jpg

Dans cet ouvrage, et comme le fera Dino Buzzati une cinquantaine d'années plus tard dans Le Désert des Tartares, Zola retranscrit à merveille la mentalité des soldats, épuisés par une attente interminable et des ordres auxquels ils ne comprennent rien. On est loin ici d'un Fabrice del Dongo à Waterloo : certes, Zola souligne l'éclatement du point de vue, l'absence de vision d'ensemble pour le simple soldat, mais il fustige avant tout l'incompétence des généraux et des stratèges, aveugles aux souffrances de leurs troupes.

Mais c'est précisément cette attente insupportable des soldats, admirablement rendue par l'auteur, qui risque d'ennuyer plus d'un lecteur, puisqu'il ne se passe finalement pas grand-chose, du point de vue de l'intrigue, dans les 200 premières pages. En revanche, Zola fait preuve d'une grande finesse en décrivant l'amitié qui se noue progressivement entre les deux héros du roman, une amitié qui sera mise à mal avec la Commune de Paris, où les deux amis choisiront un camp différent, jusqu'à l'affrontement, inévitable.

Le style est, comme toujours, remarquable, notamment dans les scènes de combat, où l'auteur s'amuse à faire varier l'échelle et les points de vue, passant d'un régiment à un autre, d'une escouade à l'autre, de l'artillerie à l'infanterie, des soldats aux ambulanciers, des généraux aux déserteurs. Et Zola parvient, mieux que tout autre, à faire revivre à son lecteur tous les bouleversements de la guerre : privations, exactions, pillages, exécutions sommaires, blocus...

Particulièrement complexes et travaillés, les personnages sont attachants, aussi bien les héros que les personnages secondaires, notamment les femmes, Henriette et Sylvine, qui vont toutes deux vivre une histoire d'amour tragique. Preuve, si certains en doutaient encore, que Zola est tout autant le chantre des atrocités de la guerre que le peintre des sentiments les plus nobles de l'âme humaine.

Un très grand roman donc, injustement méconnu, et qui pourtant occupe une place tout à fait unique dans l'œuvre zolienne, sombre et bouleversant, mais qui se clôt, une fois n'est pas coutume, sur une note d'espoir, celle d'une France à rebâtir sur les ruines de la guerre civile.   4,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Mariiianne 26/01/2014 21:31

Je viens de le terminer, c'est vrai qu'il est plus ardu que les autres Rougon-Macquart, je comprends bien que l'écriture rend cet éclatement, cet ennui des soldats, j'ai eu du mal (mais je suis
déterminée). Mais je suis tout à fait d'accord avec vous, malgré ça, ou justement grâce à ces longueurs, les descriptions de régiments tournant, virant, se déplaçant sans rien y comprendre, Zola
rend présent son sujet, il le concrétise. Je trouve aussi la description de la Commune beaucoup moins manichéenne que ce qu'on l'a habitude d'entendre de nos jours (des gredins, des innocents).
Bref je ne regrette pas d'avoir tenu jusqu'au bout, j'en sors comme d'habitude avec Zola, grandie, enrichie. Merci pour votre note de blog en tout cas.

Elizabeth Bennet 27/01/2014 18:42



Tout à fait d'accord avec vous, la présentation de la Commune est bien moins simpliste que d'habitude, et cette remise en perspective est très intéressante.


Merci pour votre commentaire !



Sibylline 04/10/2013 09:40

ah! Ca faisait longtemps que j'attenais ce commentaire de "La débâcle"! Merci, merci! ;-)

Elizabeth Bennet 05/10/2013 09:38



Oh mais avec plaisir :)


Désolée de ne pas pouvoir poster plus souvent ces derniers temps... Mes débuts dans l'enseignement me laissent encore le encore le temps de lire, mais rédiger un article me prend un temps fou !
J'espère retrouver rapidement un rythme normal ;)



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