Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 13:58

Quand Julius Hertzfeld, psychotérapeute de renom, apprend, presque par hasard, qu'il est atteint d'un cancer de la peau et qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, il sombre dans un profond désespoir. Ressassant les souvenirs de ses anciens patients, il se penche, comme pour dresser le bilan de sa carrière, sur ses réussites et ses échecs passés. Parmi ces derniers, un cas épineux lui revient en mémoire : celui de Philip Slate, en thérapie pendant trois ans pour soigner sa terrible addiction sexuelle. Outre ce problème de libido débordante, ce patient s'est révélé être complètement asocial et manipulateur, et Julius, malgré toutes ses tentatives, n'a jamais pu lui procurer le moindre soulagement, le moindre début de commencement de guérison. Sans trop savoir pourquoi, peut-être pour se convaincre que la psychotérapie a finalement eu un effet à posteriori sur le patient, Julius passe un coup de fil à Philip. Quelle n'est pas sa surprise d'apprendre que l'ancien prédateur sexuel est devenu conseiller en philosophie, et sera bientôt psychothérapeute à son tour. Mais pour cela, il lui faut trouver un tuteur, et Julius tombe précisément à point nommé. Les deux hommes passent alors un étrange pacte : Philip devra passer six mois au sein du groupe que Julius anime comme thérapeute, en échange de quoi il apportera à son ancien psy divers conseils pour appréhender la mort avec sérénité, notamment par le biais de son auteur fétiche, Schopenhauer. Philip se retrouve donc contraint de participer à cette thérapie de groupe, mais il se montre hautain, froid et distant, si bien que Julius ne cesse de se remettre en question : a-t-il bien fait de l'intégrer au groupe, où il construit depuis des années un travail de longue haleine ? Mais Philip est bien décidé à honorer son pacte, et commence à mettre en application la méthode Schopenhauer, car les jours de Julius sont désormais comptés...

 

On avait adoré Et Nietzsche a pleuré, qui mêlait habilement philosophie, biographie et psychologie, mais après une lecture aussi enthousiasmante, on est forcément déçu par La méthode Schopenhauer, qui réutilise les mêmes arguments, les mêmes ingrédients, mais de manière beaucoup moins convaincante. Alors oui, bien sûr, le parti pris d'écrire un roman du point de vue d'un psychanalyste est original, bien que l'auteur l'ait déjà employé à Schopenhauer.jpgplusieurs reprises, comme s'il n'arrivait pas à se départir de son métier pour écrire. Certes, les passages de biographie de Schopenhauer sont passionnants, mais cela tient plus à la personnalité même du philosophe, misanthrope, misogyne et pourtant tellement génial, qu'à l'écriture même de l'auteur, plutôt plate en comparaison. Le manque de vigueur de ce roman tient en fait surtout aux caractères des personnages participant à la thérapie de groupe, qui sont pour le moins caricaturaux : une prof de fac à la recherche de la paix intérieure, une ancienne grosse encore traumatisée par ses complexes, un ex-taulard au grand coeur, un alcoolique ne comprenant pas que ses problèmes de couple viennent aussi de lui... Ces personnages sont tous moins attachants les uns que les autres, peut-être parce qu'ils sont vus par le biais de la thérapie de groupe, exercice artificiel et convenu s'il en est. Du coup, le lecteur ne peut s'identifier qu'à Julius, le thérapeute, mais même lui se révèle finalement peu intéressant, trop circonspect et en retrait par rapport à ses patients. L'ensemble, même ponctué de très belles réflexions de Schopenauher qui redonnent un peu de valeur au roman, reste fort terne, peu concluant, et, pour le dire en un mot, pas vraiment palpitant, dans la mesure où l'on se moque éperdument de savoir si les patients retireront quelque chose de cette thérapie. Ajoutons à cela que le personnage de Philip, censé être un double moderne de Schopenauher (et les extraits de biographie de ce dernier servent en réalité uniquement à mettre en évidence cette filiation sous-jacente), est absolument horripilant, dégoulinant de suffisance et de mépris pour ses congénères, ou, comme il le dirait lui-même, ses compagnons d'infortune. Finalement, le mieux est peut-être de se faire sa propre idée sur le thème "apprendre à mourir, ou comment mieux vivre sa vie", en se plongeant directement dans les oeuvres de Schopenhauer.     2 étoiles.

 

La critique de l'excellent Et Nietzsche a pleuré, d'Irvin Yalom

Partager cet article

Repost 0
Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
commenter cet article

commentaires

Sibylline 27/01/2011 10:23


Ca alors! Je n'en reviens pas que tu n'aies pas aimé celui-là! Pour moi, c'est le contraire, j'ai beaucoup apprécié les 2 et Schopenhauer plus encore que Nietzsche


Elizabeth Bennet 28/01/2011 08:11



Et pourtant, je partais avec un a priori favorable ! J'ai vraiment été déçue par celui-là, du coup j'hésite à lire Mensonges sur le divan.



Présentation

  • : Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • : Entrez dans le monde des lettres ! Un blog entièrement dédié à la littérature, avec de nombreuses critiques, personnelles et argumentées.
  • Contact

Retrouvez moi sur :

Mon profil sur Babelio.com
et sur
 

Recherche