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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 14:07

Un soir banal, en rentrant de l'opéra, Mr et Mrs Ransome, incarnation de la petite bourgeoisie anglaise dans ce qu'elle a de plus conventionnel et de plus stéréotypé, retrouvent leur appartement cambriolé, et même, pour ainsi dire, complètement vidé : tout a disparu, des rideaux aux plinthes en passant par la marmite qui était dans le four. Mr Ransome cherche aussitôt les coupables parmi d'éventuels ennemis du couple, mais l'enquête de la police piétine, et conclut à une plaisanterie de mauvais goût, conclusion qui laisse Mr Ransome plus que dubitatif. Mrs Ransome, quant à elle, tout d'abord effondrée, se réinvente une nouvelle vie, rachetant jour après jour produits de première nécessité, vêtements et mobilier : la voilà qui se reconstitue un petit intérieur douillet, à coup de meubles dépareillés et bon marché, ce qui ne fait pas vraiment la joie de son époux, figé dans ses préjugés de caste complètement ridicules et surannés. Mr Ransome, en effet, ne supporte pas les écarts de langage, et dont le seul plaisir est d'écouter au casque les oeuvres du divin Mozart sur son équipement stéréo hors de prix (qui a, bien évidemment, disparu avec le reste de l'appartement, au grand désespoir de Mr Ransome). Pendant que ce dernier reprend une vie normale, Mrs Ransome découvre de nouvelles possibilités dans un monde qu'elle ne comprend pas, peuplé de créatures aux manières extravagantes : épicier pakistanais chez qui elle n'avait jamais mis les pieds auparavant, inspecteurs de police stupides et grossiers, faune abrutie et impudique qui se pavane à longueur de journée dans les talk-shows télévisés... Les mois passent, et le couple continue désespérément à chercher une explication à cet étrange cambriolage. Jusqu'au jour où ils reçoivent la facture d'un garde-meubles dans lequel ils n'ont jamais mis les pieds. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'imaginaient pas ce qu'ils allaient y découvrir...


Déjà rendu célèbre par son charmant, quoique un peu vain, précédent opus, La Reine des lectrices, Alan Bennett se lance avec ce nouvel ouvrage dans la satire grinçante de la bonne société anglaise. Nous voilà donc plongés dans le quotidien entièrement chamboulé d'un couple de petits bourgeois pétris de conventions et de préjugés, dont la "mise à nu" matérielle Ransomeincarnée par le cambriolage conduit à une mise à nu psychologique, révélant le vide absolu d'une existence entièrement tournée vers la possession matérielle à l'excès, dans une dynamique qui n'est pas sans évoquer un croisement savoureux entre La Cantatrice Chauve de Ionesco et Les Choses de Perec. Avec ce cambriolage, c'est tout le voile fragile des conventions qui se déchire, laissant apparaître les failles d'un couple mal assorti, avec un mari snob, ridicule et insupportable, véritable petit tyran domestique qui reprend sa femme sur chaque mot, et une épouse transparente, complètement soumise à son époux, un peu nunuche, un peu potiche, mais rêvant d'une existence plus fantaisiste et moins figée, moins routinière. Malgré l'aspect un peu caricatural de ces deux personnages, on sourit de leurs petites misères, de leurs compromis ridicules, de leurs dissimulations et de leurs demi-mensonges, dont ils ne sont d'ailleurs dupes ni l'un ni l'autre. Néanmoins, le lecteur reste un peu sur sa faim en refermant ce livre à peine plus long qu'une nouvelle (un peu plus de cent pages...) : sans doute Bennett aurait-il pu développer davantage son intrigue, tout en gardant ce dénouement volontairement ouvert qui fait tout le charme du roman, même si certains lui reprocheront son côté bien-pensant et convenu. La révélation de la véritable cause du cambriolage, par exemple, aurait pu être étoffée davantage, au lieu d'être évacuée en quelques paragraphes, comme si elle n'avait finalement pas tant d'importance que cela. Car c'est peut-être là le défaut le plus saillant d'Alan Bennett : sacrifier son intrigue au plaisir de la satire corrosive des conventions de la "middle class" anglaise. L'impression majeure qui reste donc de ce roman est sans doute celle de l'inachèvement, et bien des lecteurs seront déçus par ce livre plein de promesses qui ne les tient finalement pas toutes. 2, 5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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