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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:14
A San Salvador, au début des années 90, Olga Maria Trabanino, jeune mère de famille apparemment sans histoires, est assassinée froidement sous les yeux de ses deux fillettes, d'une balle dans la tête. Si tous ses proches sont à juste titre effondrés, la meilleure amie d'Olga Maria, Laura, décide de mener sa propre enquête, et confie toutes ses découvertes et ses hypothèses, même si ce sont parfois des commérages dignes d'une langue de vipère accomplie, à l'une de ses amies, qu'elle surnomme, tout au long du roman, "ma belle", lors de leurs rencontres fréquentes, à l'enterrement de la défunte, à la messe, dans un café, au restaurant... Peu à peu, elle découvre qu'Olga Maria n'était pas une femme aussi irréprochable qu'elle le paraissait : son passé, ses fréquentations, ses aventures n'étaient pas sans zones d'ombre... Mais de là à l'assassiner... Lorsque le tueur présumé, surnommé Robocop, est arrêté, Laura sait qu'il lui faudra maintenant chercher le véritable commanditaire de l'assassinat, et c'est là que les choses commencent pour elle à se compliquer, et le piège à se refermer sur sa malheureuse victime.

Horacio Castellanos Moya brosse dans ce roman en forme de monologue le portrait au vitriol de la bourgeoisie olga-maria.jpgsalvadorienne, qui dissimule ses vices et ses turpitudes sous le masque de la respectabilité. Sur fond de scandale financier, de détournement de fonds, de trafic de drogue et de luttes politiques de haut niveau, se dessine l'incroyable vérité : c'est toute une société qui est gangrenée par la corruption, de la police aux banquiers en passant par les curés. Certes, les monologues de Laura, qui entrecoupe son récit haletant de réflexions xénophobes, anti-communistes et réactionnaires, peuvent lasser le lecteur, mais on finit par s'y habituer pour la voir peu à peu sombrer dans une paranoïa qui la conduira finalement à sa perte. Le style est parfois un peu rude, avec quelques pointes de vulgarité dont on aurait pu se passer, mais qui sont paraît-il habituelles chez l'auteur. Enfin, certains pourraient trouver le dénouement un peu décevant, voire tiré par les cheveux, mais l'enquête policière et sa résolution ne sont pas le souci principal de Moya, qui préfère insister sur la description de la société salvadorienne rongée par ses propres démons. Ceux qui s'attendaient à retrouver dans ce roman le même genre d'intrigue que dans Chronique d'une mort annoncée en seront pour leurs frais, car Moya n'est pas un sous-Garcia Marquez, mais un écrivain d'une autre trempe, peut-être moins brillant, mais qui vaut tout de même le détour, tant le bilan qu'il dresse de l'état de son pays est accablant et sans concession.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Sibylline 28/06/2010 19:22


"accablant et sans concession"
ou alors concession à perpétuité...


Elizabeth Bennet 29/06/2010 11:41



Ça marche aussi !



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