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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 10:29

L'histoire commence à Florence, en 1414. Cosme de Médicis, au hasard d'une rue située dans les bas-quartiers de la ville, découvre un petit garçon griffonnant fébrilement une splendide fresque, à même le sol et avec un simple morceau de charbon. Stupéfié par le talent qu'il croit déceler chez ce jeune mendiant, Cosme emmène l'enfant chez un peintre de ses amis, Guido di Pietro, le futur Fra Angelico. Ce dernier partage l'avis enthousiaste de Cosme et propose de prendre le petit garçon en apprentissage. Placé par son mécène au couvent des carmes, le jeune Filippo Lippi s'exerce, jour après jour, aux côtés de Guido, à manipuler les enduits, les pigments, les pinceaux, et confirme sa vocation naissante. Mais sous ses airs angéliques, le jeune Lippi dissimule bien des vices, et passe ses nuits, alors qu'il est à peine âgé de treize ans, dans une des plus célèbres maisons de plaisir de Florence, en compagnie des filles qui l'ont surnommé "leur petit prince", et où il peint, en guise de rémunération, des fresques magnifiques dont l'érotisme et la virtuosité suscitent bien des curiosités. Ce libertinage, même une fois découvert par Cosme, ne l'empêchera pas d'être ordonné moine, et de continuer à faire progresser son art. Grâce à ses amis et protecteurs, il fréquente les plus grands artistes florentins de son temps : Donatello, Masolino, Masaccio, Brunelleschi, Ghiberti... Tous ces grands noms parmi lesquels il aspire à se faire une place. Et le succès ne tarde pas à venir : peu à peu, ses sublimes Madones lui valent de nombreuses commandes, alors même qu'elles sont inspirées des prostituées florentines. Mais un jour, parvenu au faîte de sa gloire, mais aussi à l'apogée de son existence, Lippi décide de changer de méthode, et de prendre pour modèle une véritable nonne, dont il finit inévitablement par s'éprendre, séduit par tant de grâce et de beauté angélique... C'est alors que se produit l'irréparable : la jeune nonne, Lucrezia, se retrouve enceinte, et lorsque tout est découvert, par l'entremise du rival et ennemi juré de Lippi, la rumeur gronde et tout le peuple florentin réclame la tête du moine paillard. Le couple, aidé par la famille Médicis rentée en grâce après un exil forcé, doit alors fuir et se cacher, à l'abri des regards, mais le danger ne sera véritablement écarté que si les Médicis parviennent à obtenir du Pape la grâce de Lippi...


Premier tome d'une trilogie consacrée à la Renaissance italienne, ce volume présente une biographie romancée du peintre Filippo Lippi, certes moins célèbre que ses contemporains Fra Angelico ou Botticelli, mais considéré par les connaisseurs comme un grand artiste, dont les Madones pleines de grâce et de douceur ont enthousiasmé des générations d'amateurs. Si le roman de Sophie Chauveau a le mérite de faire redécouvrir un peintre trop peu connu du grand public, il est en outre très bien documenté, tant sur la vie artistique de l'époque que sur la famille des Médicis elle-même, avec ses rivalités, ses enjeux, ses secrets... Ainsi, le lien d'estime réciproque qui unit Cosme, puis son fils Pierre, à Lippi, est extrêmement bien rendu, entre mécénat et amitié véritable, tandis que la haine sourde qui oppose plus tard ce même Lippi à l'héritier putatif des Médicis, Laurent, aussi débauché que le peintre lui-même, est marquée par une série de bassesses et de mépris réciproques. Les descriptions des fresques et panneaux sont également d'une finesse et d'une précision remarquables, et l'on regretterait presque l'absence d'illustrations fournies en annexe. Néanmoins, le personnage de Lippi reste souvent rebutant et antipathique, tant par son caractère propre que par les réactions et pensées que lui attribue Sophie Chauveau et qui confinent même parfois au ridicule et à l'invraisemblance la plus complète. Ainsi, la grossesse de Lucrezia, déclencheur d'une terrible crise au sein du couple (Lippi cesse de peindre sa femme, donc il ne l'aime plus -on voit le niveau des raisonnements attribués aux personnages dans ce roman...), servira de prétextelippi-copie-1.jpg pour évoquer, très maladroitement d'ailleurs, le mystérieux secret qui entoure l'enfance de Lippi, et dont l'auteur s'amuse à glisser de petits indices, gros comme des paquebots, dans les chapitres précédents... Mais c'est sans aucun doute le style de Sophie Chauveau qui est de loin l'élément le plus exaspérant de ce roman, bâclé, truffé d'anachronismes, répétitif, hyperbolique (les termes "fou" et "follement" semblent faire partie de ses préférés pour rendre compte de l'exaltation de ses personnages)... Sans parler de son emploi maladif des phrases nominales et des points de suspension et d'exclamation, surtout lorsque ce n'est pas justifié, pour mieux transmettre à son lecteur l'émotion ou l'excitation des héros (exemple pris au hasard, page 242 : "Florence est parcourue d'un grand frisson d'audace. Oser pareille idée ! Y souscrire collectivement ! L'unicité exalte, met en valeur ce qui distingue chacun ! Sortir du lot ! S'extraire du magma confus des communautés et des clans : Allez ! Que la course commence ! etc, etc.). A tel point que le roman perd véritablement de sa puissance et de son charme, noyé sous un style étouffant et beaucoup trop relâché, et qu'on hésite longuement, pour finir, à poursuivre la trilogie de Sophie Chauveau, pour s'orienter vers des biographies plus "sobres" de Botticelli et de Vinci.  1,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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maxou 22/04/2010 11:14


Arg déjà que je lis un livre en plus tu veux que je travail (vraiment bien le livre d'ailleurs). Bon en tout cas ce qui est sur, c'est que je ne lierai pas celui que tu décris ici. Vu ce que tu en
dis il a pas l'air génial. En tout cas je voulais te félicité pour ton blog, t'a du y passer du temps. Continue comme ça.


maxou 21/04/2010 23:20


A tu l'épargne pas celle là. La pauvre. Pour savoir, est ce que ce livre mentionne à un moment un assassin encapuchonné s'amusant à grimper au façade, tuant les gardes et plantant une lame dans le
coup de ceux qui l'embête, si c'est le cas sa pourrait m'intéresser. Si tu veux savoir pourquoi demande à mon frère, il saura.


Elizabeth Bennet 22/04/2010 11:09



Lol, non je ne crois pas, malheureusement, mais je pense savoir à quoi tu fais référence, et je te signale que ton frère est trop vieux pour jouer à la PS3 !! Non mais, il a une thèse à préparer,
quand même. Et toi, un bac français & SVT, alors au boulot les Alvaros !



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