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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 13:40
Oslo, fin des années 60. Aksel, adolescent, virtuose du piano, se réfugie dans ses deux passions après la mort tragique de sa mère : la musique et Anja Skoog, une jeune fille fragile habitée par la même passion du piano, mais qui se dérobe constamment aux approches désespérées d'Aksel. Avec leurs amis et rivaux, Rebecca, Margrethe Irene et Ferdinand, suite à leur participation plus ou moins couronnée de succès au concours du "Jeune Maestro", ils décident de former la Société des Jeunes Pianistes. Chacun ambitionne de faire ses débuts en tant que soliste. Mais pour cela, il faudra parvenir à surmonter la terrible pression qui les environne, qu'elle émane de leur entourage (parents, pédagogues, amis...) ou, surtout, d'eux-mêmes, sans se laisser abattre par les échecs et les difficultés...

En littérature norvégienne, on connaissait surtout Jostein Gaarder (Le Monde de Sophie). Il faudra désormais compter avec Ketil Björnstad, pianiste de formation, qui se révèle dans cette oeuvre capable de décrire avec profondeur et subtilité les douleurs d'une jeunesse tourmentée qui tente de s'en sortir par la musique. Un roman d'intiatique qui est aussi un drame familial écrit tout en finesse. Les relations ambiguës entre personnages (au sein des adolescents, mais aussi avec leurs parents et leurs professeurs de piano...) sont évoquées avec habileté, sans exagération ni puritanisme. Une oeuvre de deuil, de désir, de musique, de sensualité, d'amour et d'amitié... Le ton sonne juste, et la traduction s'efforce de rendre le mieux possible l'ambiance feutrée de la Norvège, les promenades dans la neige, le ciel voilé, les silences et les non-dits entre ces adolescents qui deviennent trop tôt adultes. L'oeuvre est jalonnée d'images symboliques, comme le retour constant à la rivière où la mère d'Aksel a trouvé la mort, la présence de l'épervier, à la fois menaçante et emplie de tristesse, ou le parallèle implicite entre l'ivresse provoquée par le vin (que les héros semblent particulièrement affectionner !), l'ivresse du désir (évoqué sans tabous dans le contexte des années 68-69), et l'ivresse du jeu musical . Ketil parvient à exprimer avec une subtilité remarquable toutes les émotions de la musique, notamment dans les oeuvres de Schubert, Chopin ou Ravel. La fin du roman (dont le dénouement est d'ailleurs sublime et tout en retenue) n'apporte pas de réponse à toutes les questions du lecteur, et c'est tant mieux. On ne saura jamais vraiment quelles étaient les relations entre Anja et son père (inceste ? emprise psychologique démesurée ?), ni ce que va devenir Aksel entre les mains de la talentueuse mais redoutable Selma Lynge, mais ce n'est pas l'objet de ce récit... Un véritable choc, voilà ce que l'on ressent à la lecture de cette oeuvre magnifique, qui continuera certainement à vous hanter pendant longtemps.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

guyot 09/01/2010 15:59


Ce livre certes passionnant laisse un sentiment d'inachevé et laisse vraiment le lecteur sur sa faim. Est ce encore un parallèle avec Schubert et sa symphonie du même nom, et donc une volonté de
l'auteur?

Quoiqu'il en soit, c'est aussi un livre d'espoir qui tranche avec l'atmosphère des dernières pages et nous laisse deviner, pour le personnage principal, un avenir plus serein. J'en recommande
vivement la lecture


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