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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:19

Ce roman, inspiré de faits réels s'étant déroulés dans un petit lycée américain, à la fin des années 1970, met en scène Ben Ross, un professeur d'Histoire à la pédagogie plutôt innovante, qui décide de mettre en place une expérience radicale : face aux réactions incrédules de ses élèves après la diffusion d'un documentaire sur la Shoah et le nazisme, et qui lui demandent comment les Allemands ont pu laisser commettre de pareilles horreurs sans réagir, Ben Ross décide de renforcer la cohésion de sa classe par un simple slogan, à l'efficacité redoutable : "La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action". En quelques jours, certes, la discipline s'est améliorée, l'esprit de groupe prédomine entre élèves, mais ceux-ci commencent à perdre tout esprit critique. Très rapidement, ils se dotent d'un nom, d'un salut, véritable signe de reconnaissance, adoptent un uniforme destiné à dissimuler les inégalités sociales, et se mettent à révérer leur professeur comme un  véritable leader, obéissant sans broncher au moindre de ses ordres. Celui-ci, peu à peu, semble également se prendre au jeu, et apprécie, non sans une certaine ambivalence, la posture dans laquelle le placent ses élèves. Mais les premiers heurts commencent lorsque certains élèves décident de ne plus suivre le mouvement, conscients des dérives qui se mettent lentement mais sûrement en place ; aussitôt, ils sont considérés comme les brebis galeuses du groupe, à remettre dans le droit chemin ou à éliminer sans scrupules. Dès lors, plus rien ne semble pouvoir arrêter La Vague, ce mouvement qui se propage comme une traînée de poudre dans l'enceinte du lycée, et auquel tous les élèves sont contraints d'adhérer, sous la menace de représailles, si bien que l'Histoire paraît sur le point de se répéter, en dépit de toutes les leçons prétendument tirées du passé...


"Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, si j'avais été allemand ?" a chanté, il y a quelques années un célèbre trio d'artistes. C'est la question que pose ce livre, inspiré d'une anecdote réelle, mais à laquelle il refuse de répondre, pour la simple et bonne raison qu'aucune réponse prédéfinie ne peut y être apportée. Si le raisonnement qui sous-tend ce roman, bien que par moments naïf et trop simpliste (voire carrément stupide : Hitler, malgré les rumeurs, n'était pas peintre en bâtiment, et l'hypothèse de sa folie a maintes fois été battue en brèche par les historiens), a néanmoins le mérite d'ouvrir vaguede nombreuses pistes de réflexion, le véritable point faible de cet ouvrage est son style, catastrophique. Une dissertation d'un élève de seconde serait mieux rédigée, ce qui n'est pas peu dire. Les dialogues entre personnages sont creux, les descriptions inexistantes, les analyses réduites à la portion congrue... Le vocabulaire est désespérément pauvre, les phrases sans aucun souffle, y compris dans les "discours" du professeur Ross adressés à ses élèves et censés les embrigader par une efficacité rhétorique qui demeure introuvable dans le texte qui nous est présenté. Ajoutons que les caractères des personnages sont à peine ébauchés, faisant la part belle aux stéréotypes et aux clichés ; seul le professeur, avec son ambivalence manifeste lorsqu'il commence à se laisser prendre à son propre jeu, pourrait susciter l'intérêt du lecteur, mais le manque de recul de l'auteur sur son personnage et sur son oeuvre empêche d'en tirer des analyses pertinentes. Alors oui, le thème est passionnant, l'expérience mérite qu'on s'y arrête, mais le livre n'est clairement pas à la hauteur de ses ambitions, et déçoit nettement par rapport au film magistral qui en a été tiré, et qui est bien plus subtil et percutant. L'avantage de ce roman est qu'il se lit très rapidement (à ce propos, le choix de la typographie est scandaleux : les lettres sont exagérément agrandies, comme dans un livre pour enfants de moins de dix ans, sans doute pour masquer la brièveté, et donc la superficialité, d'un roman qui refuse de traiter le fond de la question comme elle le mériterait), et donc permet de prolonger la réflexion qu'il aborde bien trop légèrement. En somme, une entreprise louable, mais malmenée par une forme scolaire et d'une platitude exaspérante, ce qui est fort dommage sur un thème aussi grave que celui-ci : oui, de telles interrogations sont nécessaires et salutaires, mais elles méritent mieux que ce banal pensum pour réellement nous faire réfléchir, puisque, plus que jamais "le ventre est encore fécond d'où a surgi la Bête immonde...", comme l'a dit un certain auteur d'un plus grand talent.   2 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Jean Cul 03/01/2016 15:16

Coucou Maman!

Gaëlle 17/02/2012 15:03

Je partage tout à fait cette critique. Il est dommage qu'un tel thème n'ai pas produit un livre plus dense. Il semble qu'un film ai été tiré de ce roman ... il vaudrait peut-être le coup d'oeil.

Elizabeth Bennet 21/02/2012 16:28



En effet, un film a été tiré de ce livre récemment, il est d'ailleurs bien meilleur, quoique un peu manichéen (moins que le roman, heureusement !).



maxou 13/02/2012 22:59

Je suis un peu déçu, on m'avait dit que le livre était tout aussi si ce n'est plus intéressant que le film. Mais si vous dîtes qu'il n'en est rien alors je vous fais confiance. Dans ce cas, peut on
considérer ce livre comme une ébauche ratée qui à eu le mérite de devenir un bon film ? Moi qui reprochais déjà au film une certaine facilité au niveau de l'intrigue et des personnages un peu
caricaturaux et dont le changement de personnalité est autant radical que soudain, j'imagine maintenant que ces aspects sont encore plus accentués dans le livre. Dommage ...
En tout cas je ne comprend pas cette hostilité gratuite envers les dissertation de ces pauvres lycéens qui pourtant mettent tant d'ardeur dans leurs écrits et que les correcteurs du bac corrigent
avec tant de passion (j'ai d'ailleurs une petite pensée au correcteur qui a eu le courage de lire ma copie de 10 pages). Ce manque d'ouverture d’esprit ne vous honore pas Elizabeth !
En tout cas je m'en vais me plonger de ce pas dans la Pastorale Américaine de Philip Roth que vous nous avez fortement conseiller la semaine dernière.

Elizabeth Bennet 13/02/2012 23:58



Mon cher Maxou,


En effet, le film est déjà critiquable sur certains points, mais, vous l'aurez compris, il vaut infiniment mieux que le livre. Dommage, effectivement, c'est un beau gâchis.


C'est vrai, cette petite pique gratuite contre les dissertations des lycéens n'est pas vraiment à mon honneur, mais si cela peut vous rassurer, j'ai l'exemple de copies d'agrégation (de 25 pages,
voire plus) qui ne valent guère mieux pour ce qui est de la forme comme du contenu. Enfin, moi, je dis ça...


Bonne lecture de Philip Roth alors, vous verrez, certains passages sont un peu ardus (notamment la description de l'univers du gant que vous pouvez sauter si elle vous ennuie), mais c'est tout de
même un excellent roman.



Mark Darcy 13/02/2012 20:02

Très chère Elizabeth.
Je partage complètement votre analyse. L'idée est excellente me semble-t-il, mais elle est traitée à un niveau trop superficiel. Trop rapide, l'embrigadement des élèves est peu crédible tant le
professeur manque de charisme, etc.
Le film Allemand Die Welle, qui est une adaptation de ce livre, est à cet égard bien meilleure je trouve.


Bien à vous,
Mark

Elizabeth Bennet 13/02/2012 21:41



Très cher Mark,


Pour une fois, nous voilà d'accord ! Je vous bro-fiste à distance.


Vaguement vôtre, EB



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