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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 17:26

La vie de Marianne a débuté sous de bien tristes auspices : alors qu'elle n'est âgée que de deux ou trois ans, ses parents sont cruellement assassinés, et la laissent non seulement orpheline, mais également privée d'identité, donc de richesse et surtout de considération dans un monde où le nom fait tout, et où il ne lui reste que la vertu comme consolation. Après une jeunesse heureuse, cependant, chez un curé de village et sa soeur, elle se retrouve, par un hasard des circonstances, dans le dénuement le plus extrême, à Paris, abandonnée de tous. Alors qu'elle est forcée, pour survivre, de travailler pour une lingère, elle croise le chemin du beau Valville, dont elle tombe éperdument amoureuse, et qui semble également fort sensible à ses charmes. C'est alors que M. de Climal, un riche aristocrate, décide de la prendre sous son aile, mais la jeune Marianne comprend vite que cette aide est loin d'être désintéressée, et que le vieux libertin a bien décidé de profiter de la reconnaissance de la jeune orpheline. Désemparée, Marianne se réfugie dans un couvent, où elle est remarquée par une grande dame, Mme de Miran, qui ajoute, et c'est assez rare pour être souligné, la noblesse de coeur à celle de rang... Cette fois, la jeune Marianne a de quoi s'estimer sauvée, d'autant qu'elle apprend rapidement que le fils de cette dame n'est autre que Valville, que leur amour est réciproque, et que leur mère accepte leur union. Mais ce n'est pas le cas du reste de la famille, qui voit dans ce mariage un sacrilège, et qui est bien décidé à employer tous les moyens pour empêcher Marianne d'épouser Valville...

 

Tout simplement époustouflant. Marivaux, pourtant davantage célèbre pour ses pièces de théâtre, signe avec ce roman épistolaire en forme d'autobiographie fictive l'une de ses meilleures oeuvres, et sans doute la plus émouvante. Portée du dénuement le plus inquiétant au faîte de la société (comme l'indique son titre de comtesse, qui reste néanmoins inexpliqué en raison de l'inachèvement du roman), la jeune et belle Marianne nous livre, parfois de manière péremptoire, voire agaçante, comme elle le reconnaît elle-mêmarianne.jpgme, ses impressions, ses réflexions et ses jugements sur ses contemporains, sans complaisa nce ni fausse pudeur, ce qui permet à Marivaux de se livrer à une étude de moeurs particulièrement juste. Un roman qui se révèle véritablement fascinant : on ne peut se détacher de cette histoire d'amour impossible entre une jeune orpheline, belle mais désargentée, et un riche aristocrate promis à un mariage d'argent. Malgré ses petits airs présomptueux, on s'attache vite à cette héroïne si malmenée par le sort, et Marivaux la dote en us d'une grandeur d'âme exceptionnelle, qui la rend sympathique aux yeux du lecteur. En dépit de sa longueur (près de 600 pages, et d'ailleurs, on regrette presque que Marivaux ne l'ait pas terminé !), on ne s'ennuie jamais dans ce roman plein de coups de théâtre et de rebondissements, passionnant, vivant, et dont le style rappelle souvent les plus belles pages de la littérature française. Les personnages sont habilement campés, avec des caractères parfaitement définis et analysés par Marianne, et les aventures rocambolesques qui viennent perturber la destinée de la jeune fille sont toujours bien amenées, parfois avec une pointe d'humour, comme cette histoire de religieuse qui est annoncée dès la première moitié du roman, mais qu'il faut attendre jusque dans les dernières pages... Un monument du genre qui, même bien longtemps après son écriture, n'a rien perdu de sa saveur, pour l'instant toujours inégalée.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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