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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 18:41

"J'avais atteint l'âge de mille kilomètres." Ainsi commence ce livre énigmatique, nous donnant à suivre la vie du héros, Helward Mann, l'un des habitants de la cité Terre, qui s'apprête, au début de l'histoire, à rejoindre la prestigieuse guilde des Topographes du Futur, à laquelle appartient aussi son père. Sa mère, qui n'appartenait pas à la ville, est retournée vivre à l'extérieur peu après la naissance d'Helward. Ce dernier a été élevé, comme tous les enfants de la ville, à la crèche, où il a reçu un enseignement complet, en apparence, sur la cité. De l'extérieur, en revanche, il ne sait presque rien, si ce n'est que l'environnement y est hostile, et change quotidiennement, car la ville, comme Helward va l'apprendre au cours du roman et de son apprentissage, se déplace sur des rails, construits chaque jour vers le "Nord", qu'on appelle aussi le Futur, par la guilde des Voies, parfois aidée par celle des Bâtisseurs de Ponts, lorsqu'il faut franchir un obstacle, rivière ou ravin. Helward découvre également que la ville ne se déplace pas arbitrairement, selon la volonté des Navigateurs, mais qu'elle cherche à être toujours au plus près d'un point appelé Optimum, qui la précède généralement de quelques kilomètres au "Nord". Lorsqu'il découvre pour la première fois le monde extérieur, Helward est très intrigué par la forme du soleil : alors qu'on lui avait enseigné que c'était une sphère parfaite, à l'image de celui qui éclairait, il fut un temps, la planète Terre, Helward découvre une forme hyperbolique, qui ne semble d'ailleurs surprendre que lui. Helward va alors, à mesure que les kilomètres défilent sous les rails de la ville et que son apprentissage progresse au sein de la guide des Topographes du Futur, pouvoir trouver les réponses aux multiples questions qui le taraudent sans cesse : qu'est-ce au juste que l'Optimum ? Pourquoi ne peut-on jamais l'atteindre ? Pourquoi faut-il toujours tenter de s'en rapprocher, pourquoi la ville ne peut-elle pas s'arrêter ? Pourquoi la cité a-t-elle besoin de recruter des indigènes (les "tooks") qui lui sont généralement hostiles ? Qu'y a-t-il au juste dans le "Passé" ? Et dans le "Futur" ? Et, surtout, pourquoi lui a-t-on toujours caché la vérité sur l'existence de la cité et l'environnement extérieur ?

 

Un grand classique de la science-fiction, récompensé par un prestigieux prix littéraire, mais, autant le dire d'entrée de jeu, quelle déception ! Après avoir fait monter lentement le suspense pendant 350 pages, l'auteur démolit tout en trente pages de révélations finales peu cohérentes, invraisemblables et surtout terriblement faciles. On s'attendait à un twist extraordinaire à la K. Dick, qui aurait remis en question toute notre compréhension du roman, nous donnant peut-être même envie de le reprendre du début pour vérifier la inverti.jpgcohérence du récit, nous voilà avec un raisonnement pseudo-mathématique digne d'un mauvais blockbuster hollywoodien. Dommage, pourtant, car l'idée de transposer la géométrie hyperbolique en roman n'était pas mauvaise, et plutôt originale, il faut bien le reconnaître. Mettons donc la fin de côté pour nous concentrer sur le reste du livre, qui est loin d'être indigne : on s'attache facilement au héros, perdu dans une quête initiatique intrigante, le suspense, malgré quelques longueurs (notamment la description de la pose des rails, au début du roman, qui vous passionnera peut-être si vous êtes un inconditionnel de la SNCF, mais qui ennuiera tout lecteur normalement constitué), reste quasi-constant, savamment entretenu par les détails, indices et autres révélations parcellaires que le héros accumule sur le fonctionnement de la ville, le style, s'il reste un peu plat, n'est pas désagréable à lire... Néanmoins, l'ensemble reste médiocre et l'auteur recourt à un procédé de narration plutôt saugrenu : le livre est divisé en cinq parties, où les points du vue narratifs interne et externe se succèdent sans logique apparente. Pourquoi avoir changé de focalisation en cours de route ? Mystère, car cela n'ajoute rien à l'intrigue, et paraît somme toute plutôt artificiel. Finalement, on se dit que l'auteur a surtout délayé sur quatre cents pages une histoire qu'il aurait pu raconter en cent ou cent cinquante, et le concept du "monde inverti", où tout serait inversé, n'est pratiquement pas exploité, alors qu'il y avait matière à de belles trouvailles. A force de vouloir faire avancer sa cité sur des rails, c'est Priest lui-même qui finit par dérailler, et je serai pour ma part bien loin de le placer aux côtés d'Orwell, Clarke ou Bradbury, comme certains l'ont fait en le classant arbitrairement dans la catégorie des "chefs-d'oeuvre" de la science-fiction. Mouais, je vais reprendre un peu d'Asimov, moi...    2,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Mark Darcy 16/05/2011 11:57


Très chère Elizabeth.
J'ai lu il y a quelques temps un texte d'H.Poincaré: La science et l'Hypothèse. Dans ce livre il y a une description célèbre (et lumineuse) de la vie d'êtres dans un monde non euclidien. Et c'est
fascinant. J'ai toujours pensé que ça pourrait être adapté en roman.
C'est un peu décevant de voir que le résultat est médiocre.
Quoi qu'il es soit je suis surpris de voir que vous vous lancez dans des lectures "scientifiques"...
Bien à vous,
Mark


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