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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 17:14

1943, dans un petit village de l'Aveyron nommé Cambeyrac. Julien vient de déserter en sautant d'un train en direction de l'Allemagne et s'apprête à rentrer au village pour se cacher. Par un coup du sort étonnant, le train est bombardé et Julien porté au nombre des victimes, grâce à ses papiers qu'on lui avait volés sur le quai. Censé être mort, Julien n'a plus à craindre la milice, du moins tant qu'il reste caché : trouvant refuge, grâce à la complicité de sa mère Angèle, dans l'école désaffectée du village, dont l'instituteur a été arrêté quelques mois plus tôt, Julien contemple le monde depuis ses volets clos, n'ayant pour seule compagnie qu'un mannequin pas très bavard, attifé en soldat et surnommé Maginot. Derrière ses persiennes, Julien voit sans être vu tout ce qui se passe au village : les discussions animées au café, les menaces de Serge, le milicien, qui soupçonne tous les autres d'être des maquisards, les allées et venues du curé, et surtout, il peut contempler à loisir Cécile, jeune femme au sourire désarmant, qui vit avec sa grand-mère Manou, et dont Julien était fou amoureux avant son départ pour l'Allemagne. Mais la situation de Julien n'a pas que des avantages : il voit aussi Cécile se rapprocher inexorablement de Paul, jeune médecin qui vient juste d'être relâché par les Allemands... Désormais, il doit choisir : laisser Cécile lui échapper, ou se dévoiler et risquer d'être fusillé par la milice...

 

Comme je suis loin d'être experte en BD, j'ai demandé conseil à un spécialiste. Bien m'en a pris, grâce à lui j'ai découvert cette magnifique bande dessinée, saluée par le public et par la critique pour sa qualité. Nous voici plongés au coeur de l'Occupation, dans ce petit village qui fonctionne comme en huis clos autour des héros, où l'on ne sait pas toujours qui sont les amis et les ennemis et où tout se sait en l'espace d'une minute. Difficile pour Julien de rester caché dans ces conditions, lui qui en plus doit assister, impuissant, aux avances de Paul envers sursis.jpgCécile, qu'il convoite lui aussi. Les personnages de cette oeuvre sont étonnamment attachants, empreints d'une gravité qui n'est pas dénuée de poésie, sans doute liée au contexte particulier dans lequel ils évoluent. Bien que le scénario soit relativement simple et linéaire, la beauté des dessins, dont la couverture n'est qu'un exemple parmi d'autres, et l'évolution de l'intrigue rendent cette BD passionnante à plus d'un titre. De plus, malgré la gravité de la situation, certains passages prêtent à sourire, que ce soit par les réflexions de Julien, doté d'un humour corrosif, ou par ses conversations (ou plutôt ses monologues) avec Maginot, ce mannequin de tissu qui constitue sa seule compagnie dans l'école abandonnée. L'avantage de cette édition, outre qu'il s'agit d'une intégrale, est qu'elle présente une série de magnifiques planches inédites en grand format tirées de l'histoire, manière pour l'auteur de faire faire à ses personnages, saisis dans le bonheur fugace d'un instant de complicité, un dernier tour de piste avant de nous quitter pour de bon. Un travail de documentation et de coloriste remarquable, avec notamment des clairs-obscurs parfaitement restitués, une précision extrême apportée tant aux décors qu'au dessin des personnages, le tout servi par une intrigue bien construite, dont les différents épisodes s'enchaînent tout en fluidité. Le tome 1 nous fait découvrir le quotidien du village, enserré par la guerre, menacé par les Allemands, et en même temps la solitude paradoxale du héros, forcé de se cacher pour regarder les autres continuer à vivre sans lui, tandis que le tome 2 nous montre celui-ci davantage impliqué dans l'action, n'hésitant pas à faire montre d'un héroïsme par moments presque désinvolte, comme si la mort, à force de planer au-dessus des têtes, finissait par être une présence amicale à laquelle on ne prête plus guère attention. Pourtant, le titre trouve son explication à la toute fin du second tome, prouvant que, quelles que soient les circonstances, on n'échappe pas à son destin... Un véritable chef-d'oeuvre, qui prouve une fois de plus que la bande dessinée, quand elle est servie par un bon scénario, se hisse largement à la hauteur du roman.    4,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Yv 10/05/2011 18:57


Très bien cette BD, scénario, dessins et tout. Là, j'acquiesce


Elizabeth Bennet 11/05/2011 09:51



Enfin, nous voilà d'accord !



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