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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 12:34
Voici le journal tenu par une jeune gouvernante anglaise, placée dans une paisible demeure bourgeoise de l'Angleterre victorienne. La jeune femme a été engagée, d'une manière pour le moins originale il faut le dire, pour veiller sur deux orphelins adorables, Flora et Miles, dans cette grande maison isolée, où même les domestiques semblent se fondre dans le décor tant leur présence est imperceptible. Cependant, la jeune femme remarque que le comportement des deux enfants est de plus en plus étrange, et elle-même assiste à de mystérieuses apparitions, dont celle, récurrente, d'un ancien serviteur de la maison, Peter Quint, qui entretenait une liaison assez spéciale avec la précédente gouvernante, Miss Jessel. Cela ne serait pas aussi terrifiant si les deux domestiques en question n'étaient pas morts tous les deux, dans d'étranges circonstances, avant l'arrivée de l'héroïne. D'autant qu'à présent, ils ne se contentent plus de se manifester auprès de la nouvelle gouvernante, mais ils semblent exercer sur les enfants une influence maléfique, quasi démoniaque...

Voici une histoire de fantômes comme on n'en fait plus ! Un cour roman mené tambour battant par un maître de l'épouvante, qui distille habilement les éléments d'inquiétante étrangeté... L'écriture sous forme de journal ajoute à cette tonalité de mystère et de fantastique, car tout est vu du point de vue de l'héroïne, qui semble bien dépassée par les événements. Chaque p
tour-d-ecrou.jpgaragraphe nous fait hésiter entre deux interprétations, caractéristique essentielle du fantastique défini par Todorov : tout cela est-il bien réel, ou la gouvernante, victime d'une espèce de folie hallucinée, invente-t-elle ces histoires de fantômes ? Et cette hésitation est si nette que les critiques n'ont cessé de s'opposer, entre tenants d'une interprétation freudienne de l'oeuvre, qui considèrent que toute cette histoire de fantômes n'existe que dans l'esprit de l'héroïne, et ceux qui la défendent becs et ongles, en s'appuyant sur la description extrêmement précise et parfaitement correcte qu'elle donne de Quint la première fois qu'elle dit l'avoir vu. Et même si l'on penche pour la thèse de la folie chez l'héroïne, l'attitude des enfants paraît pour le moins effrayante, puisqu'ils semblent communiquer avec les deux serviteurs disparus et pourtant refusent de le reconnaître lorsqu'on les interroge, faisant porter tous les soupçons d'aliénation sur leur gouvernante... Chef d'oeuvre du genre gothique si bien représenté par les écrivains anglo-saxons, ce roman vous hantera longtemps, par son style noble, son intrigue, originale, et son dénouement, rapide, inattendu et apportant somme toute bien peu de réponses aux interrogations soulevées précédemment, mais c'est précisément ce qui fait toute sa qualité.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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