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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 11:38

Début du XIIe siècle, à Kingsbridge, en Angleterre. Un homme est pendu devant la foule, pour un crime qu'il n'a pas commis. Sa compagne, une jeune femme brune aux yeux d'or, égorge un coq et lance une malédiction sur les trois hommes qui ont permis cette exécution : un prêtre, un moine et un noble. Cette sage médiévale est l'histoire de l'accomplissement de cette malédiction, qui s'abat sur ses victimes désignées en même temps que s'élève, au fil des pages, la construction de la cathédrale de Kingsbridge, autour de laquelle se nouent toutes les passions : on y rencontre un prieur profondément bon et déterminé à relever son prieuré de la débauche dans laquelle il était tombé, un maître bâtisseur idéaliste, rêvant de nourrir sa famille et de construire la plus belle des cathédrales, une jeune noble désargentée, ayant perdu son titre, sa fortune, son père et son honneur, qui tente de se faire une place dans la bourgeoisie de la ville, malgré les assauts incessants de ses nombreux prétendants, un apprenti maçon talentueux, sensible et intelligent, épris de l'inaccessible Aliéna, un évêque perfide et ambitieux, prêt à tout pour empêcher la construction de la cathédrale, un comte violent, sanguinaire, lui aussi amoureux d'Aliéna, mais rongé par la haine et déterminé à lui nuire le plus possible... Tous ces personnages, et bien d'autres encore, se croisent sur fond de guerre civile au sommet de l'Etat, chaque camp encourageant son héritier au trône, ce qui entraîne bien des morts inutiles et des retards incessants dans la construction de la cathédrale. Alors, le prieur Philip, face à la haine que lui vouent l'évêque Waleran et le comte William Hamleigh, et ne pouvant compter sur nul soutien de la part du roi, trop fragilisé dans ses positions, parviendra-t-il à faire bâtir sa cathédrale, et à faire triompher la foi, l'amour et la bonté sur la haine, la violence, la cupidité et la bêtise humaine ?

 

Jamais le Moyen-Âge n'a été aussi passionnant. Grâce à un roman-fleuve extrêmement bien documenté, Ken Follet nous fait revivre l'Angleterre du XIIe siècle, avec ses famines, ses guerres civiles, ses constructions, nous montrant également les prémices du style gothique grâce aux nombreuses descriptions architecturales qui enrichissent le roman tout en servant l'intrigue. L'ensemble est très agréable à lire, sans longueurs ni redites, avec un style simple mais jamais simpliste, assez fluide et pour une fois bien rendu par la traduction (même si l'on piliers.jpgsourit devant la coquille doublée d'un bel anachronisme du terme "fleurtaient"). Alors certes, le tout est empreint d'une bonne dose de manichéisme qui pourrait agacer certains lecteurs, mais même si les personnages sont clairement définis et constamment opposés, ils sont si attachants ou au contraire si méprisables qu'on se laisse aisément gagner à cette vision des choses. Les épisodes, relativement brefs, sont peut-être en grande partie prévisibles, avec le recul, mais ils sont si bien amenés et si bien écrits qu'on oublie leur caractère convenu, et qu'on se laisse emporter dans la folie des rebondissements et des coups de théâtre en cascade : complots, ruses, trahisons, intrigues diverses et variées et autres scènes de cruauté physique ou psychologique. Tous les personnages sont abondamment décrits et mis en scène, permettant au lecteur de se faire une vision d'ensemble des caractères et motivations de chacun, tout en s'attachant au trois héros potentiels du roman : le prieur Philip, la jeune et belle Aliéna, et le petit Jack si doué pour la sculpture, qui rêve d'être un jour maître bâtisseur comme son beau-père Tom, qui lui a tout appris. Un véritable chef-d'oeuvre, qui montre que succès commercial n'est pas nécessairement signe de médiocrité littéraire. Malgré ses 1050 pages, on se prend à ressentir une certaine nostalgie en refermant la dernière page de ce roman, comme si l'on quittait à regret ces héros qui nous on fait rêver et trembler. Ceux qui reprochent à ce roman, construit en parallèle sur l'édification de la cathédrale et sur l'histoire d'amour, complexe et sans cesse contrariée, de Jack et Aliéna, sa mièvrerie ou ses clichés, ont véritablement perdu leur capacité d'émerveillement devant une histoire si bien construite, où les intrigues (au propre comme au figuré) se mêlent en permanence pour mieux perdre le lecteur dans le dédale des coups bas et trahisons multiples. Captivant, poignant, magnifique, les termes de manquent pas pour décrire cette oeuvre magistrale, qui reste, sans jeu de mots, l'un des piliers du genre.

4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Marc 06/12/2010 14:28


J'ai été peu convaincu par ce roman. Trop simple et trop épisodique, malgré la présence tout de même de nombreuses qualités.
Bel article !


Elizabeth Bennet 06/12/2010 20:29



Je comprends votre critique, et c'est vrai que par moments l'impression de morcellement et d'absence d'unité m'a un peu désarçonnée, mais dans l'ensemble je l'ai trouvé bien construit et agréable
à lire. J'espère que la série proposée sur Canal + sera de la même qualité.



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