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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 22:36

Tout commence par un terrible accident de voiture, qui coûte la vie à Nicole Werner la plus belle fille du campus universitaire. Son petit ami, Craig, qui était au volant, a survécu, et s'attire les foudres de la sororité de la jeune fille, Oméga Thêta Tau, la plus prestigieuse mais aussi la plus virulente. Pourtant, alors que les journaux ont rapporté que Nicole avait été retrouvée baignant dans une mare de sang, le corps presque entièrement calciné, méconnaissable, tandis que Craig prenait la fuite, l'unique témoin présent sur les lieux, Shelly Lockes, employée de la Société de Musique de l'université, affirme pour sa part que la jeune fille était bien vivante lorsqu'elle a été emportée par les secours, et que ses blessures n'étaient que superficielles ; mais la presse a refusé, malgré ses protestations pour rétablir la vérité, de corriger ses assertions, et ni la police ni l'université n'ont daigné se pencher de nouveau sur une enquête qu'ils considéraient close, et même préjudiciable à l'image de l'université. Exclu du campus pour le semestre, Craig revient quelques mois plus tard, et retrouve son meilleur ami et ancien compagnon de chambre, le discret et très soigné Perry Edwards, ami d'enfance de Nicole. Ce retour est bien mal accueilli par les filles d'OTT, bien décidées à faire payer à Craig la mort tragique de Nicole, dont elle le tiennent pour responsable. Mais très vite, plusieurs phénomènes étranges et inexplicables se produisent sur le campus : plusieurs garçons de l'université, dont Perry, affirment avoir vu Nicole, et pour certains lui avoir parlé, tandis qu'une autre jeune fille, portée disparue quelques jours avant la mort de Nicole, demeure introuvable, sans que personne, pourtant, ne semble s'en inquiéter. Mise au courant de ces faits mystérieux, Mira Polson, professeur d'anthropologie funéraire à l'université, et à ce titre spécialistes des croyances attachées à la mort, décide de mener l'enquête afin de publier un livre sur le sujet, assistée par Perry, qui pour sa part aimerait savoir si Nicole est bel et bien morte ou si elle est devenue... autre chose. Mais tous deux vont découvrir qu'il n'est guère souhaitable de réveiller les morts et de fouiner dans les pratiques inavouables des sororités, voire de l'université elle-même...

 

Roman polyphonique dont la narration est assurée successivement par quatre héros, deux élèves, deux professeurs, deux garçons, deux femmes, qui vont se croiser, se rencontrer, s'entraider, mus par une même quête de vérité, ce roman est sans conteste l'un des meilleurs de cette rentrée littéraire, jouant également en permanence sur la temporalité, par le biais d'une alternance entre passé et présent, entre l'année en cours et l'année précédente. Les Revenants est une oeuvre atypique à bien des égards, oscillant entre fantastique et satire mordante des moeurs hypocrites qui règnent sur les campus revenants.jpgaméricains, en particulier concernant les traditions et les bizutages qui se perpétuent, sous couvert d'un puritanisme excessif, dans les fraternités et les sororités, souvent au mépris de la loi. Les personnages sont particulièrement bien travaillés, et ne tombent jamais dans la caricature, ce qui serait pourtant facile, entre une Shelly en vieille lesbienne désabusée qui craque pour une étudiante, une Mira qui compense l'échec manifeste de sa vie de famille en se jetant à corps perdu dans son travail de recherche ou une Nicole, parfaite incarnation de l'oie blanche américaine, bien jolie mais un peu naïve, du moins en apparence. Porté par une écriture fine, parfois crue, souvent poétique (malheureusement ternie par une traduction trop souvent maladroite et paresseuse), ce roman nous emmène aux confins du surnaturel, tout en jouant constamment sur les codes du genre. Certes, les lecteurs ayant espéré se plonger dans un thriller palpitant ou un polar rondement mené risquent d'être déçus par un dénouement qui finalement n'apporte pas de réponse univoque ou définitive : bien des zones d'ombre demeurent une fois la dernière page du livre tournée, laissant le lecteur libre de tirer ses propres conclusions et de continuer à faire vivre les personnages dans son imagination. Car c'est là la plus grande force de Kasischke : faire d'un scénario de série B, d'un mélange de légendes urbaines, d'histoires de fantômes et de mythes sur les pratiques des fraternités un livre exceptionnel, éblouissant, avec des personnages attachants et présentant tous une faille plus ou moins secrète, plus ou moins avouable, dans laquelle le lecteur s'engouffre avec un mélange de commisération et de voyeurisme morbide. Plus de 600 pages, et pourtant impossible de lâcher ce roman tant l'atmosphère y est prenante, tant l'intrigue est palpitante, tant le moindre détail peut se révéler crucial. On parie que ces fantômes-là vous hanteront longtemps après la lecture de ce livre. 4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Valérie 15/12/2011 19:43

Mais pourquoi suis-je la seule à avoir abandonné à la page 100?

Elizabeth Bennet 19/12/2011 19:29



C'est bien dommage, parce que c'est un roman qui vaut vraiment le détour, à mon avis. Cependant, c'est vrai que l'intrigue est un peu longue à se mettre en place, peut-être serait-il bon d'y
revenir une prochaine fois, dans des circonstances plus favorables. :)



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