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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 11:09

Et si la plus grande oeuvre d'art moderne jamais réalisée n'était pas exposée dans l'un des plus prestigieux musées du monde, ou dans une galerie branchée de l'Upper East Side, mais dormait dans les cartons humides d'un appartement miteux, perdu au fin fond d'une barre de logements sociaux ? Lorsqu'il les découvre, par un hasard providentiel, Ethan Muller, galeriste new-yorkais de seconde zone, décide aussitôt de monter une exposition avec ces mystérieux dessins. Mais plusieurs problèmes se posent à lui. Tout d'abord, ces dessins sont en nombre vertigineux : numérotés méticuleusement, ils semblent être reliés les uns aux autres, comme s'ils constituaient les pièces d'un gigantesque puzzle, d'une immense fresque aussi torturée qu'envoûtante. Autre problème : l'artiste est introuvable. Ethan ne parvient qu'à découvrir son nom, Victor Cracke, et personne ne semble en mesure de l'aider à retrouver la piste de l'étrange dessinateur. Ethan décide tout de même de mener à bien son exposition, en présentant au public une partie de l'oeuvre monumentale : quelques dessins, qui associent un décor tourmenté, imaginaire, aux noms fantaisistes, à d'innocents visages d'enfants. Le public s'enthousiasme aussitôt pour cette oeuvre originale et délicieusement mystérieuse, mais un policier à la retraite appelle un jour Ethan pour lui dire qu'il croît reconnaître les visages des chérubins représentés : il s'agirait de ceux d'enfants victimes de meurtres particulièrement sordides... et irrésolus. Comment Victor Cracke a-t-il pu connaître suffisamment bien leurs visages pour les représenter côte à côte sur une même toile ? Quelle importance avaient-ils pour lui ? Se pourrait-il qu'il soit mêlé à ces meurtres épouvantables ? Est-ce pour cette raison qu'il a disparu sans laisser d'adresse ? Ethan refuse de croire à la culpabilité de son artiste, mais s'il prouver l'innocence de celui-ci, il va falloir qu'il enquête lui-même sur ces affaires non résolues, quitte à prendre quelques risques, car on ne rouvre pas impunément des dossiers classés...

 

On devrait toujours se méfier d'un livre recommandé à la fois par le New York Times et par Harlan Coben. Certes, ce roman présente de nombreuses qualités, mais il est loin de mériter les éloges dithyrambiques que lui ont décerné la presse et le public. Ajoutons à cela le phénomène bien connu des "fils de" (Jesse Kellerman étant le fils de Faye et Jonathan Kellerman, tous deux auteurs de polars à succès), et l'on comprendra pourquoi cette oeuvre a été largement surévaluée. Bien qu'il se présente comme un thriller, ce roman est d'une platitude exaspérante, digne d'un épisode de Joséphine Angevisages.jpg Gardien : avant d'être un roman policier, c'est surtout l'histoire d'un galeriste new-yorkais narcissique et égocentrique, qui passe son temps à noyer le lecteur sous des monologues interminables, mais qui lui rappelle de temps à autre qu'il s'agit bien d'un roman policier (fort à propos, d'ailleurs : on commençait à en douter). Certes, le procédé est original, mais à force de voir le pauvre héros mener l'enquête par lui-même, on se demande pourquoi la police américaine est aussi réputée à l'étranger, puisqu'elle semble incapable de s'intéresser un tant soit peu à cette histoire de meurtres d'enfants irrésolus. Le style est assez plat, sans éclat, sans être désagréable non plus, mais les personnages secondaires sont bien trop peu développés, et ne servent finalement que de faire-valoir au héros, ce qui est fort dommage. Les passages les plus réussis du roman sont les interludes traitant du passé sombre de la famille Muller, depuis le self-made man jusqu'au père d'Ethan, famille d'ailleurs bien torturée et cachant de nombreux secrets, qui éclaircissent peu à peu l'intrigue principale. Le problème majeur de ce prétendu thriller tient sans doute à son dénouement, extrêmement décevant : la résolution des meurtres est évacuée en deux pages, grâce à un "deus ex machina" qui contrevient à toutes les règles du genre, et la dernière page laissera plus d'un lecteur dubitatif. Néanmoins, ce livre parvient à nous immerger dans le monde souvent obscur et volontairement inaccessible de l'art contemporain, et les descriptions des tableaux mystérieux de Cracke sont plutôt bien écrites, permettant au lecteur de se figurer les dessins d'une manière assez précise, tout en lui laissant une certaine part d'imagination. Malgré quelques longueurs et quelques incohérences, un roman pas trop désagréable qui se laisse lire, même s'il nous reste de cette lecture une impression mitigée, à l'image de l'écriture de Kellerman, ni flamboyante ni complètement assommante.   2,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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