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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 14:10

Il y a quelque chose d'étrange dans les forêts d'Oregon. C'est d'abord le cadavre d'un garde-forestier que l'on retrouve, présentant sur la nuque une étrange marque de morsure, comme celle d'une araignée géante, ce que confirme la concentration de venin d'arachnide dans son sang, suffisante pour tuer un cheval. Au même moment, plusieurs maris signalent successivement la disparition de leur femme pendant la nuit, dans des conditions pour le moins mystérieuses : aucune trace d'effraction, comme si elles étaient parties de leur propre chef, ni de lutte, comme si elles avaient suivi volontairement un éventuel ravisseur, les femmes disparaissent sans emporter le moindre effet personnel, même pas leurs papiers, pendant que leur mari se trouve plongé dans un sommeil un peu trop profond pour être tout à fait naturel. Ces deux affaires semblent n'avoir aucun lien entre elles, jusqu'à ce qu'on retrouve le corps d'une de ces femmes, nue, tondue, entièrement vidée de son sang et de ses organes, emprisonnée dans un cocon à taille humaine fait de soie d'araignée naturelle, et, surtout, présentant une expression de terreur intense sur le visage, exactement la même que celle du garde-forestier retrouvé dans une clairière infestée de veuves noires, qui sont parmi les araignées les plus dangereuses pour l'homme. Alors, qui se cache derrière ce qui semble se profiler comme une série de meurtres, cette mise en scène macabre, effrayante, cette fascination étrange pour les arachnides ? Joshua Brolin, ancien inspecteur de police, spécialiste du profilage et s'étant reconverti en détective privé suite à la mort de sa compagne lors d'une de ses enquêtes, et Annabel O'Donnel, inspectrice du NYPD, viennent apporter l'enquête à Lloyd Meats, inspecteur vieillissant mais extrêmement réputé. Tous trois sont fermement résolus à arrêter ce criminel, quel qu'il soit, afin que la macabre série ne s'allonge pas...

 

Encore un Français qui s'essaie au polar américain, pense-t-on dès les premières pages, en découvrant les personnages et le lieu de l'action. Encore un émule d'Harlan Coben et de Patricia Cornwell, qui va nous bassiner avec ses connaissances sur les méthodes d'investigation à l'américaine - entendez ultra sophistiquées - et sur les sciences médico-légales, dont aucun détail morbide ne nous sera épargné (la scène d'ouverture du roman, sur une table d'autopsie, est digne d'un film d'horreur). Pourtant, Maxime Chattam parvient à éviter ces deux écueils, et se concentre sur l'enquête criminelle menée à l'ancienne, avec visite sur les lieux du crime, témoignages, interrogatoire des suspects, recherches d'indices et de recoupements... Le choix des personnages est plutôt judicieux, si l'on admet qu'un détective privé et qu'une inspectrice du malefices.jpgNYPD s'incrustent dans une enquête qui a priori ne les concerne absolument pas. Admettons également, même si cela paraît plus difficile à croire encore, que le propre frère d'une des victimes, inspecteur de police, soit chargé de l'enquête. Admettons enfin que Chattam écrive par moments une langue incorrecte ("des fois", "de suite"...). Une fois tout cela accepté et entériné par le lecteur, reste une intrigue vraiment originale, rigoureusement construite, s'appuyant sur de multiples rebondissements, bien amenés par les nombreuses fausses pistes sur lesquelles l'auteur s'amuse à nous balader, créant un dénouement à tiroirs parfaitement maîtrisé. Le style est simple et concis, mais pour une fois, il n'y a pas matière à le lui reprocher, tant le roman se révèle finalement agréable à lire, extrêmement prenant, voire palpitant. Il ne reste plus au lecteur qu'à ne pas être arachnophobe (sinon, gare aux sueurs froides, car il est tout de même question de ces charmantes petites bêtes pendant près de six cents pages !) pour se plonger dans la lecture plaisante de ce roman parfois à la limite du gore, mais reposant sur des personnages attachants, présentant chacun une faille personnelle, plus ou moins bien dissimulée, et aux motivations complexes, mais surtout sur de solides connaissances de criminologie et de médecine légale, qui ne sont pourtant distillées qu'avec parcimonie, pour ne pas étouffer le lecteur. Une dernière précision toutefois : même si ce roman est censé être la conclusion d'une trilogie, il se suffit parfaitement à lui-même, tant il est savamment construit.  Enfin une bonne surprise dans le genre policier français, il était temps (et qu'on ne me parle pas de Thilliez ou de Bauwen !).      3,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Sibylline 06/12/2010 19:41


Oublie! Je SUIS arachnophobe. (C'est signe de quoi docteur?) Aucun risque que je lise ça.


Elizabeth Bennet 06/12/2010 20:28



Dommage, c'est un polar sympa ! Mais je comprends, l'arachnophobie, ça ne se maîtrise pas !



Alice 19/11/2010 12:23


Ahh Maxime Chattam!! Un de mes auteurs préférés, je les ai tous lus (ceux qui sont sortis en poche) et il se renouvelle constamment. J'adore!!


Elizabeth Bennet 19/11/2010 14:15



Tout le monde me le conseille depuis que j'ai publié cet article, donc je ne vais pas hésiter à lire d'autres romans de lui, pour une fois que je trouve un auteur français qui ne m'horripile pas
!



Allan Dustry 18/11/2010 22:46


Chère Elizabeth

Bien qu'étant arachnophobe, je lirais bien ce livre. Me le prêteriez-vous?

Arachnément vôtre,
Allan


Elizabeth Bennet 19/11/2010 09:55



Avec plaisir, mon cher Allan. Si j'ai survécu, vous pouvez bien le lire aussi !


Mygalement vôtre,


EB



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