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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 21:03

Nous sommes en 2054, à Washington. Depuis six ans déjà, la criminalité a pratiquement disparu dans la capitale, grâce à la mise en place d'un système de police exceptionnel, sobrement baptisé "Pré-Crime". Le principe ? Arrêter les criminels avant même qu'ils ne commettent leur forfait, grâce aux visions du futur élaborées par trois "Précogs", des mutants ayant développé la capacité de voir les scènes des meurtres sur le point d'être commis. Par le biais d'un système de cartes perforées, les Précogs révèlent le nom du meurtrier, de la victime, et leur vision permet à la police d'avoir des indications sur le lieu et le déroulement du crime futur. Certes, le dispositif pose d'emblée quelques problèmes d'éthique, puisque les meurtriers sont arrêtés avant leur passage à l'acte, et ne sont donc pas coupables d'un point de vue factuel, simplement intentionnel. Mais le système obtient de si bons résultats qu'il obtient l'assentiment général, si bien qu'il pourrait même se voir étendu à un niveau national. Seulement, un jour, alors qu'il reçoit dans son bureau son futur successeur, John Anderton, fondateur et actuel dirigeant de Pré-Crime, découvre qu'il est censé commettre lui-même un meurtre dans moins de 36 heures, sur la personne de Leo Crow, un homme dont il n'a pourtant jamais entendu parler auparavant. Anderton n'a qu'une seule solution : fuir, le plus vite possible, et tenter de prouver son innocence avant qu'on ne l'arrête, car à partir du moment où il sera entre les mains de Pré-Crime, il ne pourra plus rien faire. Mais s'il est véritablement innocent, dans ce cas pourquoi cette vision des Précogs ? Quelqu'un aurait-il, d'une façon ou d'une autre, trafiqué le système pour faire accuser Anderton ? Mais qui aurait intérêt à le faire arrêter si vite ? Sa femme ? Son futur successeur, pressé de le remplacer ? Les ennemis potentiels sont nombreux à rôder autour d'Anderton, et dorénavant, il ne peut plus faire confiance qu'à lui-même...

 

Disons-le tout de suite, contrairement à ce que la brillante adaptation de Steven Spielberg pourrait laisser croire, Minority Report ("Le Rapport Minoritaire" en VF) n'est qu'une nouvelle, d'une quarantaine de pages à peine, le reste de l'ouvrage étant composé de divers autres courts récits, dont certains ont également été adaptés au cinéma, comme Total Recall ("Souvenirs à vendre"). Dans toutes ces nouvelles, on découvre un univers oppressant particulièrement cher à l'auteur, où l'homme est perpétuellement entouré de machines, quitte parfois à en être une lui-même (comme le héros de "La fourmi MinorityReport.jpgélectrique", par exemple). Très attaché au thème du rapport flou entre illusion et réalité, K. Dick nous offre dans ce recueil de nouvelles une variation parfaitement orchestrée autour de ce sujet, en confrontant ses héros à des questionnements existentiels : Anderton doit ainsi soit tenter de prouver son innocence en mettant en lumière les failles du système qu'il a lui-même conçu, et ainsi reconnaître qu'il a peut-être fait arrêter d'autres innocents, soit renoncer à sa liberté et se laisser arrêter pour sauver son dispositif de sécurité... L'ensemble se révèle d'une profondeur surprenante, avec des trouvailles géniales et terrifiantes à la fois (comme la semi-vie qui permet de maintenir artificiellement les défunts en vie pendant quelques jours après leur mort, dans "Ce que disent les morts", ou encore l'étonnante capacité d'auto-création des machines qui se retournent contre leurs créateurs dans "Nouveau modèle"). Certes, le principe même de la nouvelle ne permet pas à l'auteur de proposer une certaine épaisseur à ses personnages, qui sont généralement rapidement esquissés et brossés à gros traits, mais le lecteur s'identifie néanmoins plutôt bien à ces héros en révolte contre le monde extérieur ou en décalage par rapport à la réalité perçue par les autres. Car c'est bien la lutte que K. Dick nous donne à voir dans ces nouvelles, la lutte de l'homme contre la mort, contre lui-même, contre ses pairs, contre les machines... Le héros dickien est visiblement un homme révolté, qui prend un jour conscience de l'illusion dans laquelle il vivait, et tente d'apprivoiser une réalité qui le dépasse ou qu'il est le seul à percevoir. Le style est toutefois assez plat, sans fioritures, fonctionnel et parfois réduit à sa plus simple expression, mais l'ensemble n'en est pas moins agréable à lire, porté par des intrigues solides et habilement menées, qui pourraient toutes fournir de très bons scénarios pour le cinéma. Une première oeuvre idéale pour aborder l'univers foisonnant et angoissant de K. Dick, cet auteur prolifique qui n'a, ironie du sort, connu le succès (et quel succès !) qu'après sa disparition prématurée. 3,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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